Premières Questions

Journal d'une recherche consacrée aux questions des enfants à l'école élémentaire

Olivier MAULINI
Université de Genève
Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation

Numéro 5 | Août 1999 | Autres éditions


Questions en formation

Reprendrez-vous, pour la rentrée, quelques questions ? Les questions de nos élèves, bien entendu, mais aussi les questions de leurs (futurs) enseignants. En s’interrogeant sur les questions des enfants, les étudiants en formation tirent sur tous les fils qui s’enchevêtrent dans le travail pédagogique quotidien. Leurs questions - des questions en formation - sont donc autant d’occasions de remettre sur le métier les dilemmes de l’action éducative.

Exemple : un atelier consacré au statut de la question dans la classe. A partir de quelques exemples fictifs (" tu crois que les anges, ça existe ? ", " c’est vrai qu’avant d’être des hommes, on était des singes ", etc.), les étudiants réfléchissent ensemble à la meilleure manière d’accueillir, d’exploiter, de susciter les questions des élèves (voir Premières Questions numéro 4). Chaque interrogation est l’amorce d’une analyse des interactions maître-élèves, de la posture et de la responsabilité de l’enseignant dans ce qu’on peut appeler la " communication didactique ". Quelle parole et quelle écoute promouvoir ? Comment stimuler les élèves les moins " questionneurs " ? Comment concilier les attentes des uns et des autres, les préoccupations personnelles et les impératifs du programme et de la vie de groupe ? Comment répondre aux questions surprenantes, déstabilisantes, saisissantes ? Comment aborder les interrogations les plus fondamentales, celles qui donnent du " sens " aux savoirs scolaires, sans faire intrusion dans l’intimité de certains élèves ? Comment assumer l’asymétrie didactique (où l’expert pose les questions) et les ambitions libératrices des pédagogies nouvelles (où c’est l’élève qui s’interroge et qui interroge) ?

Comme on peut le voir en lisant les questions rédigées par les étudiants au cours de l’atelier (p.2), le métier d’enseignant est un métier complexe où se mêlent des considérations pratiques, théoriques, éthiques. Peut-on, à l’école, tout dire, tout expliquer, tout questionner ? Si non, où et comment fixer les limites ? Si oui, comment trier l’essentiel de l’accessoire ? Comme l’écrit un étudiant : " sur quelles questions est-ce que cela vaut la peine de s’arrêter, de prendre du temps pour y répondre et faire le tour de cette question ? ". Autrement dit : comment gérer la classe dans le respect des obligations institutionnelles, mais en tirant profit des " occasions " qui se présentent à nous ? Suivant la posture qu’on adopte, la question de l’élève peut être un frein au déroulement du " texte du savoir ", un dérangement à éliminer au moyen d’une pirouette ou d’une réponse en aparté, la menace d’être pris en flagrant délit d’ignorance ou un levier pour les apprentissages du questionneur et, éventuellement, de ses camarades. Tout comme l’erreur, la question ne serait plus dès lors un obstacle, mais au contraire un véritable " outil pour enseigner "*. § OM

* Cf : Jean-Pierre Astolfi (199-). L’erreur, un outil pour enseigner. Paris, ESF.


Questions d’enfants, questions de (futurs) enseignants (2)


Infos :

Si la question - celle de l’élève mais aussi celle du maître - est un outil pour enseigner, reste à étudier son maniement. C’est l’objet d’un texte en préparation : Questionner pour apprendre. La dialectique des questions et des réponses dans la communication pédagogique. Ce texte est précédé d’une analyse plus globale des interactions maître-élèves : Communiquer pour apprendre. Les interactions langagières à l’école élémentaire : lecture critique de quelques études critiques. Je tiens bien entendu ces pages à votre disposition.

Une question vous turlupine ? Vous voulez connaître la composition chimique de la farine d’amidon, la date de naissance d’Henry Kissinger, l’espérance de vie du bégonia ou l’opus du dernier quatuor écrit par Schubert ? Tapez http://www.askanexpert.com/ et un expert vous répondra. En anglais, bien sûr.