2011

Les jeunes face aux médias - Conduite par des chercheurs de l’UNIGE et de la ZHAW, une enquête livre des données inédites

Une étude financée par Swisscom et menée par des sociologues et psychologues de l’Université de Genève (UNIGE), de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) et de l’Université de Suisse italienne (USI) fournit, pour la première fois, des données précises sur la manière dont les adolescents utilisent les médias en Suisse. Menée en été 2010 au niveau national, l’enquête dite «JAMES», pour « Jeunes, activités, médias » porte sur plus de 1’000 jeunes âgés de 12 à 19 ans, dans les trois régions linguistiques du pays, seule condition pour que l’étude soit représentative à l’échelle nationale. Nés avec les technologies numériques, les participants à cette enquête pionnière, qui permettra des comparaisons avec les pays voisins -notamment avec l’Allemagne, où ces phénomènes sont bien documentés-, semblent mener des vies « à plusieurs dimensions » : en ligne et hors-ligne.

Le quotidien des adolescents d’aujourd’hui porte l’empreinte des technologies. Tout particulièrement celle, numérique, de la téléphonie mobile et d’Internet. Comment les jeunes se comportent-ils face aux « nouveaux » médias ? Quel est le temps qu’ils consacrent aux moyens actuels de communication et quel est l’impact de l’usage qu’ils en ont sur leur attitude générale? Les loisirs n’ayant pas trait aux médias n’ont-ils plus grâce aux yeux des jeunes ? C’est à ce type de questions que cherche à répondre une enquête majoritairement financée par le fournisseur de services Swisscom, enquête menée par des chercheurs en sciences humaines de l’UNIGE (Patrick Amey, chercheur au Département de sociologie de la Faculté des SES), de la ZHAW (le prof. Daniel Süss, du Département de psychologie appliquée) et de l’Université de la Suisse italienne (Marta Cola et Monica Martini, chercheuses à la Faculté de communication). Publié sous l’acronyme « JAMES », un document synthétise désormais des données recueillies à partir d’un échantillon représentatif de plus de 1’000 personnes.

Le téléphone portable avant tout

L’étude montre notamment que les jeunes âgés de 12 à 19 ans recourent nettement plus au téléphone portable et à Internet qu’à la télévision, pour s’informer tout autant que pour se distraire ou pour échanger. Parmi les moyens actuels de transmission de contenus écrits ou audiovisuels, le portable occupe la première place, devant les services Internet, puis, par ordre décroissant, les supports sonores au format MP3, la télévision, les CD, la radio, la presse écrite quotidienne et les jeux informatiques et vidéo, ces derniers étant davantage l’apanage des garçons que des filles. La cote de popularité des médias diffère toutefois fortement suivant la région linguistique. Ainsi, les jeux informatiques ou vidéo sont nettement plus prisés en Suisse romande (41%) et au Tessin (43%) qu’en Suisse alémanique (29%).

Concernant l’usage du téléphone portable, les chercheurs notent qu’il est fréquemment utilisé, notamment pour l’envoi de messages écrits, qui semble préféré à l’appel téléphonique. D’autres fonctions de l’appareil téléphonique, tel que le lecteur de musique intégré ou la caméra, sont aussi très appréciées des jeunes.

Le réseau social comme source d’information

La manière de se procurer des informations sur Internet en particulier semble connaître des changements intéressants, puisque aux moteurs de recherche classiques s’ajoutent les réseaux sociaux, de plus en plus prisés. Voilà qui étaierait la thèse selon laquelle les réseaux sociaux sont utilisés comme une forme spécifique de «journal individuel», permettant de relater ce qui se passe dans l’environnement. Une grande partie des jeunes interrogés est certes représentée dans les réseaux sociaux, mais une comparaison avec le nombre d’utilisateurs publiés par les fournisseurs de plateformes montre que ces données doivent être interprétées avec prudence.

Des résultats nuancés

Les auteurs de l’étude ont par ailleurs cherché à définir la nature des données que les jeunes diffusent sur Internet. Plus de 80% des jeunes interrogés publient des photos ou des vidéos où ils apparaissent. Plus leur âge est élevé, plus ils révèlent des informations personnelles sur la toile. Il est intéressant de noter que presque tous les foyers disposent, en Suisse, d’un téléphone portable à fonctions multiples et d’un ordinateur. Les chercheurs soulignent aussi que, globalement, les jeunes interrogés adoptent des comportements hétérogènes et ont un large éventail d’intérêts. Leurs compétences informatiques sont élevées et s’accroissent avec l’âge. Les jeunes recourent de manière ciblée à l’ordinateur et à Internet pour trouver des informations, pour se divertir ou pour effectuer leurs devoirs scolaires.

Surprenantes, les spécificités des pratiques et les préférences des jeunes sondés en fonction de leur région linguistique permettent aux chercheurs d’affirmer qu’il est impossible d’envisager une utilisation uniforme des médias par les jeunes en Suisse. Ces contrastes s’expliquent notamment par une socialisation médiatique différente.

Contact
: Patrick Amey, au tél. : +41 22 379 88 63

28 février 2011
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