2009

8 millions pour la toxicologie - L’UNIGE & l’UNIBAS décrochent le Centre suisse de toxicologie humaine appliquée

La Confédération vient de l’annoncer: c’est le projet élaboré par le prof. Denis Hochstrasser, de l'Université de Genève (UNIGE), et le prof. Stephan Krähenbühl, de l’Université de Bâle (UNIBAS), qui a été retenu pour la création du nouveau Centre suisse de toxicologie humaine appliquée. Doté d’un budget de 8 millions sur trois ans, ce Centre développera sa recherche selon quatre axes, centrés sur des questions aussi pertinentes, en termes de protection de la santé humaine, que la découverte de nouveaux biomarqueurs, l’infertilité masculine, les réactions allergiques, mais aussi «idiosyncrasiques» aux médicaments. Il dispensera également un enseignement débouchant sur l’obtention d’un master en toxicologie humaine appliquée et sera pourvu d’une unité d’affaires réglementaires, à même de conseiller toute institution souhaitant obtenir une expertise en matière de toxicologie.

Les maladies sur lesquelles la recherche médicale se penche relèvent schématiquement de deux origines: les gènes et l’environnement. De façon analogue, l’influence «pathologique» que peut exercer l’environnement provient, quant à elle, soit des microbes, soit des toxiques. Désireuse de voir la recherche suisse aborder de front les questions et les dangers d’ordre toxicologique, la Confédération a lancé, au printemps 2008, un appel d’offre aux universités, visant la mise sur pied d’un centre de toxicologie humaine appliquée.

Une collaboration nationale
Au terme d’une évaluation de plus de six mois, Berne annonce aujourd’hui que le projet conçu conjointement par le prof. Denis Hochstrasser, des Facultés de médecine et des sciences de l'UNIGE, et le prof. Stephan Krähenbühl, de la Faculté de médecine de l’UNIBAS, en collaboration avec le prof. Patrice Mangin, de la Faculté de biologie et médecine de l’Unil, a été retenu pour la création de ce nouveau centre.

Selon les profs. Hochstrasser et Krähenbühl, initiateurs du projet,«c’est une excellente nouvelle pour la recherche en toxicologie, qui nécessitait depuis plusieurs années la mise sur pied d’un véritable pôle d’excellence en Suisse. Qui plus est, le centre que nous avons élaboré témoigne une nouvelle fois de la capacité des universités romandes et alémaniques à joindre leurs forces pour collaborer sur des recherches complexes, dont les avancées contribueront à améliorer sensiblement la protection de la santé humaine.»

Une recherche sur quatre axes prioritaires
Pourvu d’une enveloppe de 8 millions de francs suisses sur trois ans, à laquelle s’ajoute une somme, identique en nature, des universités concernées, le Centre de toxicologie humaine appliquée compte 22 groupes de recherche qui se focaliseront sur quatre axes prioritaires.

Le premier, piloté depuis l’UNIGE, aura trait à la recherche de nouveaux biomarqueurs, ces éléments du corps qui permettent de détecter aussi bien une intoxication de façon précoce que la susceptibilité à une intoxication donnée chez l’individu. Les «marqueurs» peuvent alors être utilisés pour évaluer l’ampleur d’une intoxication ou prévoir des mécanismes toxicologiques. Ce champ de compétence est notamment celui du prof. Jean-Hilaire Saurat, qui avait traité, il y a quelques années, l’intoxication aigüe à la dioxine dont souffrait l’ancien président ukrainien, Viktor Iouchtchenko.

Les chercheurs de l’arc lémanique dirigeront, par ailleurs, une étude d’actualité en se penchant sur l’infertilité masculine et les disrupteurs endocriniens. En effet, au cours des 10 dernières années, l’infertilité masculine a augmenté de près de 50% en Suisse ; une proportion considérable qui pourrait notamment être attribuée à la croissance d’hormones féminines présente dans l’eau.

Pour leur part, les scientifiques de l’UNIBAS prendront la tête de deux projets de recherche d’envergure. L’un centré sur les réactions allergiques aux médicaments. L’autre consacré aux réactions «idiosyncrasiques» qu’ils provoquent, c’est-à-dire ces cas rare, où le médicament engage des effets toxicologiques inattendus, en dépit du haut niveau d’exigence des tests qu’il a déjà passé. Ce fut notamment le cas du «benzbromarone», un médicament visant à traiter la goutte et qui fut retiré de plusieurs marchés nationaux en 2003 pour cause de toxicité hépatique.

Formation et conseil
Au plan de la formation, le Centre dispensera un enseignement en vue de l’obtention d’un master en toxicologie humaine appliquée et élaborera des modules postgrades de formation continue.

Il faut aussi signaler qu’il comportera une unité d’affaires réglementaires, localisée principalement à Bâle. Cette unité profitera de l’expertise de tous les groupes de recherche du centre et permettra de soutenir les autorités fédérales dans le cadre de la gestion et de l’entretien des bases de connaissances scientifiques nécessaires à la réglementation, dans les actions de sensibilisation du public et des médias relatives aux enjeux liés aux questions toxicologiques ou pour des avis sur les processus législatifs. La direction de cette unité, qui pourra également exécuter des mandats rémunérés pour le compte de tiers, a été confiée au Dr. Martin Wilks, médecin – toxicologue, dont le Confédération vient d’annoncer la nomination.

Contacts: le prof. Denis Hochstrasser au +41 (0)79 624 94 52 ; le prof. Stephan Krähenbühl au +41 (0)61 265 47 15

26 mai 2009
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