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Spectacle de marionnettes

Paola Billieux

Narration

Mon stage s'est déroulé dans une classe de 4 P, dans une école située au centre ville dans un quartier ayant un niveau socio-économique aisé. La classe était composée de 20 élèves dont deux étaient non francophones.

Mon projet a été de proposer aux élèves la réalisation d'un spectacle de marionnettes, en passant par toutes les étapes nécessaires et qui sont caractéristiques à un tel projet, à savoir la réalisation du texte sous forme de dialogue, la création des personnages sous forme de marionnettes, les décors en peinture en lien avec l'histoire.

Ce projet visait plusieurs disciplines : le français ( expression écrite et orale), les arts plastiques pour la construction des marionnettes et la réalisation des décors.

Le point le plus important pour les élèves était de travailler en groupe dans un but de collaborer, de négocier, prendre des décisions collectives etc. Ceci est un long apprentissage qui ne ne se réalise pas en deux semaines mais tout au long de l'année scolaire .

En proposant ce projet j'ai souhaité avoir une participation de tous les élèves y compris les deux élèves non francophones. Ils ont pu à leur manière contribuer à la réalisation du projet ( faire les marionnettes, et les décors )

Un de mes objectifs principaux a été de développer la coopération entre les élèves tout au long du projet qui sans cette dernière la réalisation du spectacle serait impossible. Tous les élèves avaient un rôle à jouer, une place en fonction de leurs intérêts et compétences.

Ils devaient apprendre à faire des propositions, à écouter leurs camarades, à négocier, surmonter autant que possible les conflits pour que le projet ne stagne pas.

Le projet consistait pour les élèves de partir de 4 contes différents où le début était lu par moi-même. Ils avaient pour tâche de continuer l'histoire en imaginant la suite et l' épilogue de cette dernière.

Je suis partie sur l'idée de proposer plusieurs histoires en vue de faire plusieurs groupes et non un grand groupe ( la classe ), ce qui permettait à chacun de tenir un rôle que ce soit dans la construction des textes, dans la participation du décors et de la réalisation d'un personnage. Les élèves ont pu se trouver dans de bonnes conditions, car ils ont eu la possibilité de se rendre dans une classe voisine qui était inoccupée et pouvoir ainsi mieux se concentrer. Par rapport à la gestion, je circulais dans les différents groupes pour observer le travail et aider les élèves en cas de problèmes. La formatrice s'occupait à ce moment là d'un autre groupe.

Pour ce qui était du projet en lui même, des étapes successives ont été nécessaires. On ne peut faire les décors du spectacle ou créer des marionnettes sans avoir rédigé en premier lieu le texte, et les dialogues .

Le premier jour du stage, j'ai présenté à la classe le projet en leur spécifiant bien que ce projet était " leur projet". Ils allaient être les protagonistes et les réalisateurs d'une belle aventure. Ma présence ne devrait être que rassurante et les guider en cas de grosses difficultés.

Avant d'entamer le stage j'avais déjà pris contact avec la classe pour les informer du pourquoi de ma présence durant deux semaines. Nous allions mettre sur pied un projet assez ambitieux qui j'espère allait les enthousiasmer.

Les différentes étapes de la démarche de projet étaient les suivantes:

-Lecture de 4 contes, où l'introduction est donnée.

-.Choix de l'histoire. Les élèves forment des groupes équivalents en fonction de leurs intérêts pour l'histoire.

-.Pour chaque groupe, un secrétaire est désigné par les élèves qui relève toutes les idées de ses camarades sous forme de mots clés. (actions, personnages )

-.Les groupes rédigent des phrases c'est-à-dire des actions, ou des aventures qui sont décrites.

-.Elaboration des dialogues qui se fait par deux pour faciliter la progression du projet.

-.Création de liens entre les différentes scénettes travaillées par les groupes, c'est à dire entre chaque aventure ou rencontre. Ces liens sont des narrations.

-.Présentation des dialogues de chaque groupe devant la classe (en vue de faire des modifications si nécéssaire).

-.Choix et réalisation des décors ainsi que des marionnettes.

