Deux approches complémentaires ont été mises en place. Une approche classique universitaire par le biais d’un séminaire de recherche master de didactique et épistémologie des sciences. Dans ce cadre, des étudiants ont produit des mémoires de recherche, coordonnés par André Giordan et Sébastien Baelde avec le concours de chercheurs associés intervenant dans le séminaire.
Une approche plus solidaire a fonctionné également pendant quatre années, en relation avec le
Mouvement des réseaux d'échanges réciproques de savoirs (à l'initiative du Groupe apprendre, initié par
Claire Hébert-Suffrin), avec le concours de représentants du Mouvement Freinet, du GFEN, du Mouvement pour le
Potentiel Humain et de la Revue Transversale. La démarche de ce groupe fut totalement inédite, puisqu’elle
associait aux universitaires des personnes porteuses d’expériences sociales.
Au point de départ du processus d’émergence comme le signale Claire Héber-Suffren: «une question, un refus,
une difficulté, un réel « qui résiste ». Et pour prendre réellement en compte ces données, d'emblée une attention
au réel et un état d'esprit : être persuadé que l'on peut produire de nouveaux savoirs. »
Pour tenter d’élaborer de tels savoirs, l’approche se décompose schématiquement de la manière suivante :
Un état de veille permanent est à mettre en place, c’est-à-dire une sensibilité de regarder autour de soi comment la même question est traitée par différentes personnes ou groupes ; et pour cela, diversifier ses capteurs, organiser la collecte des informations, repérer les bonnes informations, les mettre en commun... et en permanence mutualiser les données.
Des retours réflexifs permettent de s'impliquer dans des débats ouverts, d'accepter les provocations
épistémologiques, c'est-à-dire de savoir s'interpeller mutuellement, de travailler sur les liens pour se
rendre capables de « bouger nos pensées. Il s'agit d'apprendre ensemble à interroger les questions :
posons-nous les bonnes questions ? Est-ce la bonne façon de les poser ?
Cette étape est importante pour se donner les chances, ensemble, d'avoir une vision de la complexité
du monde ? Ne pas hésiter à travailler les conflits comme ne peut manquer d'en créer toute activité
d'élaboration en groupe. Apprendre à dépasser les éléments contradictoires pour inventer un «optimum »
qui dépasse pour les englober ou les concilier les éléments antagonistes.
Enfin, cette démarche entretient un atout important pour l’innovation et l’émergence des idées : la conscience de l'incomplétude. On peut la caractériser par deux paramètres : « seul, je ne sais pas » ; « aucun savoir n'est jamais fini ! »