Animation : Stefano Rosselli
On n’apprend pas une leçon comme on mémorise une récitation ! Et ce n’est pas dans les gènes que l’on trouve spontanément la solution pour réussir à l’école ! Plutôt que de bricoler dans son coin ou de se lamenter parce que son enfant ou ses élèves n’y arrivent pas, il peut être intéressant de s’intéresser à «l’apprendre à apprendre...» !
C’est une question d’autant plus complexe que chaque individu a sa propre façon de comprendre, de s’organiser et de mémoriser. Il y a ceux qui ont besoin de « photographier » ce qu’ils vont apprendre. Pour eux, un croquis, une carte, un schéma, un conceptogramme valent tous les discours. D’autres ont besoin de se répéter la leçon à voix haute ou de se parler à voix basse. D’autres encore doivent faire, ressentir, bouger ou s’inventer quelque chose. Etc…
Ceux qui ont un mode d’apprentissage correspondant le mieux à ce qui est attendu à l’école sont plus disposés à faire une bonne scolarité. Hélas, tout le monde n’a pas cette chance, et il est impossible au système scolaire de s’adapter à chacun. Alors comment faire ? En découvrant comment soi-même on apprend, c’est-à-dire en comprenant le cheminement mental ou l’organisation nécessaire pour réussir les études. La grande difficulté est que ces processus sont le plus souvent inconscients pour chacun d’entre nous. Il faut en prendre conscience, les expliciter.
Dans le même temps, il importe de connaître qu’il peut exister d’autres approches plus performantes et de s’y exercer. C’est dans ce double projet qu’il importe de faire travailler les personnes : prendre conscience de ses habitudes de penser et surtout en découvrir d’autres, éventuellement plus pertinentes, voire de jongler avec plusieurs démarches en fonction des questions à traiter ou des contraintes rencontrer.
Malheureusement « apprendre à apprendre » a encore peu sa place ni à l’école, ni dans les formations. Les objections des enseignants et des formateurs sont multiples et variées. Il y a l’objection élitaire « spontanéiste » : « les bons élèves apprennent spontanément les méthodes de travail ». « Moi ! je me suis bien débrouillé tout seul ». Les enseignants, souvent des anciens bons élèves, ont du mal à envisager qu’on peut ne pas apprendre ou qu’apprendre s’apprend ! Ensuite, il y a l’objection disciplinaire : « aucune compétence méthodologique ne peut être mise en œuvre en dehors d’une logique disciplinaire». «J’ai déjà suffisamment peu de temps pour boucler mon programme, si en plus… ».
Dans les systèmes scolaires, la primauté des disciplines l’emporte toujours sur les compétences transversales. Ainsi nulle part, on apprend à prendre des notes, à mémoriser ou à organiser son temps de travail, y compris à l’école primaire…
Enfin, il existe l’objection plus récente « techniciste» : « il existe des logiciels informatiques. Ils n’ont qu’à se débrouiller ». Les machines ne peuvent cependant tout faire. Il y a dans l’apprendre à l’école, une véritable culture spécifique à comprendre et à acquérir, avec des rituels particuliers. Etre élève est un véritable métier qui demande une formation continue !
Certes un certain nombre de livres existent sur le sujet. La plupart sont des conseils à usage des parents ou des enseignants. Il importe d’en concevoir spécialement à l’intention des jeunes pour prendre en compte leurs conceptions, leurs habitudes, y compris leurs défauts, voire leur mode de vie, sans bien sûr y rester… De plus, les livres existants sont basés sur des approches intéressantes mais réductrices : la gestion mentale, la PNL, le coaching,.. L’apprendre est un processus trop complexe pour se voir limité à une seule méthode, sorte de panacée. Il n’y a plus que le ministre de l’éducation pour le croire !
Un projet éducatif original est à proposer dans ce sens, dès l’école maternelle. L’exigence n’est pas frontale, elle est un « passage obligé » et expliqué. L’élève ne doit plus être tenu en situation de consommateur. Son métier d’élève n’est pas d’attendre que le maître ou le formateur fasse son cours. Apprendre par soi-même devient un enjeu capital de l’institution ; paradoxalement, l’apprentissage de l’autodidaxie doit faire partie du programme scolaire.
André Giordan
Pour en savoir plus sur l’autodidaxie à l’école, extrait de André Giordan, Une autre école pour nos enfants, Delagrave, 2003.
Le livre Coach College croise différentes approches, émergent alors un réseau de possibles à essayer pour soi-même. Il a également bénéficié des travaux innovants de l’apprendre allostérique1 développé dans notre laboratoire à Genève qui reformule complètement ce qu’est apprendre. Bien sûr, 30 ans de pratiques que j’ai pu mettre au service de jeunes en difficulté scolaire n’ont pas été de trop, recoupé par l’expérience des autres co-auteurs et des tests effectués sur des lecteurs potentiels, pour suggérer des pistes très concrètes.
Ainsi Coach College n’est pas une méthode prescrite de plus. Il fournit une base de travail, il permet de ré?échir sur sa propre manière de fonctionner. En parallèle, il pourvoit des outils pour comprendre et des ressources à prendre en compte à son rythme. On y trouve encore beaucoup de conseils et de propositions sur des points très concrets : comment gérer son agenda, savoir lire les consignes, faire un exposé, travailler de façon profitable en groupe, passer un contrôle avec succès, prendre la parole, savoir argumenter, essayer de convaincre par l’humour son prof., etc., ainsi que des astuces pour s’organiser sans se polariser à l’extrême ou tout simplement avoir de meilleures notes sans se prendre la tête. Rien n’est linéaire ou imposé, tout est à éprouver…
Michèle Febvre, André Giordan, Maîtriser les méthodes de travail, (Broché), Delachaux.
Michèle Febvre, André Giordan, Maîtriser l'information scientifique et médicale (Broché), Delachaux.
Varinia Oberto, Alain Sotto, Aidez votre enfant à réussir : Un guide à l'usage des parents (Broché), André Giordan (Préface)
1Voir en particulier A Giordan, Apprendre !, Belin, 2004