2011

L'exposition in utero à la cocaïne affecte la maturation de la transmission synaptique après la naissance

Quels sont les effets à long terme des substances addictives sur l’organisme? C’est le sujet de recherche principal du professeur Christian Lüscher et de son équipe, au Département de neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l’UNIGE. Dans une récente étude soutenue par le Fonds national suisse de la recherche scientifique qui sera publiée dimanche dans l’édition en ligne de Nature Neuroscience. Les chercheurs genevois ont mis en évidence, dans un modèle animal, les conséquences sur le développement des souriceaux lorsque leur génitrice est exposée des drogues durant la gestation.

La littérature scientifique estime qu’une femme sur cinq prend des substances telles que l’alcool, la cigarette ou la cocaïne pendant la grossesse. Pour cette étude, les chercheurs genevois ont utilisé la cocaïne comme modèle afin de découvrir, chez la souris, quels étaient les effets réels de cette substance addictive sur la descendance, sachant que cette drogue traverse le placenta et cible directement le cerveau du fœtus. L’objectif était de découvrir, dans le cerveau du souriceau, ce qui se passait précisément au niveau des cellules produisant la dopamine, un neuromédiateur libéré en présence d’un signal associé à une récompense

Un processus crucial pour les premières semaines de vie
En identifiant la cible moléculaire sur laquelle agit la cocaïne in utero, les scientifiques ont observé qu’une telle exposition produisait des effets bien après la naissance en ralentissant considérablement la maturation du système de transmission neuronale du descendant. Ce fait, observé dans un modèle animal, est peut-être transposable aux êtres humains. «A la naissance, chez le mammifère, le système de transmission de la majorité des synapses n’est pas encore arrivé à maturité. Or, le processus de maturation, qui a lieu pendant les premières semaines de la vie postnatale, est crucial au développement de l’enfant», explique le professeur Christian Lüscher.

Si l’étude révèle sans conteste le mécanisme qui sous-tend les effets à long terme d’une exposition à cette substance pendant la grossesse, après des années de spéculations incertaines, elle apporte surtout des stratégies de sauvetage. Elle esquisse en effet la possibilité de pouvoir agir in vivo pour rétablir le processus de maturation synaptique. D’autres solutions, dans des champs scientifiques connexes, peuvent également être mises en œuvre. «Notre découverte représente une passerelle pour la communauté scientifique. Nos recherches vont à présent servir à d’autres chercheurs pour investiguer sur les implications comportementales», précise Camilla Bellone, premier auteur de l’article.

Contact
Prof. Christian Lüscher, tél. +41 22 379 54 23
Camilla Bellone, tél. +41 22 379 54 37

30 septembre 2011
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