Cycle de conférences publiques

Cycle de conférences 2017-2018

 

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Photo : Véronique Savary

 

CYCLE DE CONFÉRENCES PUBLIQUES EN ÉTUDES GENRE 2017-2018

Les lundis | entrée libre | 18h15-20h
Uni Mail, 40 bd du Pont-d’Arve

Les conférences sont suivies d’une discussion

 

 

Consignes du travail écrit du Cycle de conférences en Etudes genre 2017-2018

Vous trouvez les enregistrements audio des conférences sur le site MEDIASERVER de l'Université de Genève. 

Flyer du programme 2017-2018

Lu 7 mai 2018 Flyer
R070

Féminisme décolonial et luttes indigènes au Mexique et au Honduras

 Sabine Masson est juriste et docteure en sociologie (Unige/Unil). Elle s’est engagée auprès d’organisations indigènes notamment au Mexique et au Honduras, où elle a mené ses travaux de recherche et œuvré dans le domaine de l’éducation populaire.

L’auteure abordera les principaux éléments de son ouvrage Pour une critique féministe décoloniale. Réflexions à partir de mon engagement avec des luttes indigènes au Mexique et au Honduras (Editions Antipodes, 2016). Son exposé se composera de trois parties: l’approche méthodologique particulière de ce travail, ancré dans la recherche-action ; son cadre théorique, élaboré autour des critiques décoloniales et des analyses de l’intersectionnalité ; son étude de terrain, traitant des conflits entre politiques de développement et luttes indigènes pour l’autodétermination.

Sabine Masson nous propose une approche novatrice sur la manière dont les rapports de force hérités de l’époque coloniale continuent de déterminer des formes de domination, notamment sur les femmes issues de milieux minoritaires (noires, indigènes, chicanas…). Son ouvrage articule, en effet, un travail de terrain mené au Mexique et en Amérique centrale depuis les années 2000 avec ses recherches sociologiques inscrites dans les courants postcoloniaux et des féminismes noirs et chicanos.

 

Lu 23 avril 2018  Flyer

R070
Enquêter sur l’exploitation sexuelle.  Enjeux d’écriture et de méthode

La plupart des travaux sur la traite des êtres humains tentent soit de déconstruire la grammaire des discours, soit de restituer les parcours migratoires des femmes se livrant à la prostitution. Le travail de Milena Jaksic cherche davantage à introduire une troisième dimension, celle des institutions en charge du contrôle et de l'identification des victimes. Ce faisant, son travail s’inscrit dans le champ de la sociologie de l’Etat et des street level bureaucrats et s’attache à restituer les trajectoires institutionnelles des personnes susceptibles d’être identifiées comme victimes de la traite

Dans la présente intervention Milena Jaksic souhaite partager quelques-unes des principales difficultés épistémologiques auxquelles elle s’est heurtée au cours de son enquête. Elle se demandera notamment à quelles conditions une ethnographie des violences sexuelles est-elle possible et si une perspective en termes de genre est la plus adaptée pour saisir, en sociologue, les violences faites aux femmes.

 

Milena Jaksic est sociologue, chargée de recherche au CNRS à l’Institut des sciences sociales du politique (ISP, Université Paris Ouest Nanterre). Elle est auteure de nombreuses publications consacrées à la traite des êtres humains et d’un ouvrage intitulé La traite des êtres humains en France. De la victime idéale à la victime coupable, publié aux éditions CNRS en 2016. Ses travaux plus récents portent sur la qualité de témoin d’anciens enfants soldats devant les juridictions pénales internationales.

 

Lu 5 mars 2018  Flyer
R070
Le ventre des femmes.
Race, Capitalisme, Féminisme
En juin 1970, un scandale éclate à l'île de La Réunion, département français d'Outre-mer dans l'Océan indien, qui révèle que depuis plusieurs années, entre 6000 et 8000 femmes sont avortées et stérilisées sans leur consentement par des médecins dans une clinique de l'île. En outre, ces médecins, sauf un d'origine marocaine, se sont considérablement enrichis en détournant le remboursement de ces actes. En France, la loi interdit toujours l'avortement et les médecins qui le pratiquent et les femmes qui le demandent sont sévèrement punis. A partir de ce scandale, Françoise Vergès retrace la politique de gestion du ventre des femmes noires depuis la traite et l'esclavage, pendant l’ère coloniale et enfin dans la seconde moitié du 20ème siècle quand les notions de "surpopulation", de "droit de l'enfant" et de"droit à l'enfant" réorganisent cette politique. En conclusion, elle interroge le slogan féministe "mon corps m'appartient" et plaide pour une repolitisation de la reproduction et un féminisme matérialiste et décolonial.

Françoise Vergès est titulaire de la Chaire Global South(s) au Collège d'études mondiales, Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris.

Sa recherche couvre plusieurs domaines autour des processus de racialisation et de vulnérabilité, des politiques de prédation et du capitalisme racial: mémoires de l'esclavage, écrits d'Aimé Césaire et Frantz Fanon, pratiques culturelles et artistiques dans le Sud global, luttes des femmes et féminisme matérialiste et décolonial. Elle est également auteure de films-documentaires, commissaire indépendante, travaille régulièrement avec des artistes et milite dans des mouvements de l'antiracisme politique.

 

Lu 4 décembre 2017 Flyer
R070
Les enjeux féministes de la biomédicalisation. Le cas de la conservation ovocytaire pour raison d’âge.

