Imprimer cette page

Mot du Doyen

Christian Bovet
Tous ne choisissent pas d’étudier le droit pour la même raison : certains le font par idéal - défendre la veuve, l’orphelin, l’opprimé - d’autres parce qu’ils pensent que cette formation leur ouvrira les portes de la richesse et de la notoriété. Plusieurs ont opté pour ce domaine par élimination : ils n’aiment pas les mathématiques ou plus généralement les sciences dites « dures », ou se refusent à exercer la même profession que leurs parents. Tous rêvent cependant d’un monde meilleur… qu’ils s’en considèrent comme le centre ou un simple élément.

La Faculté de droit de l’Université de Genève a pour vocation de développer les connaissances juridiques de chacun, quelle que soit sa Weltanschauung. Certes son fondateur, Jean Calvin, exigeait-il en 1560, dans les Lois somptuaires, que tous montrent « bon exemple de modestie chrétienne les uns aux autres ». Cette tradition n’a heureusement pas entièrement quitté notre institution, qui ne désespère pas de rendre non seulement les juristes mais aussi les hommes meilleurs, notamment par des cours obligatoires de philosophie du droit à la fin du Baccalauréat en droit. D’ailleurs, cette branche a des facettes multiples : Thomas d’Aquin ne s’interrogeait-il pas déjà au XIIIe siècle, dans sa Somme théologique, sur la rémunération de l’avocat ? Il concluait à ce propos : « Si la science du droit est quelque chose de spirituel, son exercice exige un travail matériel, pour la rétribution duquel on peut recevoir de l’argent ; sinon aucun artisan n’aurait le droit de vivre de son art ».

Ancrée dans ses origines, la Faculté est résolument tournée vers l’avenir et le monde extérieur. Elle a ainsi conclu un accord d’échange d’étudiants et d’enseignants avec Harvard Law School. Cette démarche, unique en Europe continentale, vient renforcer le vaste réseau de mobilité nationale et internationale mis en place au fil des ans. Notre institution accueille en outre, chaque été, le Duke-Geneva Institute for Transnational Law, un programme commun qui réunit des enseignants des deux côtés de l’Atlantique et des étudiants de toutes les nationalités. Last but not least nous sommes une des trois facultés fondatrices du baccalauréat en relations internationales. Les liens avec la recherche européenne ne sont pas en reste : la Faculté est en particulier membre de SARFaL (Strategic Alliance of Research Faculties of Law), un groupe qui réunit des universités aussi prestigieuses que celles d’Oxford, Heidelberg, Bologne, Leiden ou Barcelone ; son Centre d’études juridiques européennes organise de nombreuses activités en droit communautaire ; et elle est partie prenante à l’Institut européen de l’Université de Genève.

Les étudiants « genevois » profitent par ailleurs des larges possibilités offertes par le programme Erasmus, qui leur permet d’accomplir une partie de leurs études et d’acquérir des crédits ECTS par le biais de séjours scientifiques dans d’autres universités, notamment à Paris, Berlin, Vienne, Exeter ou Louvain.

La Faculté a pour objectif de maintenir et d’accroître la diversité et la rigueur de la formation qu’elle dispense à tous les niveaux. Son enseignement - axé vers la qualité du raisonnement et la pratique grâce aux nombreuses séances de travail - vise à préparer les étudiants aux nombreuses professions juridiques (avocats, notaires, magistrats, juristes d’entreprise, membres de l’administration, réviseurs, experts fiscaux, etc.). Les exercices de rédaction juridique, de recherche juridique informatisée (un cours innovant donné entièrement par voie électronique) ou de rhétorique viennent soutenir ces efforts. Le sérieux de cette formation est reconnu au-delà des frontières suisses. Outre les accords et alliances déjà mentionnés, on signalera par exemple que notre Certificat de droit transnational a été inscrit par le gouvernement allemand, avec une filière juridique d’Oxford seulement, dans le Europäisches Exzellenzprogramm des Deutschen Akademischen Austauschdienstes (DAAD).

Cette quête commence au stade du baccalauréat, où il s’agit d’inculquer les bases du syllogisme juridique et des branches qui constitueront le tronc commun, sur lequel viendront se greffer des connaissances plus spécialisées. La prise en compte des intérêts variés des étudiants intervient dès la deuxième année, avec l’offre d’options de baccalauréat. Les maîtrises en droit civil et pénal, en droit économique, en droit de l’action publique et en droit international et européen permettent de poursuivre cet approfondissement des matières, tout en consolidant les notions de base. Notre maîtrise bilingue avec la Faculté de droit de Bâle reprend ces orientations en leur ajoutant une dimension linguistique et culturelle très intéressante. A cela s’ajoute notre maîtrise spécialisée en droit du vivant. La Faculté de droit offre par ailleurs quatre masters in advanced studies (MAS) : ceux en droit international humanitaire et en résolution des différends internationaux s’inscrivent dans le cadre d’une collaboration intense entre notre Faculté et l’Institut universitaire de hautes études internationales et du développement (IHEID), en particulier au travers de l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains (ADH). Quant aux MAS en droit bancaire et financier (LL.M. Banking and Finance) et en droit fiscal (LL.M. Tax), ils s’appuient sur notre forte tradition dans le domaine du droit économique.

La vivacité de la recherche à Genève est par ailleurs entretenue par nos centres facultaires de droit bancaire et financier, de droit de l’art, d’études juridiques européennes ou d’étude, de technique et d’évaluation législatives. La recherche juridique n’est cependant jamais menée pour elle-même et les résultats de ces travaux sont souvent partagés avec un large public lors de colloques ou de journées de formation continue organisés dans les domaines du droit du travail, du droit administratif, du droit civil, du droit immobilier, du droit bancaire et financier, du droit fiscal, du droit de la propriété intellectuelle ou encore de la responsabilité civile. Ces manifestations consacrent les liens que nous entretenons avec la Cité, comme au travers de la nouvelle École d’avocature, qui constitue un partenariat entre la Faculté, les pouvoirs judiciaires et politiques, l’Ordre des avocats genevois et l’Association des juristes progressistes.

Soyez donc les bienvenus dans cette Faculté à la fois traditionnelle et innovatrice, et sachez profiter des conditions d’encadrement qui figurent parmi les meilleures de Suisse.

Prof. Christian Bovet
Doyen

Août 2011