Campus 85

Perspectives

«L'Euro 2008 peut être un succès sur le plan économique»

Le Championnat d’Europe de football de 2008 sera-t-il rentable pour Genève? Gabrielle Antille Gaillard, directrice du Laboratoire d’économie appliquée, a été mandatée par le Département des constructions et des technologies de l’information pour répondre à la question

Campus: Est-il possible de chiffrer précisément les retombées économiques d’un événement tel que l’Euro 2008? 

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> Gabrielle Antille Gaillard: Nos travaux, menés en collaboration avec le bureau d’études «Ruetter et partner», qui étudie le problème pour l’ensemble de la Suisse, visent uniquement à estimer ce que dépenseront les personnes qui assisteront aux trois rencontres prévues au stade de la Praille ainsi que celles qui participeront aux activités organisées sur la plaine de Plainpalais durant la compétion. Nous pourrons articuler une fourchette pour ces dépenses et pour leurs retombées en fonction de différents scénarios, mais pas un chiffre précis. Il y a actuellement encore beaucoup trop d’incertitudes par rapport au déroulement de l’événement.

Dans quels domaines?

> Il y a par exemple eu un certain flou dans la répartition des billets. Au départ, on annonçait que 20% des entrées au stade seraient réservées aux cités hôtes et aux partenaires commerciaux de l’Euro 2008, mais ce chiffre s’est considérablement réduit depuis. On ne connaîtra par ailleurs les équipes qui viendront à Genève qu’au mois de décembre. Et il me semble évident que si la France et le Portugal jouent à Genève, cela attirera davantage de monde que si c’est la Lituanie ou la Norvège. Il est également très compliqué d’évaluer ce qui se passera sur la plaine de Plainpalais. S’il pleut durant une semaine, il y aura évidemment beaucoup moins de monde que si le temps est clément.

L’Etat de Genève injectera près de neuf millions de francs dans la manifestation. Ces frais seront-ils couverts?

> Le budget pour l’Euro 2008 est passé de 20 à 8,8 millions de francs, ce qui représente déjà une forte économie. Il ne sera évidemment pas possible de réaliser 9 millions de rentrées fiscales à la suite de cet événement. Afin que l’exercice soit neutre pour le contribuable, il est donc prévu de faire des économies ailleurs. Cela dit, cet événement attirera des gens qui ne viendraient pas à Genève sans cela. En ce sens, il apportera forcément un chiffre d’affaires supplémentaire dans les activités du secteur privé liées au tourisme. Et il permettra également de créer un certain nombre d’emplois.

Le conseiller fédéral Samuel Schmidt a articulé le chiffre de 300 millions de francs de valeur ajoutée pour l’ensemble du pays. Cela vous paraît-il crédible?

> Pour les trois semaines de l’événement, cela me semble un chiffre plausible, mais optimiste. L’engouement suscité par le football est tel que je suis convaincue que l’Euro 2008 peut aussi être un succès sur le plan économique. Si les choses sont bien organisées, il y aura également des bénéfices en termes de notoriété. Etant donné la portée de l’événement, l’Euro 2008 va faire parler de Genève et de la Suisse dans le monde entier et l’on peut attendre des retombées au delà de la période des compétitions. C’est une opportunité à ne pas manquer. Enfin, cet évènement est aussi l’occasion de faire une belle fête pour la population genevoise. On a vu apparaître lors de la dernière Coupe du monde un esprit de fraternité qui ne se retrouve pas à d’autres moments. Et c’est une forme de bénéfice qu’il ne faut pas négliger.

Les villes qui n’organisent pas de match peuvent-elles également espérer des retombées positives?

> Sans doute, si elles ne se contentent pas des écrans de télévision dans les cafés. Pour attirer du monde, il faut créer l’événement en proposant des animations et des stands, à l’image de ce qui se fera sur la plaine de Plainpalais. Ce qui est certain, c’est que si l’on ne prévoit rien, le public ne viendra pas. Les villes qui n’accueillent pas de rencontres peuvent également espérer héberger des touristes supplémentaires qui profiteraient de leur venue pour découvrir la Suisse. Enfin, comme ce fut le cas durant la dernière Coupe du monde, avec notamment la présence des équipes allemande et brésilienne en Suisse, certaines régions devraient servir de camp de base à une ou plusieurs sélections, ce qui représente une plus value additionnelle.

Propos recueillis par Vincent Monnet