Les techniques biomédicales telles que la pilule contraceptive, la chirurgie esthé­tique, les parcours trans médicalisés ou encore la conservation ovocytaire sus­citent des jugements contradictoires et clivants, y compris parmi les féministes. Il faut dire que l’analyse de ces pratiques place le biologique au coeur des inter­rogations, une boîte noire certes ouverte par les féministes depuis les années 1980, mais qui se présente dans ces cas de figure avec une acuité renouvelée. De la naturalisation des positions et identités sociales à leur biologisation, cette conférence se propose de souligner la recomposition des rapports entre corps et genre dans l’horizon biomédical. Or une telle recomposition appelle de nouvelles catégories analytiques, pour autant que la critique antinaturaliste ne suffit plus. Sans chercher à conduire à un consensus, certains écueils naturalistes ou a-cri­tique devraient néanmoins pouvoir être évités. La question des outils féministes sera traitée en adoptant une perspective foucaldienne et en partant d’une inter­rogation des pratiques, plutôt que d’une interrogation des principes moraux. La conservation ovocytaire pour raison d’âge, un projet en cours, servira de fil rouge à la réflexion.

Claire Grino est docteure en philosophie. Actuellement ATER à Lyon 1, elle enseigne au Service commun de formation en Sciences humaines et sociales, à destination des étudiant.e.s en sciences de la vie et de la santé. Ses principaux domaines de recherche sont les rapports de genre, la philosophie des techniques, la santé et la biopolitique. Après avoir travaillé sur les conditions de possibilité d’une analyse de genre dans l’horizon biomédical, elle a entamé un projet de recherche sur la conservation ovocytaire pour raisons d’âge en 2016, dans le cadre d’un séjour de recherche à l’Université de Californie à Berkeley au Center for Science, Technology, Medicine and Society.

 

Lu 13 novembre 2017 Flyer
R070
Angela Davis, Audre Lorde, bell hooks: parcours d’exception de trois féministes africaines-américaines ?

Cette conférence portera sur Angela Davis, Audre Lorde et bell hooks, trois figures emblématiques de l’histoire des luttes et des pensées féministes et lesbiennes africaines-américaines du XXème siècle. Elle s’inscrit dans un ensemble plus large de travaux que Nassira Hedjerassi mène sur des intellectuelles (notamment des
femmes philosophes) cherchant à comprendre les trajectoires de celles qui ont su se distinguer dans la sphère de la production scientifique ou intellectuelle. A partir de leur enfance et de leur jeunesse, il s’agira de comprendre comment elles se sont construites comme intellectuelles, dans le contexte étatsunien marqué par un système ségrégationniste limitant l’accès des populations noires de manière générale - et des femmes noires en particulier - à un certain nombre de droits, à l’éducation, au travail (en particulier aux emplois qualifiés et aux professions intellectuelles supérieures). En s’appuyant sur un matériau (auto)biographique, N. Hedjerassi s’attachera à éclairer les parcours de formation, les situant dans leur contexte socio-historique, selon une grille de lecture articulant l’ensemble imbriqué des rapports sociaux à l’oeuvre (classe, race, sexe et sexualité). Après l’analyse de ces trois parcours biographiques, N. Hedjerassi mettra en exergue leur apport majeur aux féminismes (africains-) américains, la circulation/réception de leur contribution au-delà des Etats-Unis, dans le contexte actuel de popularisation de la notion d’intersectionnalité dans le monde scientifique, et de développement de l’afroféminisme en France (et plus largement en Europe), marqué par les polémiques suscitées par l’affirmation de la nécessité d’une double non mixité.
Nassira Hedjerassi, professeure des Universités en sociologie de l’éducation, Université Paris Sorbonne. Elle est membre du conseil d’administration de l’Association de Recherche sur le Genre en Education et Formation (ARGEF). Ses recherches actuelles portent sur les féminismes africainsaméricains et africains, sur l’accès des femmes aux professions semi-intellectuelles (bibliothécaires et documentalistes scolaires) et intellectuelles supérieures, en particulier l’accès des femmes à l’activité philosophique.

 

Lu 9 octobre 2017 Flyer
R070
Transfuges de sexe: Genre et sexualité dans les parcours des hommes et femmes trans’

La diversité des parcours de changement de sexe est peu explorée. Comme les études sur les femmes, les recherches sur les trans’ présentent généralement cette population comme un groupe relativement homogène. Pourtant, les appartenances sociales modèlent l’expérience de la transition. A partir d’un travail sociohistorique, d’une enquête par entretiens biographiques et de l’analyse secondaire d’une enquête quantitative, la conférence s’intéressera aux façons dont les rapports sociaux de sexe façonnent la fabrique des trans’, leurs trajectoires et leurs subjectivités. Les hommes et les femmes trans’ font l’objet d’un traitement médical et scientifique différentiel. Par ailleurs, le genre façonne leurs biographies socio-sexuelles, la temporalité de leurs transitions et les conditions matérielles dans lesquelles elles sont réalisées. Enfin, bien que le changement de sexe soit rarement considéré comme une expérience de mobilité sociale, les FtMs (Female-to-Male) vivent une ascension et les MtFs (Male-to-Female) sont déclassées. Les parcours trans’ sont souvent étudiés pour ce qu’ils ont de subversif, mais ils n’échappent pas à l’emprise du genre.

Emmanuel Beaubatie est sociologue, jeune docteur de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS) et chargé de cours dans le master Genre Politique Sexualité (EHESS). Ses domaines de recherche portent sur le genre, la mobilité sociale, la santé et la sexualité. Il a soutenu une thèse sur le changement de sexe, intitulée « Transfuges de sexe. Genre, santé et sexualité dans les parcours d’hommes et de femmes trans’ en France » (2017). Il a été chercheur invité à l’INSERM où il a travaillé sur l’enquête « Trans’ et santé sexuelle », ainsi qu’à l’Institut national d’études démographiques, où il contribue au projet « Homosexualités : savoirs et méthodes ».