2016

Une attitude négative dans la jeunesse serait, plus tard, associée à des problèmes cognitifs

Dans une étude pilotée par l’Université de Genève (UNIGE), des chercheurs suisses et américains ont mis en évidence une association significative entre des traits de personnalité marqués chez de jeunes adultes et la diminution de leurs fonctions cognitives 25 ans plus tard. En effet, des tests psychologiques, menés sur plus de 3’000 jeunes hommes et femmes sur plusieurs décennies, ont montré que les personnes faisant preuve, dans leur jeunesse, d’une attitude hostile ou résistant mal au stress, avaient un risque plus grand de développer des problèmes de mémoire ou de raisonnement des décennies plus tard. Ces résultats sont à découvrir dans Neurology, le journal de l’Association américaine de neurologie.

L’étude « Coronary Artery Risk Development in Young Adults (CARDIA) » visait principalement à évaluer le risque de développer une maladie des artères coronariennes chez les jeunes adultes. Mais elle a également permis d’étudier l’évolution des fonctions cognitives chez près de 3’500 personnes pendant deux décennies. Les résultats constituent donc une mine de données extraordinaire par la taille de l’échantillonnage et la durée de l’étude. 3’126 personnes, d’un âge moyen de 25 ans, ont ainsi passé des tests psychologiques visant à mesurer les traits les plus saillants de leur personnalité, parmi lesquels leurs facultés à gérer le stress, ainsi que leurs capacités de raisonnement et de mémoire. Le même échantillonnage a à nouveau été testé plusieurs fois sur une durée de 25 ans.

Ces tests de personnalité incluaient des questions sur l’agressivité, le manque de confiance en l’autre et les sentiments négatifs associés aux relations sociales. La faculté d’adaptation de ces personnes, ainsi que l’énergie consacrée à surmonter les événements négatifs ou les échecs, ont également été évalués. « Les gens n’imaginent pas à quel point leurs traits de personnalité peuvent influencer leurs facultés de raisonnement et leur mémoire, » analyse Emiliano Albanese, professeur au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’UNIGE et principal auteur de cette recherche. «Dans notre étude, nous avons découvert qu’avoir une attitude généralement inamicale, ainsi qu’une mauvaise gestion du stress, pouvaient avoir les mêmes répercussions sur les capacités cognitive arrivé à 50 ans, que le fait d’avoir dix ans de plus».

L’agressivité plus délétère que l’âge

Ainsi, les gens faisant preuve de ces deux traits de personnalité de manière très marquée avaient des résultats significativement moins bons dans les tests de raisonnement et de mémoire 25 ans plus tard, comparé aux personnes ne présentant ces deux traits de caractère que de manière très légère. Par exemple, lors d’un test au cours duquel les personnes devaient retenir une liste de 15 mots, ceux qui avaient montré le plus d’hostilité dans leur jeunesse se souvenaient, parvenu à un âge moyen, de 0.16 mots de moins que les autres. De manière similaire, ceux qui démontraient le moins de faculté d’adaptation se souvenaient jusqu’à 0.30 mots de moins. Ces résultats sont étonnants chez des gens ne présentant aucun handicap cognitif. En effet, le déficit de mémoire était plus important que chez des gens ayant dix ans de plus.

« Il s’agit ici d’une étude d’observation », prévient cependant le professeur Albanese. «Elle ne fait pas de lien de cause à effet, mais montre qu’il y a une association marquée.» Si l’association entre traits de personnalité et déficiences cognitives avaient déjà été étudiée, y compris en ce qui concerne la maladie d’Alzheimer, il s’agit de la première étude d’une durée de plusieurs décennies sur des personnes ne présentant aucun trouble cognitif. «Si ce lien est mis en évidence dans d’autres études, nous pourrions imaginer des interventions qui viseraient à promouvoir des interactions sociales positives et de bonnes facultés d’adaptation, afin de voir quel en serait l’effet positif sur les facultés de raisonnement et de mémoire », concluent les auteurs.

Contact: Emiliano Albanese

29 février 2016
  2016