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Théâtre : Le mystère du tableau volé

Patricia Vascotto

Narration

Pour la mise en place de ce projet, j'ai décidé de me rendre dans une classe de 6ème primaire composée de 19 élèves. Avant que de soumettre quelque chose aux élèves et après en avoir discuté avec ma formatrice de terrain, j'ai décidé de ne pas lancer immédiatement les élèves sur un thème et de voir ce qu'il se produirait si je les laissais libre de faire un choix par rapport à ce projet. Lundi matin, après les avoir réunis, je leur ai donc simplement expliqué les raisons de ma présence dans leur classe et leur ai annoncé que tous ensemble nous allions créer un projet où chacun d'entre eux devrait trouver une place active et qui lui convienne. Je leur ai également précisé qu'il fallait que le projet trouve un aboutissement d'ici la fin de mon stage, donc 2 semaines. Je leur ai fait part de mon désir de ne rien leur imposer, mais également du fait que s'ils ne pouvaient pas se décider d'ici la fin de la journée, j'imposerais un thème. Suite à cela, ma formatrice de terrain et moi avons décidé de nous retirer du groupe et de laisser les élèves discuter entre eux. Au bout de 5 minutes, nous avons réintégré le groupe qui semblait avoir fait son choix : jouer une pièce de théâtre. Suite à ce choix, beaucoup de questions ont émergé : Quel thème choisir ? Faut-il écrire la pièce ou en prendre une qui existe déjà ? Peut-on adapter, transformer un texte ? La question a été réglée rapidement, les élèves se rendant compte que l'écriture d'une pièce prendrait trop de temps et qu'ils ne pourraient dans ce cas sans doute pas la jouer au terme des 2 semaines. Deux possibilités se sont alors présentées : écrire des histoires courtes et les jouer ou alors jouer une pièce qui existait déjà. Les élèves ont réfléchi à cela pendant la journée et nous nous sommes à nouveau réuni en fin de journée. Le choix des élèves s'est porté sur une pièce qui existait déjà. Les élèves m'ont demandé si je pouvais leurs proposer des pièces étant soit humoristiques ou alors portant sur le Moyen-Age. J'ai accepté cette demande. En ce qui concernait le destinataire, les élèves ont choisi de jouer la pièce pour les élèves de l'école, mais également pour leurs parents. Comme certains élèves ne désiraient pas jouer dans la pièce, une liste a été établie pour que chacun puisse s'exprimer quant à ses désirs (rôles actifs, petits rôles, figuration, ne pas jouer, s'occuper des décors, des accessoires, …). Lors de cette réunion, une élève a été chargée de noter les idées qui émergeaient et de les afficher au mur. Les élèves se sont ensuite fixer les buts suivants pour le lendemain : choisir la pièce et distribuer les rôles. En fin de journée, je me suis rendue au CRDP et j'ai sélectionné quelques pièces conformes à la demande des élèves.

Le lendemain, j'ai proposé aux élèves 4 pièces dont je leur ai lu un résumé ainsi qu'un extrait. A nouveau, les élèves ont été laissés seuls pour qu'ils puissent discuter et faire leur choix. A l'unanimité et de manière très rapide, ils ont élu la pièce policière (mais humoristique) intitulée Le mystère du tableau volé. Ma formatrice de terrain et moi avons décidé de leur en faire la lecture intégrale pour qu'ils puissent avoir une meilleure idée de l'histoire mais aussi des rôles qu'il y aurait à interpréter. Pendant la lecture, certains élèves manifestaient déjà leur intérêt pour certains rôles. Une liste de ces derniers a donc ensuite été établie et les élèves ont commencé à se proposer. Lorsque plusieurs personnes se proposaient pour le même rôle, chose qui s'est produite à 2 reprises, les élèves ont décidé de procéder à des castings. Si dans un cas, le vote final n'a pas posé de problème, dans le second, l'élève qui n'avait pas eu le rôle semblait être très déçue. Pour régler ce problème, le rôle disputé a été doublé (2 paysannes à la place d'une seule). Cela a été le fruit de plusieurs discussions et négociations. D'autres élèves désireux de jouer n'avaient à ce stade pas de rôle. Il a donc fallu en rajouter et en écrire. Ces élèves ont donc dû écrire des répliques supplémentaires, soient seuls, soit en groupes et les soumettre aux autres élèves. Nous avons également répertorié les autres choses auxquelles il faudrait penser : filmer la pièce, photographier, s'occuper des accessoires, des habits, des décors, des affiches, de la publicité, de la lettre aux parents, …). Les élèves ont constitué 2 groupes : le groupe des acteurs et le groupe des décors (accessoires) et de la publicité. Nous avons ensuite donné une copie de la pièce à chaque élève.

