2014

A la découverte des paysages préhistoriques submergés

Forts du succès de l’expédition DeepWater menée le long du Gulf Stream au printemps 2013, l’Université de Genève (UNIGE) et PlanetSolar lancent cet été TerraSubmersa. Fruit d’une collaboration avec le Laténium de Neuchâtel, le Service grec des Antiquités sous-marines, l’Ecole suisse d’archéologie en Grèce et le Centre hellénique de recherche maritime, cette nouvelle expédition ambitionne d’explorer les paysages préhistoriques engloutis par les eaux dans le golfe de Nauplie (Grèce), afin de les reconstituer et d’y repérer d’éventuelles traces d’activité humaine.

A la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 20 000 ans, le niveau des mers était sensiblement plus bas qu’aujourd’hui. Par l’étude des paysages préhistoriques submergés, les archéologues peuvent reconstituer les paysages disparus sous les eaux et appréhender les interactions entre l’homme préhistorique et la mer. Ces recherches, qui sont appelées à devenir l’un des grands enjeux archéologiques du XXIe siècle, permettront notamment d’identifier les mécanismes de peuplement dans les zones côtières.

Investigations dans la baie de Kiladha

De récents travaux ont révélé que la navigation en Méditerranée orientale était beaucoup plus ancienne que ce que les experts avaient imaginé jusqu’à présent. En effet, les hommes auraient navigué pour la première fois il y a plus de 100 000 ans. Cette découverte laisse supposer que la Grèce a joué un rôle clef dans l’essor du mode de vie néolithique (environ 7 000 ans avant J.-C.) venant du Proche-Orient et qui s’est répandu vers l’Europe. Ainsi les scientifiques s’intéressent-ils à la propagation du mode de vie néolithique en Europe. Comment est-on passé de campements de chasseurs-cueilleurs nomades du Paléolitique et du Mésolithique aux villages d’éleveurs et d’agriculteurs sédentaires du Néolithique? Ces questions ne manquent pas d’enthousiasmer Julien Beck, chercheur à l’Unité d’archéologie classique de l’UNIGE et responsable scientifique de TerraSubmersa. «La grotte de Franchthi, située sur la rive nord de la baie de Kiladha (Golfe de Nauplie), a été occupée pendant près de 35 000 ans, du Paléolithique au Néolithique. Cette occupation, étonnamment longue, en fait une exception à l’échelle européenne. La grotte constitue ainsi une cible de choix pour l’étude des paysages submergés, puisqu’il y a forcément eu une interaction entre ses occupants et la mer au fil des millénaires, précise Julien Beck. Peut-être y trouverons-nous l’un des premiers villages d’Europe.»

Une collaboration gréco-suisse

En termes d’archéologie sous-marine, la Suisse jouit d’un savoir-faire hors pair, résultant de plus de 150 ans d’études de sites palafittiques dans les lacs suisses. Ces compétences seront associées à l’expertise d’institutions grecques et suisses fortement engagées dans ce projet de science et de communication, TerraSubmersa. PlanetSolar reprend son rôle de plateforme scientifique Transformé en véritable plateforme scientifique lors de l’expédition DeepWater réalisée en 2013, le MS Tûranor PlanetSolar, le plus grand catamaran solaire au monde, embarque une nouvelle fois des scientifiques à son bord. Bateau emblématique du XXIe siècle et symbole d’une technologie d’avenir, le catamaran se met en quête du passé, à l’occasion d’une étude qui amènera peut-être à réécrire l’histoire des premiers bateaux. Le navire sera principalement utilisé pour prendre des mesures géophysiques, qui permettront aux chercheurs de dresser une topographie des zones côtières anciennes et de repérer d’éventuelles traces d’activité humaine. L’ Alkyon, un bateau du Centre héllénique de recherche maritime, sera également mis à contribution pour ces travaux, qui seront réalisés à l’aide d’un équipement de pointe (échosondeur à multifaisceaux, sonar à balayage latéral, GPS, etc.). Des fouilles subaquatiques seront ensuite menées par des plongeurs, grâce à un aspirateur hydraulique alimenté en surface par une motopompe. Ces travaux de recherche seront précédés de trois escales, à partir du 1er août*: Erétrie, Athènes et Nauplie. A chaque étape, des événements seront organisés pour le grand et le jeune public (déjeuners, visites, rencontres exclusives, etc.). Les deux semaines suivantes seront dédiées exclusivement à la recherche scientifique.

La Fondation Henri Moser, la Fondation Arditi et la Société académique de Genève soutiennent l’expédition Terra Submersa.

A propos de PlanetSolar

Le MS Tûranor PlanetSolar, construit à Kiel (Allemagne) est un catamaran fonctionnant exclusivement à l’énergie solaire. Le 4 mai 2012, après 584 jours de navigation et plus de 60 000 km parcourus, le MS Tûranor PlanetSolar a accompli le premier tour du monde à l’énergie solaire. Après une importante opération de maintenance, le navire a quitté La Ciotat (France) le 8 avril 2013 afin de gagner les côtes américaines et débuter sa seconde vie, se transformant en plateforme scientifique pour l’expédition « PlanetSolar DeepWater » menée par l’Université de Genève. Cette mission avait pour but de récolter une série continue de mesures physiques et biologiques le long du Gulf Stream, à la fois dans l’eau et dans l’air, grâce à des instruments de pointe. Après ce succès, le MS Tûranor PlanetSolar a passé l’hiver à la Cité de la Voile Eric Tabarly à Lorient (France). Inclus dans les visites du musée, le bateau a été ouvert au public ainsi qu’aux écoles durant son séjour. En parallèle, des travaux de maintenance ont été effectués. Gérard d’Aboville, déjà capitaine du navire au cours de sa campagne 2013 est à nouveau aux commandes du bateau solaire suisse pour les expéditions 2014. Il est assisté par Brieuc Delbot (second), Antoine Simon (ingénieur électricien) et Vincent Brunet (cuisinier et intendant), eux aussi déjà présents sur la campagne 2013.

À propos de l’Université de Genève

Fondée en 1559 par Jean Calvin et Théodore de Bèze, l’Université de Genève (UNIGE) est aujourd’hui la deuxième plus grande Haute école de Suisse et compte parmi les 100 meilleures universités du monde. Fleuron de la cité de Calvin, l’institution jouit d’un rayonnement international privilégié et cultive son ouverture au monde. L’UNIGE accueille environ 16 000 étudiants chaque année dans ses neuf facultés couvrant l’essentiel des domaines de la science, de la médecine, des lettres, de l’économie et du management, des sciences de la société, du droit, de la théologie, de la psychologie et des sciences de l’éducation, de la traduction et de l’interprétation. L’archéologie classique est enseignée à l’UNIGE depuis 125 ans. L’UNIGE poursuit trois missions: l’enseignement, la recherche et le service à la cité. L’UNIGE est, entre autres, membre de la Ligue européenne des universités de recherche (LERU) depuis 2002.

www.unige.ch/terrasubmersa

13 mai 2014
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