2014

Dans les coulisses génétiques de la leucémie chez les enfants trisomiques

Les enfants touchés par la trisomie 21 (ou syndrome de Down) risquent 50 à 500 fois plus de contracter une leucémie que les autres enfants. Un groupe de généticiens œuvrant à la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE) se concentre depuis de nombreuses années sur les spécificités génétiques des trisomiques. Certains de ces chercheurs viennent de procéder au séquençage de l’exome, une partie du génome, sur une cohorte d’enfants trisomiques et leucémiques. Ils ont précisé le rôle d’une mutation dans la tuméro-génèse d’un tiers des cas de leucémie aiguë lymphoblastique, dont souffrent ces enfants. Ces travaux font l’objet d’une publication dans le dernier numéro de la revue Nature Communications.

Au Département de médecine génétique et du développement de l’UNIGE, le professeur Stylianos Antonarakis dirige un groupe de recherche qui scrute le génome des personnes atteintes par la trisomie 21. Avec deux autres chercheurs, il co-signe une étude qui fera date dans l’histoire de la compréhension de la leucémie aigüe lymphoblastique, un cancer qui affecte très souvent les enfants touchés par le syndrome de Down et qui attaque les cellules du système immunitaire de leur moelle osseuse.

Un séquençage haut débit d’un nouveau genre
Trente-neuf patients, des enfants trisomiques atteints par cette pathologie, ont été examinés. Ou plutôt, leurs exomes, soit près de 1,5% de leur génome, la partie qui code pour des protéines et qui forme une zone particulièrement susceptible de contenir toutes les mutations somatiques de nature cancéreuse. En lui-même, le déploiement de cette méthode représente déjà une première. Les résultats sont patents: pour la première fois, on a détecté, chez 36% des patients, des mutations dans le gène RAS, un gène bien connu pour être impliqué dans plusieurs formes de cancers. Dans la cartographie de la leucémie des trisomiques, on connaissait déjà le rôle d’un gène, le CRLF2, dont les mutations semblent amorcer la cancérogénèse, avant d’être suivies par par des mutations de type JAK2 chez 20% des patients. L’attention se portera désormais aussi sur les mutations du gène RAS, qui deviennent un nouveau facteur de la pathologie.

Aux fondements de la tuméro-genèse
C’est le mécanisme génétique de formation des cancers du sang chez les trisomiques qui est ici mieux compris. Les chercheurs ont aussi perçu que les deux mutations, JAK2 et RAS, qui se retrouvent dans de très nombreux cas de patients trisomiques atteints de leucémie, s’excluent l’une et l’autre.
Ils ont encore noté, relativement à la forte récurrence des leucémies des personnes porteuses du syndrome de Down, que si les mutations JAK, visibles avant les premiers traitements, avaient disparu lors des rechutes, elles semblaient l’avoir fait au profit des mutations RAS. «Les perspectives de traitement se précisent considérablement, note Sergey Nikolaev, premier auteur de cette recherche, vu le développement récent d’une substance médicamenteuse, le deltarasin, qui offre un nouvel espoir pour de nombreux cancers présentants une mutation de gènes similaires au gène RAS».

Contact: Sergey Nikolaev, tél.: +41 22 379 56 95 et Stylianos Antonarakis, tél.: +41 22 379 57 08

11 août 2014
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