Le jeudi suivant, le groupe des acteurs a fait une première lecture de la pièce tout en prenant soin d'intégrer et de créer les nouveaux rôles nécessaires. Ils ont ainsi pu se familiariser avec leurs répliques mais aussi mieux visualiser leur personnage grâce aux annotations en italique (il se lève, il tousse, …). Cette lecture s'est faite ensemble autour d'une grande table. L'autre groupe a lui aussi fait une lecture de la pièce afin de répertorier les accessoires qu'il serait nécessaire de récolter. Certains élèves de ce même groupe ont commencé à réaliser des affiches pour l'école au stylo sur de grandes feuilles, mais aussi quelques affichettes à l'ordinateur. Ma formatrice de terrain s'est chargée de mettre des feuilles d'inscriptions à l'attention des autres classes à la salle des maîtres. L'après-midi, les élèves du groupe des acteurs se sont rendus à la salle de rythmique où la pièce aurait lieu. Ils ont ainsi pu non seulement lire leur texte, mais aussi commencer à jouer. Au terme de cette journée, les élèves se sont réunis afin que le groupe des accessoires puissent annoncer à l'autre groupe ce dont chacun aurait besoin pour la pièce. La liste des accessoires et des costumes a été affichée et les élèves ont pu apporter leurs affaires petit à petit.

Pendant les jours qui ont suivi, le groupe des acteurs a pu tranquillement se détacher du texte et s'entraîner à jouer la pièce. Pendant ce temps, l'autre groupe s'est beaucoup occupé des décors à confectionner (tableaux, fabriquer des rideaux, amener de l'éclairage, …). Le mardi suivant, la pièce a été jouée intégralement sans le texte, sauf pour un acteur (l'inspecteur) qui avait énormément de répliques à mémoriser. Cet élève se faisant beaucoup de souci à ce sujet. Le groupe des accessoiristes aidé par ma formatrice de terrain, lui a confectionné un carnet contenant ses répliques (qui pouvait passer pour les notes de l'inspecteur). Petit à petit, les élèves ont appris à se placer correctement et à essayer de parler suffisamment fort.

Le vendredi, dernier jour de mon stage, la pièce a été jouée devant 5 classes et a semblé être fortement appréciée par les spectateurs.

Il est encore prévu que la pièce soit jouée le lundi de la rentrée pour 6 classes supplémentaires, mais aussi le lendemain soir pour les familles. Les élèves ont même exprimé le souhait d'aller jouer cette dernière dans d'autres écoles du quartier.

Réflexion

Première volet

Ce qui m'a sans doute le plus marqué tout au long de ce projet, c'est la manière dont chaque élève a pu s'inscrire dans la tâche qui le tenait le plus à cœur. Ainsi, les élèves ont fait en sorte de respecter les envies de chacun. Cela a par exemple été le cas en ce qui concernait l'envie de deux des élèves de jouer le même rôle. Après un moment de discussion, une solution pouvant satisfaire tout le monde a été choisie (doubler le rôle). De ce point de vue, je pense pouvoir dire que chaque élève a pu trouver une place au sein du projet. Un autre exemple est à ce titre parlant. Un des élèves de cette classe qui n'est pas de langue maternelle française et qui fréquente la STACC a beaucoup de peine avec la lecture. Malgré cela, c'est lui qui a été choisi pour dicter le texte d'un des acteurs afin qu'il soit dactylographié.

En ce qui concernait les rôles de chacun, il est important de souligner qu'à aucun moment ma formatrice de terrain ou moi-même n'avons dû désigner des élèves pour accomplir certaines tâches. A titre d'exemple, nous n'avons jamais demandé aux élèves du groupe des acteurs d'apprendre leur texte. De ce point de vue, les élèves ont vraiment pris le projet en charge afin que tout se déroule dans les meilleures conditions possibles et puisse aboutir. Avant le début du stage, j'avais rencontré ma formatrice de terrain et nous nous étions dit que nous essayerions d'être le moins directives possibles. Les décisions que nous avons prises au cours du projet étaient plus relatives aux plages horaires, à planifier des moments de d'échanges tous ensemble (sans pour autant trop prendre la parole et les rênes du projet).

Le fait de ne pas avoir dû imposer de sujet par rapport au projet y est sans doute également pour quelque chose. A partir du moment où les élèves qui ont fait le choix du théâtre, le projet était déjà en train de leur appartenir. Ma formatrice de terrain et moi-même avons été agréablement surprise par l'assiduité dont les élèves ont fait preuve pour tout ce qui touchait au projet.

