Dossier Laser
Au rayon de la mort
Les grandes avancées scientifiques suscitent de nombreux fantasmes. Bien avant l’invention du laser, on a ainsi prêté à la lumière de terrifiants pouvoirs destructeurs. De «La Guerre des mondes» à la «Guerre des étoiles», petit voyage entre science et fiction
L’idée d’une arme tirant de la lumière un pouvoir de destruction quasiment sans limites est sans doute à peu près aussi vieille que l’humanité. Dans la mythologie antique, nombreuses sont ainsi les divinités qui, à l’instar de Zeus, Thor ou Indra, exercent leur courroux en déchaînant la foudre.

Relatée huit cents ans après les faits par Anthémios de Tralles, un mathématicien et architecte byzantin, la vraisemblance de l’anecdote, probablement légendaire, a été amplement discutée jusqu’à la Renaissance. Depuis, de nombreuses expériences ont tenté de reconstituer le procédé. L’une des dernières en date remonte à janvier 2006, lorsque l’équipe du professeur David Wallace, du très sérieux Massachusetts Institute of Technology, s’est efforcée de bouter le feu à un navire devant des caméras de télévision à l’aide de miroirs polis. En vain, puisque malgré plusieurs tentatives, le meilleur résultat obtenu fut un peu de fumée sur la coque de navire.
Wells et le «rayon ardent»
D’une tout autre ampleur sont les ravages causés par le «rayon ardent» dont H.G. Wells dote les Martiens dans La Guerre des mondes. Dans ce roman, écrit en 1898 et qui est un des premiers ouvrages de science-fiction, l’envahisseur extraterrestre éradique l’humanité à l’aide d’un «jet de lumière qui faisait s’affaisser, inanimés, tous ceux qu’il atteignait, et de même, quand l’invisible trait ardent passait sur eux, les pins flambaient et tous les buissons de genêts secs s’enflammaient avec un bruit sourd.»
Ces images frappent d’autant plus l’imaginaire populaire qu’à partir des années 1920 plusieurs scientifiques prétendent avoir mis au point ce qu’on appelle désormais communément le «rayon de la mort».
En 1924, on peut ainsi lire dans le New York Times que l’inventeur américain Edwin R. Scott a développé un appareil à éclair capable d’abattre des avions à distance. Une dizaine d’années plus tard, Antonio Longoria, un scientifique espagnol émigré aux Etats-Unis, prétend avoir construit un engin permettant de tuer souris, pigeons, chats et chien à distance. A peu près à la même époque, Nikola Tesla, ingénieur qui figure parmi les pionniers du courant alternatif, annonce la conception d’une arme dont le rayon serait en mesure d’anéantir «une flotte de 10 000 avions ennemis à une distance de 250 miles».
Même si la presse évoque une nouvelle fois l’invention du «rayon de la mort» à son propos, le premier laser mis au point par Théodore Maiman est loin de pouvoir accomplir de telles prouesses. Ce qui n’empêche pas les auteurs de science-fiction d’en faire presque immédiatement l’arme du futur.
«l’empire du mal»
Equipant superhéros et aventuriers interstellaires, le laser apparaît ainsi dans la série Star Trek dès 1964. Treize ans plus tard, il tiendra un rôle essentiel dans la lutte que se livrent les protagonistes de Star Wars à grand renfort de sabres lumineux. Manière de montrer que science-fiction et réalité sont parfois moins éloignées qu’il n’y paraît, la saga de George Lucas inspirera quelques années plus tard le fameux programme de défense spatiale américain voulu par le président Ronald Reagan pour lutter contre «l’empire du mal» qu’incarnait alors l’URSS. Ruineuse, l’entreprise a été définitivement enterrée en 1993 par l’administration Clinton. A moins qu’un jour, dans une galaxie lointaine, très lointaine…

