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L’éducation au développement durable, « peut mieux faire »…

L’éducation au développement durable (EDD) à l’école, et d’une manière plus large pour tous, est une urgence face aux enjeux actuels. Elle vise à fournir le désir et les possibilités de participer à la résolution des problèmes actuels, elle doit conduire à l’émergence de solutions alternatives et surtout à penser le changement.
Oui ! rien n’est plus délicat à mettre en place qu’un changement réussi… La plupart de nos productions industrielles sont à revoir, nombre de nos gestes quotidiens ou de nos consommations sont à modifier. Or rarement, une transformation sociale peut se décréter d’en haut. Et sur le plan personnel, tout changement s’avère des plus difficiles ; pas simple de transformer une habitude de vie !

Bien sûr, tous les Etats sont formellement d’accord : il faut entreprendre un développement durable (DD) et dans ce cadre, favoriser largement l’éducation. Cela est répété depuis la conférence de Tbilissi organisée par l’UNESCO et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement en… 1977. Or trente ans plus tard, l’EDD reste globalement frustre ; s’il y a consensus sur son principe, sa mise en place n’est pas évidente. Nombre d’opérations originales ont certes été développées, des programmes, des activités pédagogiques ont été introduits, mais peu ont été évaluées. Quand elles l’ont été, leur impact ne s’est pas révélé particulièrement pertinent…
Les enquêtes que notre Laboratoire a réalisées au cours de ces dernières années montrent que l’implantation de l’EDD (Education à l’environnement y compris) dans les systèmes éducatifs s'avère encore très faible. Au mieux, de 5% à 10 % des élèves en Europe ont été “sensibilisés” ; les pays du Nord et la Suisse plus largement que ceux du Sud. Et l’apport qualitatif -en termes d’acquisition de méthodes et de concepts- reste très limité.
Il ne suffit pas de mettre en place dans une classe une période ad hoc pour sensibiliser efficacement. C’est une illusion, trop souvent fréquente dans les systèmes scolaires, de croire qu’il suffit de dire ou de montrer pour qu’un savoir aussi complexe que le DD « passe ». Quant aux méthodes dites « actives », souvent préconisées avec enthousiasme, elles ne donnent pas tous les résultats attendus.
Les élèves « ingurgitent (au mieux) des formules magiques » présentées comme des « vérités formulées ». Ils retiennent souvent des stéréotypes ou des mots vides de sens -« pollutions », « perte de biodiversité », « charge environnementale », « effets de serre », « réchauffement climatique »- inopérants au quotidien. On pourrait même dire masquant… car ces vocables leur donnent l’impression de savoir et leur enlèvent par là le désir de comprendre. L’acquisition d’un savoir complexe et/ou le changement de comportement ne se résolvent pas par « une » méthode. Il faut plutôt envisager une combinatoire de stratégies didactiques.

Malgré quelques colloques nationaux ou internationaux (comme les WEEC ou les BioEd), rares ont été les mutualisations ou les généralisations réussies. L’appropriation de démarches spécifiques, comme la démarche systémique ou la pragmatique restent plutôt absentes. La maîtrise des concepts principaux (aménagement, ressources et même développement durable, etc.) n’est toujours pas assurée. Par ailleurs, sous le vocable d’EDD, les programmes scolaires traitent souvent de thèmes classiques ou proposent une « pédagogie du milieu » à composantes géographique, historique ou naturaliste. Peu de propositions portent sur l’environnement urbain ou l’impact des technologies ; les composantes économiques en termes de production et de consommation sont la plupart du temps éludées. Les valeurs et les paradigmes qui sous-tendent les actions sont rarement interrogés. Et ce n’est pas les médias qui se cantonnent sur le sensationnel, l’évènementiel ou l’anecdotique qui peuvent faire changer les « choses » !

Enfin, la formation des adultes reste très restreinte: on peut répertorier quelques apports auprès des professions liées à l’environnement, des administratifs des collectivités locales ou des politiques. La grande majorité des ingénieurs ou des techniciens ne reçoivent pas un début d’initiation dans leur formation initiale. Il est vrai que les cursus universitaires habituels -à l’exception des parcours spécialisés - n’ont pas de sensibilisation dans leur programme.

Pourtant depuis 1980, le LDES a mis en place des recherches et des innovations, d’abord sur l’Education relative à l’environnement, puis sur l’EDD. Elles ont notamment porté sur les conceptions et les façons de pensée des élèves et du public en général, sur les obstacles dans les pratiques d’éducation et de médiation et comment les dépasser. Des thèses, des mémoires ont été réalisés dans divers pays, y compris en Chine ou au Brésil ; des séminaires, des colloques, des symposiums ont été organisés avec notre concours. Des propositions originales ont émergé pour introduire les dimensions et faire évoluer les structures et les programmes habituels. Des ressources et des outils ont été produits pour (re)penser la formation des enseignants et des animateurs.
Les cours et les formations de notre Laboratoire –les premiers en Europe- tentent chaque année de faire partager une autre approche du domaine (voir ci-dessous). La publication qui vient de paraître Une éducation à l’environnement – vers le développement durable, réalisée avec Christian Souchon, écologiste bien connu et publiée aux Editions Delagrave (2008) en reprend les principaux éléments. De même, le site du Laboratoire fournit une série de données complémentaires.

L’important aujourd’hui est de mettre toutes ces données en réseaux et de les confronter à d’autres pour amplifier le partage. L’EDD se doit de faire Histoire. Même s’il ne peut exister de solutions « clef en main » ou de stratégies de formation valable pour tous et dans tout contexte, un certain nombre d’acquis peuvent être pris en compte. Trop de temps ont été perdus… pendant ce temps, la biosphère continue à se dégrader…

André Giordan

Le laboratoire de didactique et épistémologie des sciences (LDES), Un pôle d'excellence pour toutes formes d'éducation au développement durable

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