-. Mise au net des textes .

L'essentiel du projet a été fait. Lors des semaines à suivre, l'enseignante et les élèves termineront ce qui a été entamé avec moi et se prépareront pour la présentation.

Le projet vécu par les élèves

D'une manière générale, j'ai constaté que la classe entière était enthousiaste et motivée à l'idée de réaliser un spectacle de marionnettes.

Je pense que cette motivation est due au fait que les élèves allaient être les principaux acteurs de cette merveilleuse aventure où chacun pouvait mettre en pratique ses compétences et apprendre à participer, s'organiser , collaborer, écouter ses camarades etc.

Le fait que le projet allait être présenté aux parents ainsi qu'aux classes de divisions élémentaires était une motivation supplémentaire pour que les élèves aient envie de s'investir un maximum.

Lorsqu'un enseignant propose un projet où toute une classe doit participer, les élèves peuvent être confrontés à un mode de travail qui leur est inhabituel. Ce qui n'a pas été le cas pour cette classe. La collaboration et le fait de travailler en groupe ne leur a pas créer de grosses difficultés, car étant dans une école en rénovation, les élèves ont déjà l'habitude de travailler les textes de français par petits groupes.

Lors d'une discussion avec la classe, certains élèves m'ont informés qu'ils éprouvaient de la difficulté au début du projet à respecter les autres, à écouter les idées des camarades sans porter un jugement négatif, voire à être poli.

Mais cette difficulté de départ a porté ses fruits puisqu'à la fin du projet, les élèves ont pris conscience que la réalisation d'un projet ne peut se faire sans collaboration, sans concessions et surtout sans avoir le respect de l'autre et de ses opinions.

En réalisant ce projet, les élèves devaient se responsabiliser par rapport aux contenus des textes ainsi que des décors et des marionnettes à réaliser. Pour certains, ils se sentaient perdus mais le groupe était là pour combler ensemble les manques. Pour ma part, j'intervenais lorsqu'il y avait de grosses difficultés qui empêchaient les groupes d'avancer dans leur projet. Je tenais à ce que ma présence ne soit sollicitée principalement que pour les guider et les rassurer dans leurs tâches. Mais en aucun cas, je devais me substituer à eux, car c'était "leur projet".

Le projet vécu par la formatrice de terrain

Pour l'enseignante c'était la première fois qu'elle accueillait une étudiante pour le stage "Complexité et gestion de projet". Ce fut une expérience enrichissante mais astreignante car bousculées par le temps qui nous était imparti à toutes les deux. Il est vrai le projet que nous avions décidé de faire était fort ambitieux de par son contenu. Mais l'enseignante fut ravie de constater qu'en ayant un peu de souplesse dans notre organisation les élèves ont pu mener à terme le projet (l'essentiel) sans pour autant qu'ils en soient dégoûtés ou démotivés.

Lors de notre entretien, l'enseignante a été satisfaite face à l'enrichissement que ce projet lui avait apporté. Elle a remarqué que chaque enfant a pu avoir une place dans la réalisation du spectacle, chacun a pu se trouver un personnage et un dialogue qui lui convenait. Chacun à participer activement en s'investissant un maximum.

D'autre part elle a constaté qu'à travers ce travail, les élèves ont appris à se respecter les uns et les autres, mais qu'il restait encore un effort à faire du point de vue de l'écoute. Une difficulté qu'elle a observée est le manque d'investissement de certains élèves par rapport à leurs personnages, d'où la nécessité de leur donner des consignes précises.

Le projet vécu par l'étudiante

Dans l'ensemble, j'ai été très enthousiaste à l'idée de faire ce projet en collaboration avec la formatrice de terrain, car il m'a permis de mettre en pratique un nouveau mode de travail qui m'était inconnu jusqu'à alors. C'était à la fois une découverte et un apprentissage.

Mais mon enthousiasme de départ s'était vite mêlé à un sentiment d'angoisse, car je me posais mille et une questions. Allais-je terminer mon projet dans le délai imparti ? Les élèves allaient-ils être suffisamment motivés ?

