Premières Questions

Journal d'une recherche consacrée aux questions des enfants à l'école élémentaire

Olivier MAULINI
Université de Genève
Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation

Numéro 1 | Décembre 1997 | Autres éditions


Y a-t-il des questions ?

Quelles sont les questions que posent les enfants dans les petits degrés ? Comment les enseignants les exploitent-ils, les suscitent-ils, les provoquent-ils ? Existe-t-il des élèves plus "questionneurs" que d'autres ? Si oui, facilitent-ils ou compliquent-ils plutôt le travail du maître ? En classe, y a-t-il une façon plus ou moins correcte, plus ou moins perspicace, plus ou moins efficace de poser des questions ? Peut-on et doit-on tout questionner ?

Ces " questions sur la question " s'inscrivent dans un cadre plus général: celui de la scolarisation précoce des enfants et de leurs premiers pas dans l'univers scolaire. Ont-ils tous le même désir de savoir, la même envie de connaître, la même volonté d'apprendre ? Ou existe-t-il des différences qui obligent l'enseignant à faire preuve d'imagination et de perspicacité ? Si le " métier d'élève " s'apprend, comment les enseignants entraînent-ils les enfants dans cette découverte ? Comment, par exemple, leur apprennent-ils à poser et à se poser des questions ?

C'est pour répondre (en partie) à ces interrogations que j'ai pris contact avec plusieurs enseignants et enseignantes de la division élémentaire. Aujourd'hui, je remercie toutes celles et tous ceux d'entre vous qui ont montré un intérêt pour ce projet. En janvier, j'irai travailler dans 4 classes différentes, en février, dans 4 autres. Ces classes sont réparties dans tout le canton et - c'était essentiel - dans des écoles " sociologiquement " variées. Cette première phase d'observation participante pourra déboucher sur d'autres projets que nous aurons loisir de discuter dans les mois à venir.

Durant le mois de décembre, j'ai multiplié les contacts afin de parvenir à un juste équilibre entre les différents types d'école. Mais les huit enseignants qui m'ont donné leur accord définitif n'ont pas vocation à rester isolés. Je propose donc d'associer toutes les personnes intéressées à la réflexion.

Comment s'y prendre ? Je suggère que Premières Questions devienne le bulletin de liaison d'un petit groupe de réflexion, de recherche et d'action à cheval entre théorie et pratique. Nous pourrions y faire part d'observations, d'analyses, de propositions d'activités, etc. Ainsi, nous garderons contact avec les personnes intéressées par la recherche mais chez qui je ne pourrai me rendre en janvier et février. Une façon comme une autre de préparer des collaborations ultérieures.

Le numéro 1 de Premières Questions est diffusé à l'ensemble des enseignants contactés en décembre. En janvier, j'enverrai automatiquement le numéro 2 (et les suivants) aux huit titulaires de classe qui ouvriront les feux. Les autres personnes désireuses de participer aux travaux du groupe n'ont qu'à me le signaler. En recevant le bulletin, elles se tiendront au courant des projets en gestation; en y prenant la parole (ou la plume), elles participeront directement à la réflexion. Vos collègues intéressés seront également les bienvenus.

Et si vous avez encore des questions ? Je suis à votre entière disposition. Je me réjouis d'entamer ce travail avec vous et vous remercie d'ores et déjà de votre collaboration.§ OM

Calendrier

Le calendrier universitaire et les unités de formation compactes dans lesquelles je travaille me rendent presque indisponible de mars à juin et d'octobre à novembre. J'ai donc retenu les périodes hivernales (décembre-février) et le mois de septembre pour travailler dans les écoles. A quoi on peut ajouter les "semaines de terrain" du module "approches transversales 1". Comme plusieurs d'entre vous participent à l'accueil des étudiants à cette période (avril-juin), nous pourrions imaginer des collaborations à négocier.

[...]

Comme je le disais plus haut, je suis à la disposition de celles et ceux qui désiraient en savoir ou en faire plus. Ce dispositif n'est pas figé, il doit pouvoir évoluer au gré des intérêts et des projets de chacun.


Le projet de recherche en 2 mots

Pour toute recherche effectuée dans les classes de l'Enseignement primaire, une demande doit être effectuée auprès de la direction. A titre d'information, voici le texte rédigé à cet effet:

Cette recherche est consacrée au " questionnement " des élèves dans les premiers degrés de la scolarité obligatoire (à Genève : division élémentaire). Elle souhaite analyser la façon dont les enfants posent et se posent des questions ; la façon dont les enseignants et les enseignantes accueillent, stimulent, consolident ce questionnement. Elle s’intéressera donc aux situations d’enseignement-apprentissage, aux interactions maître-élèves, aux modalités d’organisation et de gestion de la classe qui sont susceptibles de " peser " sur la dynamique du questionnement. Elle tentera surtout de mieux comprendre en quoi cette dynamique est fonction du rapport des enfants et des enseignants eux-mêmes au savoir, à l’incertitude, à la curiosité, etc. Mon hypothèse : tous les enfants n’ayant pas les mêmes représentations, ni les mêmes attitudes dans ces domaines, l’enseignant doit faire face à un défi complexe : " embarquer " des élèves tous différents dans un questionnement qui les rassemble.

Ce projet implique une collaboration et un dialogue réguliers (2 ans minimum) avec quelques enseignants et enseignantes de la division élémentaire (entre 4 et 10 personnes). Ces enseignants seraient associés au travail de réflexion théorique. De mon côté, je souhaite participer à la vie quotidienne des classes, de façon à observer les interactions maître-élèves " en situation ". Il n’est donc pas prévu d’entretiens formels avec les enfants. C’est dans le cadre de la classe qu’ils doivent être entendus : dans ce qu’ils disent et ne disent pas, font et ne font pas, questionnent et ne questionnent pas.

Les périodes de présence en classe seraient principalement concentrées sur janvier et février 1998, puis sur les hivers 1998-1999, voire 1999-2000. Cette concentration est imposée par le calendrier de la licence mention " Enseignement ", dont les unités compactes occupent l’essentiel de mon temps en octobre et au semestre d’été (mars-juin).

Cette recherche servira de support à une thèse de doctorat consacrée au questionnement des élèves dans le cadre scolaire. Ce travail est dirigé par le professeur Philippe Perrenoud.