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La décoration d'une classe primaire
Sandra Gisler

Narration

Ma démarche de projet est une création artistique : les enfants doivent décorer leur classe. En effet, je pense que se sentir bien dans sa classe peut stimuler les élèves à travailler. Ainsi, je désire effectivement une participation active des enfants pour le contenu et la décoration de la classe dans la perspective de faire un lieu où ils auront du plaisir à y pénétrer. C’est pourquoi, j’ai décidé de ne pas imposer de thème aux enfants. Ils devront prendre une décision commune avant de se mettre à l’œuvre. Ce sera donc une véritable entreprise collective, les élèves géreront leur projet (les décisions, les coordinations, la réalisation…). Ils seront véritablement impliqués dans une expérience commune et, ainsi, de véritables acteurs. Un de mes objectifs principaux à travers ma démarche de projet est donc de développer la coopération et l’intelligence collective dans la classe dès le début de l’année. Les enfants devront effectivement apprendre à faire des propositions, à écouter leurs camarades, à négocier pour trouver un terrain d’entente. J’espère que ce projet en début d’année créera de véritables liens entre les enfants et qu’ils auront un grand plaisir à rentrer dans leur classe dont la décoration aura été réalisée par eux-mêmes. Je souhaite également que ce projet aide chaque élève à prendre confiance en soi, à se sentir utile en s’y impliquant d’une manière ou d’une autre. Je pense donc dès les premiers jours d’école lancer ce défi aux élèves en leur disant qu’ils ont deux semaines pour décorer leur classe. Plus grande sera la satisfaction du travail accompli !

Le premier jour, je me suis donc présentée aux élèves de sixième primaire en leur expliquant que je suis dans leur classe durant deux semaines pour leur faire vivre un projet, leur projet : la décoration de leur classe. J’insiste sur le fait que c’est eux les acteurs et qu’il faut qu’ils négocient et trouvent un thème commun. Nous commençons immédiatement à réfléchir à ce sujet et je note toutes les propositions des élèves au tableau : BD – portraits, caricatures d’élèves – jungle – plage – chevaux – parc d’attraction et les fonds marins. Les élèves décident alors de voter et inscrivent deux choix sur une feuille. Puis, une élève procède au dépouillement et c’est le parc d’attraction qui est choisi comme thème pour décorer la classe ! Nous pensons alors tous ensemble à la réalisation concrète de ce projet. Les élèves proposent de construire un grand huit et une montagne russe, qu’ils suspendront au plafond de la classe, une grande roue, un saut à l’élastique et un train fantôme… Les élèves se répartissent dans les différents groupes. Je leur propose de débuter par groupe l’esquisse de leur projet et leur distribue pour cela de grandes feuilles de java. J’entends déjà quelques négociations : " Tu es d’accord si c’est moi qui réalise le saut à l’élastique ? Et toi ? " Je demande aux enfants de réfléchir également au matériel : certains l’écrivent à côté de leur réalisation et d’autres me font part de leurs idées.

La réalisation concrète peut alors commencer. Les enfants ont énormément d’idées. Certains se mettent trop rapidement au travail et se rendent compte qu’il faudra trouver une meilleure technique et mieux réfléchir avant de se lancer dans une construction. Ils ont l’occasion de travailler avec différents matériaux : bois, cartons, tissus…Certains amènent même du matériel de chez eux. Grande est leur imagination ! J’insiste néanmoins pour que les enfants se concertent dans les différents groupes, négocient et se mettent d’accord : " Va consulter tes camarades ", " Mettez-vous d’accord sur les techniques ". Et, en passant dans les différents groupes, j’entends de nombreuses discussions. Mais, c’est un unique projet. C’est pourquoi, j’ai trouvé très intéressante l’idée de mon formateur de terrain qui consiste à faire régulièrement des bilans de chaque groupe devant toute la classe. Les enfants voient où en sont leurs camarades et peuvent éventuellement donner leurs avis, des conseils et des suggestions. D’ailleurs, selon le travail à réaliser, les élèves s’entraident . Tous les jours, les élèves avancent leur parc d’attraction. Et, souvent, en rentrant en classe, ils me demandent s’ils peuvent continuer leur projet. Au bout de quelques jours, mon formateur et moi-même sommes satisfaits des réalisations des élèves. En effet, ceux-ci sont très créatifs. Ils réalisent un vrai parc d’attraction avec le simple matériel présent dans la classe : bois, raphia, papier de soie, cartons, peintures, feutres… Ainsi, nous pensons que c’était nécessaire de leur laisser une grande part de liberté. Ils ont des idées bien différentes des nôtres ! Nous passons nos deux derniers jours à installer les productions des enfants dans la classe. Suspendre le grand huit et les montagnes russes au plafond n’est pas une chose facile ! Mais, finalement, la classe est décorée et les enfants invitent des camarades de l’école à venir la visiter.

Réflexion

Jusqu’à quel point pouvons-nous laisser la gestion d’un projet aux mains des enfants ?

Il est vrai que j’avais vraiment envie de réaliser un projet où les élèves soient les acteurs principaux. C’est pourquoi, dès le début, je les ai laissé choisir un thème. En effet, je pense qu’un vrai projet part d’eux-mêmes. Je pense qu’ils ont plus de plaisir à s’investir dans une réalisation qui ne leur a pas été imposée. Et, dès les premiers jours, avec mon formateur de terrain, nous avons vu se former dans les groupes certains leaderships qui menaient à cœur la gestion du travail. Ainsi, j’ai laissé beaucoup de liberté aux enfants tout en étant là pour leur donner des conseils.

Néanmoins, mon formateur de terrain me fait remarquer dès le deuxième jour que je dois être plus présente. En effet, il est positif de laisser les élèves mener leur projet mais l’enseignant a différents rôles à tenir. Et, je me suis rendue compte que j’avais effectivement un rôle de régulateur-médiateur à tenir. Il était parfois nécessaire d’être là pour inciter les enfants à discuter entre eux lorsque les idées manquaient ou pour les faire réfléchir sur la production qu’ils étaient en train de réaliser. Et, par exemple, la présence de mon formateur et moi-même, a également été nécessaire pour le soin du matériel (protection des tables) et le rangement après chaque temps accordé pour la réalisation du parc d’attraction. Un tel comportement a été bénéfique pour le bon fonctionnement du projet. En effet, pris dans la réalisation de leur projet, les enfants ne pensaient pas toujours à protéger le sol et s’installaient quelquefois dans des endroits qui dérangeaient leurs camarades ! Mais, nous avons également dû jouer le rôle de " motivateur ". En effet, malgré le grand investissement des élèves dans la réalisation du parc d’attraction, il fallait toujours être là pour les relancer au travail, pour ne pas qu’ils se découragent et pour qu’ils gardent toute leur énergie jusqu’à la fin du projet. Mais, malgré ceci et la grande part de liberté que j’ai laissée aux enfants, je n’ai pas réussi à avoir une grande participation de la part d’un élève. Une autre question se pose alors : " Que faire avec un enfant qui ne souhaite pas prendre part au projet et qui en plus dévalorise les productions de ses camarades ? ".