L’héritage juridique de Cesare Beccaria

cesare beccaria

Dès sa publication anonyme à Livourne en 1764, l’ouvrage de moins de 100 pages de Cesare Beccaria, Dei delitti e delle pene, focalise l’attention des juristes, magistrats, philosophes, publicistes. Enraciné dans une pensée séculière, le traité forge la modernité pénale et judiciaire dans le contexte du réformisme étatique des années 1760-1780. Marqué par le libéralisme et la modération de Montesquieu (Esprit des lois, 1748) et le contractualisme de Rousseau, Beccaria critique la pratique de l’excès pénal enraciné dans l’héritage inquisitorial.

Comment les contemporains de Beccaria ont-ils accueilli cette œuvre novatrice? Quelle empreinte a-t-elle laissée jusqu’à aujourd’hui? L’équipe DAMOCLES de l’UNIGE, qui réunit des chercheurs en histoire moderne autour de la culture juridique héritée des Lumières, consacre un colloque international à ces questions, du 21 au 23 février.

Organisé en collaboration avec l’International Association for the History of Crime and Criminal Justice et le Centre Bentham (Ecole de droit, Science-po, Paris), cette réunion d’experts internationaux apportera différents regards sur l’héritage de la Beccaria et le débat qu’a suscité Dei delitti e delle pene à l’époque de sa publication.

Membre de l’Accademia dei pugni, rédacteur ponctuel du Caffè, professeur d’économie politique, puis fonctionnaire de l’État viennois à Milan, Beccaria pense la peine socialement utile et légale dans une cité juste contre les traditions de l’arbitraire et de la rétribution expiatoire. Il ajoute à l’abolition de la peine capitale pour les crimes de droit commun, la dépénalisation des péchés criminalisés.

Entre histoire des idées et des pratiques pénales, mais aussi tout autour de l’imaginaire de la peine juste, ce colloque associera des historiens, des juristes, des philosophes et des sociologues pour penser l’œuvre de Beccaria dans la durée de son héritage intellectuel sur les plans théoriques et pratiques. Il s’agira notamment de mesurer les adhésions et les critiques envers le réformateur milanais que le positivisme juridique a transformé en précurseur du droit pénal moderne.

Les intervenants évalueront ainsi l’impact du projet beccarien dans la genèse (théorie, pratique) de la modernité pénale depuis la fin de l’Ancien Régime, jusqu’à aujourd’hui, via l’épisode révolutionnaire et le long XIXe siècle.

Discutant le modèle pénal et judiciaire classique (nature du crime, procédure inquisitoire, statut des témoins, puissance des magistrats, droits de l’inculpé, régime et finalité politique de la peine, légalité des délits et des peines, etc.), Beccaria propose à l’Europe des Lumières un nouveau paradigme du droit de punir. Outre le problème universel de l’abolitionnisme de la peine capitale (donc largement celui de la modération pénale), son ouvrage peut soulever quatre problématiques que le colloque vise à expliciter: la fabrique de la légalité, la proportion et l’utilité des peines, la criminalisation et la dépénalisation, la conception sociale du crime et L’Etat démocratique.


Cesare Beccaria – Réception et héritage, du temps des Lumières à aujourd’hui
Colloque international public
Uni Bastions salle B111
Du 21 au 23 février

Pour en savoir plus
Equipe DAMOCLES

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter
  • Partager sur Google+
  • Partager sur LinkedIn

11 février 2013

2013

separation line
top