Le cerveau a bonne mémoire des visages - Une étude menée à l'UNIGE montre que le cerveau se souvient implicitement des émotions suscitées par le visage d'autrui

Dans une interaction rapide entre deux visages, comment le cerveau évalue-t-il le faciès de quelqu’un d’autre ? Une collaboration entre la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE) et le Pôle national de recherche en sciences affectives montre l’implication de la mémoire, qui nous fait inconsciemment retenir les émotions provoquées chez nous par des expressions faciales caractéristiques. Les résultats de cette recherche font aujourd’hui l’objet d’une publication dans la revue en ligne Social Neuroscience.

Les recherches menées par Pascal Vrticka sous la direction du prof. Patrik Vuilleumier et de David Sander, au Pôle national de recherche en sciences affectives basé à l’UNIGE, traquent les marques cérébrales de nos émotions et leur empreinte dans la mémoire. Elles impliquent les neurosciences dans ce qu’elles ont de plus transversal : intégrant la psychologie sociale, le comportement et l’approche neurobiologique par le biais de hautes technologies -comme l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF)-, leurs dernières avancées portent sur le fonctionnement de la mémoire implicite.

Un cerveau social avant tout
Une hypothèse scientifique récente suggère que la grande taille du cerveau humain résulte du développement évolutionnaire d’une fonction vitale essentielle à la survie de notre espère : la cognition sociale. Pour se perpétuer et s’améliorer, chaque être humain s’appuierait, en effet, sur ses capacités cérébrales à décrypter la valeur des alter ego, à en saisir la nature potentiellement amicale ou malveillante, à évaluer le bénéfice qu’il y aurait à s’y lier ou, a contrario, à les fuir. Une telle hypothèse, celle d’un cerveau primordialement social, sous-tend les études menées à l’UNIGE par Pascal Vrticka.

Réseaux de la peur, de l’exclusion et de la dominance
L’étude reposait sur un jeu pseudo-interactif, où les joueurs étaient mis en relation avec des visages expressifs virtuels. Les investigations menées au moyen des technologies d’IRMF ont révélé la localisation de certaines aires cérébrales, qui sont réactivées lors d’une seconde confrontation avec le visage d’une personne déjà vue, même brièvement. De plus, les chercheurs ont perçu que la réactivation était totalement tributaire des émotions que ce visage très peu connu avait pu exprimer lors de sa première apparition. Ainsi, sous l’effet d’une mémoire inconsciente, le cerveau a remis en activité des réseaux signalant le danger (avec une implication de l’amygdale), l’exclusion (avec une implication du cortex cingulaire antérieur) ou la sensation de dominance (avec une implication du noyau caudé), selon que les visages déjà rencontrés avaient exprimé de la colère face au succès du participant ou, au contraire, de la joie face à sa défaite. Ces résultats montrent que les émotions éprouvées lors d’une rencontre laissent une trace, durable quoique inconsciente, dans l’organe faîtier de notre organisme.

Se souvenir pour s’adapter
Comme dans tout processus d’apprentissage, la mémoire entre en jeu dans les évaluations effectuées par le cerveau lorsqu’il est confronté, dans une interaction humaine, aux expressions faciales émotionnellement chargées que manifestent des visages. Mais cette mémorisation-là se fait automatiquement et implicitement, inconsciemment. Ainsi, dans un contexte différent de la première rencontre, même lorsqu’une personne change d’expression on d’attitude, notre cerveau retiendrait les premières impressions émanant d’autrui, qui s’imprègnent en nous par l’intermédiaire des émotions. Cette information présiderait ensuite au choix du comportement à tenir avec autrui.

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10 août 2009

Année 2009

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