En ce qui concerne la gestion du temps, nous avions un peu peur de ne pas réussir à mener le projet à terme dans les délais fixés. Parfois, nous nous inquiétions un peu de savoir si les élèves auraient appris leur texte pour le vendredi de la dernière semaine. Nous nous sommes rendues compte que nous avions sous-estimé les ressources des élèves lorsque nous avons assisté à leur première représentation qui dépassait de loin nos espérances.

Dans l'ensemble, j'ai eu l'impression que les élèves se sont complètement appropriés le projet et que cette manière de travailler les avait enchantés. Il faut préciser que j'ai fait ce stage dans une classe où il semble y avoir une très bonne entente entre les élèves. Je me suis d'ailleurs demandée quelle importance avait ce dernier point dans le bon déroulement d'une démarche de projet.

 

Deuxième volet

En ce qui concerne la question de l'intégration, je reprendrais l'exemple d'une situation dont j'ai déjà brièvement parlé dans la partie précédente.

Lors de la première lecture de la pièce (avec le groupe des acteurs), 3 élèves désireux de jouer ont dû intégrer de nouveaux rôles, et donc de nouvelles répliques à celles existant déjà dans la pièce. Il était très important pour ces élèves de pouvoir jouer un rôle qui leur convienne et dont ils avaient envie. Si cette écriture paraissait à première vue simple à réaliser, il n'en a en réalité rien été. En effet, la nature de la pièce (énigme policière) s'y prêtait difficilement. Dans celle-ci, un inspecteur procède à un interrogatoire dans une salle d'attente auprès de plusieurs patients. Rajouter des patients était donc délicat, puisqu'il fallait que ceux-ci puissent s'intégrer dans l'enquête. Il fallait donc que les élèves veillent à ce que l'intégration de ces nouveaux personnages ne perturbe pas toute la pièce et respecte donc l'histoire de base.

La première élève a donc joué le rôle de la sœur d'un des personnages déjà existant. Pour cela, les élèves se sont inspirés de la manière de parler de Dupont et Dupond dans les aventures de Tintin. Le rôle de l'élève était donc de confirmer à sa façon tout ce que sa sœur dirait. De cette manière, les changements apportés au reste de la pièce étaient minimes, l'inspecteur ne s'adressant plus à une personne, mais à deux sœurs en même temps.

Une seconde élève a choisi de partager le rôle d'un gendarme avec une de ses camarades. Ce rôle a été créé plus facilement que le premier, étant donné que les gendarmes n'interféraient que peu dans l'enquête.

Le dernier rôle supplémentaire a été créé intégralement par le troisième élève. Il s'agissait d'un intervenant un peu loufoque, qui n'avait rien à voir dans la pièce, mais qui s'était trompé de théâtre. Ce personnage intervenait dans la pièce à trois reprises. Il a donc fallu que tous les autres élèves puissent s'adapter à ces interventions en jouant des attitudes de surprises et d'incompréhension. Ce dernier " nouveau " rôle demandait aussi une intervention de la part des gendarmes qui devaient jeter ce personnage dehors à plusieurs reprises.

Il m'a donc semblé que dans cette situation, les élèves ont appris à adapter le texte non seulement en fonction des rôles qu'ils voulaient y voir apparaître, mais aussi par rapport à l'ensemble de ce dernier. Lors de cette écriture, les autres élèves ont aussi dû être attentifs aux changements éventuels que ces nouveaux personnages allaient apporter à leur propre rôle. Un premier pas consistait alors pour les élèves à créer ces nouveaux rôles, puis à les intégrer dans un texte existant déjà. Un deuxième pas a été de jouer la pièce avec ces nouveaux rôles afin de voir s'il subsistait encore des problématiques liées à ces intégrations. Dans un troisième temps, les élèves ont dû revenir sur l'écriture des répliques pour y apporter quelques changements lorsque ces dernières perturbaient le bon déroulement de la pièce. Ainsi, c'est en faisant une première fois, en obtenant un feedback et en réajustant leurs premières actions que les élèves ont progressé quant à la création de ces nouveaux rôles. Il est important de souligner que cette logique d'action n'appartenait qu'aux élèves et que ni ma formatrice de terrain, ni moi-même n'avons suggéré aux élèves d'agir de la sorte. Je pense donc que dans ce cas, les élèves ont non seulement intégré un nouveau savoir-faire, mais l'ont également découvert eux-mêmes.