2010

Quand la souris diabétique a de la ressource - Des généticiens démontrent les facultés de détournement cellulaire du pancréas pour produire à nouveau de l’insuline

A l'Université de Genève (UNIGE), l’équipe du prof. Pedro Herrera a observé, dans un modèle de souris transgénique atteinte du diabète, l’étonnante capacité du pancréas à rétablir naturellement la production d’insuline. les spécialistes, rattachés au pôle national de recherche Frontiers in Genetics, ont pu constater un véritable détournement de la fonction originelle de cellules initialement destinées à la production du glucagon. un tel type de conversion cellulaire spontanée pourrait servir au dévelop- pement de méthodes de production de cellules bêta à des fins thérapeutiques. ces travaux font l’objet d’un article dans la revue Nature datée du 4 avril.

Alors qu’il peut survenir à tout âge, le diabète de type 1 est l’une des fromes les plus communes chez l’enfant. Egalement appelée diabète juvénile, cette pathologie est généralement la conséquence de la destruction auto-immune des cellules productrices d’insuline dans le pancréas. Il en résulte une carence en insuline, hormone nécessaire à la conversion du sucre, de l’amidon et d’autres aliments, en énergie. Privées de cette hormone, les cellules de l’organisme entier se retrouvent rapidement affamées. Le seul traitement existant consiste en des injections chroniques et contraignantes d’insuline. Les chercheurs explorent d’autres voies en vue de renouveler ces thérapies, notamment celle de la régénération cellulaire. C’est dans ce contexte que travaille l’équipe du prof. Pedro Herrera, à la Faculté de médecine de l’UNIGE et au pôle Frontiers in Genetics.

Menacées d’extinction, les cellules régénèrent

Les cellules pancréatiques chargées de produire l’insuline, les cellules bêta, se répliquent peu au cours de la vie car elles sont destinées à durer. En cas de perte extrême de ces cellules, nul ne sait si cet organe est capable de les régénérer. Si tel était le cas, le phénomène pourrait être éclipsé par la destruction auto-immune concomitante des cellules productrices d’insuline récemment formées.

Les scientifiques ont mis au point un modèle murin de diabète inductible, mais sans auto-immunité. A cette fin, ils ont produit des souris transgéniques chez lesquelles les cellules bêta pouvaient être éliminées de façon sélective. Ils ont découvert que les rongeurs soumis à une destruction ciblée quasi-totale sont capables de générer de nouvelles cellules productrices d’insuline à partir d’autres sources que les cellules bêta. «Nous avons été étonnés de constater que la production de nouvelles cellules bêta résulte principalement de la conversion spontanée d’un type de cellules tout à fait différent, en l’occurrence les cellules alpha. Ces dernières sont en effet programmées pour synthétiser du glucagon, une hormone dont la fonction est opposée à celle de l’insuline», explique Pedro Herrera.

Etonnante capacité de «reprogrammation» des cellules

Le pouvoir d’adaptation des cellules pancréatiques pourrait être exploité pour développer de nouveaux traitements. En effet, si jusqu’alors les cellules alpha n’avaient jamais été considérées comme une source potentielle de thérapie cellulaire pour les diabétiques, la capacité de conversion spontanée de ces cellules différenciées change les perspectives. «L’étendue de la destruction des cellules bêta semble déterminer si la régénération peut ou non avoir lieu. En outre, elle influence le degré de plasticité des cellules et les ressources régénératives que mobilise le pancréas», relève Fabrizio Thorel, l’un des auteurs de l’article. Des cellules bêta occasionnelles et dispersées peuvent être présentes dans le pancréas de patients atteints d’un diabète de type 1 depuis longtemps. «Nous ne savons pas si c’est la conséquence d’une régénération continue de nouvelles cellules bêta, comme constaté chez les souris, ou de la persistance de quelques cellules ayant échappé à l’auto-immunité», note Pedro Herrera. Ces nouvelles observations chez les rongeurs devraient encourager la mise au point de traitements qui induisent et augmentent la régénération, après neutralisation de l’agression auto-immune.

Contact

Pedro Herrera, tél. +41 (0)22 379 52 25
Fabrizio Thorel, tél: +41 (0)22 379 52 23

4 avril 2010
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