D'autre part ne connaissant pas les élèves et leurs manières de travailler il m'était difficile de prévoir à l'avance comment les événements allaient se dérouler. A mon grande satisfaction, les élèves se sont investis du début jusqu'à la fin en ayant toujours du plaisir et de la motivation. D'où l'importance à avoir une certaine souplesse quand à la planification de la journée. En effet certaines activités en rapport avec le programme ont dû être suspendues pour donner à la classe suffisamment de temps pour le projet. Les élèves ne se sont pas plaints autrement. A la fin des deux semaines le gros du projet a été réalisé.

En conclusion, j'ai eu beaucoup de plaisir à vivre ces deux semaines de stage avec les élèves et la formatrice de terrain. Ce fut une expérience enrichissante pour tous les partenaires, mais hélas trop courte.

Réflexion

Premier volet

La question qui m'a interpellée tout au long du stage est en lien avec la question du pouvoir.

à savoir à quel moment l'enseignant se doit d'intervenir, comment doser cette intervention et trouver le juste équilibre entre interventionnisme et laisser- faire ?

Pour ma part dans ce genre de projet, j'ai trouvé difficile de ne pas trop intervenir de par le fait de la complexité et de l'ampleur du projet . Spécialement pour ce qui était de la réalisation des dialogues mon intervention parfois devenait nécessaire lorsque j'observais que le groupe concerné faisait fausse route (faire des dialogues et qu'ils soient cohérents dans leurs constructions ou manquer d'imagination ). La question est de savoir à quel moment intervenir ? Lors des liens à construire entre les dialogues j'observais parfois que certains groupes n'arrivaient pas à avancer par manque de concertation entre eux. Chacun voulant donner son idée sans écouter l'avis de ses camarades. Ils oubliaient parfois que ce devait être un projet collectif et non individuel. Que fallait-il faire à ce moment-là ? les laisser-faire afin qu'ils se débrouillent tout seuls ou intervenir et trancher pour ne pas perdre trop de temps afin que le spectacle soit prêt dans les délais ? Je pense que les enseignants parfois se doivent d'intervenir malgré eux car le temps est compté et qu'il n'est pas si évident que cela de trouver le juste équilibre entre interventionnisme et laisser-faire.

Pour ma part tout au long du projet j'ai essayé de n'intervenir qu'en cas de nécessité en faisant attention à ne pas imposer mes idées mais à les guider dans leurs démarches pour que le projet soit cohérent et puisse avancer. D'une façon générale les élèves ont souvent sollicité mon aide voir mon intervention mais cela pouvait se comprendre. En effet, les connaissances et compétences de cette classe correspondait bien à un début de 4ème primaire. Par la force des choses, mon intervention a été plus soutenue que si j'avais proposé ce travail dans une classe de 6 P. où les connaissances et compétences sont plus élevées.

Comme je l'ai déjà dit plus haut une des contraintes qui pousse l'enseignant à intervenir plus que prévu est le problème du temps. Je me rendais compte que malgré moi j'étais souvent poussée à intervenir car je voyais que les élèves n'arrivaient pas à avancer. Cela pour différentes raisons; soit ils étaient fatigués, par conséquent moins motivés soit ils n'avaient plus d'idées, ils n'arrivaient plus à être d'accords sur les contenus des dialogues ou les décors à réaliser etc. Tous ces points mettaient un frein à l'avancement du projet. A ces moments-là je décidais de trancher pour permettre au projet d'avancer un peu plus rapidement. A d'autres instants voyant que dans les groupes il y avait de l'hésitation ou un manque de décision, j'intervenais non pas en soumettant des idées arrêtées venant uniquement de ma personne mais je leur ai proposé de se confronter au reste de la classe ce qui permettrait d'avoir un échange d'opinion qui leur amènerait de nouvelles idées afin que leur texte soit plus précis et complet. D'aillleurs, je les rendais attentifs que ce moyen les poussait à collaborer de manière différente à savoir à une plus grande échelle. La classe entière pouvait ainsi venir en aide au groupe concerné. Dans ce moment là mon intervention était moindre.

