2007-2008

Qui a droit à quoi? - Une équipe de l’UNIGE et de l’UNIL analyse les fondements de la légitimité des droits et de la politique sociale en Suisse

Qui a droit à quoi? Pour quelles raisons veut-on renforcer ou au contraire réduire les droits de certains groupes de personnes? Sur quelles bases va-t-on, par exemple, contester le droit de vote des étrangers, soutenir le partenariat homosexuel, ou juger juste une augmentation du budget de l’aide sociale? En adoptant une perspective psychosociale, une équipe de chercheurs des Universités de Genève (UNIGE) et de Lausanne (UNIL) a analysé les conceptions des droits dans la vie quotidienne en Suisse. A partir d’une vaste enquête d’opinions représentative effectuée dans deux villes romandes et deux villes alémaniques, son analyse aborde les questions cruciales du rôle social et sécuritaire de l’Etat, des droits collectifs et de la gestion des inégalités sociales.

Qui a droit à quoi? Représentations et légitimation de l’ordre social, c’est le titre de l’ouvrage que Christian Staerklé, de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UNIGE, vient de publier, en collaboration avec des sociologues et des psychologues sociaux de l’UNIGE et de l’UNIL. Centré sur les résultats d’une analyse des différentes idées que l’on se fait des droits en Suisse aujourd’hui, le livre montre que les gens recourent à différentes conceptions du «juste» pour motiver leur façon de définir qui a droit à quoi au sein de la société suisse.

Ces conceptions du «juste» font état de leur rapport à l’ordre social qui renvoie à des principes comme l’exigence de prendre en compte les valeurs traditionnelles, la responsabilité individuelle, le respect ou la méfiance à l’égard des personnes immigrées ou encore l’accès égalitaire aux droits sociaux.

Des positions contrastées
L’ouvrage permet surtout de saisir pourquoi certains groupes de personnes défendent parfois des mesures politiques qui, de prime abord, apparaissent contradictoires. Ainsi, les personnes se trouvant dans des situations économiques difficiles sont favorables à un Etat social fort et généreux (en premier lieu l’AVS), alors qu’elles sont en même temps prêtes à supprimer les soutiens aux personnes considérées comme non méritantes (surtout dans le cadre de l’aide sociale). Ces mêmes groupes précaires revendiquent aussi le plus fortement une intervention répressive et sécuritaire de l’Etat.

L’analyse des auteur-e-s conduit à comprendre cette attitude ambivalente, qualifiée de «socio-répressive», comme une manière de chercher à sortir d’une position subordonnée dans la hiérarchie sociale. L’insécurité économique et la vulnérabilité sociale génèrent une vision plus pessimiste de la société, marquée par des conflits, du désordre et des injustices qui, en retour, favorise des prises de position tournées vers une intervention lourde de l’Etat, cumulant soutien social, contrôle et sanction.

A l’inverse, une perception plus insouciante et harmonieuse de la société, allant de pair avec un moindre souci sécuritaire et avec le soutien à des formes privées de solidarité, caractérise les personnes qui occupent une position privilégiée dans la société.

Un apport sur des questions cruciales
Qui a droit à quoi? constitue une importante contribution scientifique à de nombreux débats politiques actuels, en particulier concernant les soupçons d’abus de l’aide sociale, les réformes actuelles de l’assurance-chômage, le rôle du racisme et des préjugés sexistes dans les attitudes politiques, l’étendue de la société de surveillance ou encore la défense d’un Etat social universaliste. L’ouvrage permet ainsi de mieux comprendre les multiples façons de penser le «vivre ensemble» dans une société individualiste, diversifiée et inégalitaire.

Ouvrage: Staerklé, C., Delay, C., Gianettoni, L., & Roux, P. (2007). Qui a droit à quoi? Représentations et légitimation de l’ordre social. Presses Universitaires de Grenoble.

Contacts: Christian Staerklé au +41 79 825 47 93

22 mai 2008
  2007-2008