En conclusion je pense qu'il revient à l'enseignant de trouver le juste équilibre entre interventionnisme et laisser-faire et de doser cette intervention en fonction des besoins de la classe et du temps à disposition.

La démarche de projet favorise-t-elle ou pas une intégration de savoirs, savoirs-faire ou savoir-être.

La démarche de projet permet une intégration de nombreux apprentissages liés à des savoirs, savoirs-faire et de savoir-être. Ces derniers peuvent apparaître dans tout projet mais il est important de cibler les priorités pour ne pas se disperser avant de vouloir l'entamer. Par exemple pour la réalisation du spectacle de marionnettes, les élèves ont pu être confrontés à différents apprentissages qui étaient favorisés par le choix du projet en lui-même.

Deuxième volet

Par rapport à l'intégration de savoirs, les élèves savaient plus ou moins qu'est-ce que c'était un spectacle de marionnette. Avec les parents ou l'enseignante, ils ont pour la plupart eu l'occasion de s'y rendre et d'en faire la découverte. En effet, ils savaient que dans un spectacle de ce genre, il existe un scénario avec des personnages qui dialoguent entre eux, des décors, un fil conducteur avec un début et une fin.

Qu'en est-il à présent de l'intégration des savoirs- faire dans un genre de projet comme celui-ci. ? Est- ce que la démarche du projet a favorisé l'apparition de savoirs-faire ou pas?

Je répondrai par l'affirmative. Au départ, les élèves en écrivant leur texte ont raconté l'histoire de façon narrative sans faire de dialogue. En réalisant ce spectacle, les élèves ont acquis de nouveaux savoirs-faire, telle que la création de ces dialogues, faire des liens entre les différentes scénettes, créer des marionnettes d'un autre style et imaginer des décors.

En effet, la réalisation de ce spectacle a permis de placer les élèves face à de nouveaux apprentissages.

La plupart des élèves possédaient les compétences au sujet de la réalisation des décors, ils savaient quoi représenter et utiliser la technique ( la peinture et la perspective).

Mais par rapport à ce savoir-faire de décors, l'enseignante et moi avons dû freiner les élèves quand au nombre de plans à concevoir, car certains plans pouvaient être utilisés plusieurs fois (la forêt) et dans une autre histoire. Mon intervention dans ces moments-là a été nécessaire car il y avait un manque de compréhension. (les consignes n'étaient pas claires pour tous ). En effet la plupart des élèves malgré leurs connaissances souhaitaient tout mettre dans le décors comme s'il s'agissait d'une caméra en plein mouvement.

L'apprentissage qui était un peu nouveau pour l'ensemble de la classe était la technique à acquérir par rapport aux marionnettes. Comment allaient-ils représenter les personnages choisis, dans quelle dimension, comment faire pour qu'ils puissent s'articuler ? Heureusement avec l'aide d'un enseignant des arts plastiques les élèves ont pu acquérir de nouvelles compétences. Et moi de même.

Il me semble que la démarche de projet permet une intégration de savoir-être qui est présente tout au long de cette activité. A toutes les étapes, les élèves ont appris que la réalisation d'un projet ne se réalise pas sans heurts qu'une collaboration de chacun ainsi qu'un savoir écouter et un respect de l'autre sont nécessaires. Ce sont des apprentissages qui ne peuvent se réaliser du jour au lendemain.

En effet, j'ai pu observer lors de la réalisation des marionnettes une difficulté dans la cohérence (grandeur, couleur, forme). Certains élèves ne respectaient plus la cohérence des personnages d'un groupe à l'autre, car ils avaient oublié d'en discuter auparavant.

En conclusion je pense que dans la démarche de mon projet ou dans tout autre activité plusieurs savoirs peuvent se présenter. Mais avant de se lancer tête baissée l'enseignant doit avoir à l'esprit que le facteur temps a toute son importance. En fonction de celui-ci et du besoin de la classe, l'enseignant devrait être à même de gérer son intervention (guider ou laisser-faire).