Sonja Hug
L’expression orale en 2E – kamishibaï
et marottes
Narration
du projet :
Dans une classe de 1E/2E, j’ai commencé par lire le conte traditionnel
des « trois petits cochons » aux élèves de 2E. Après la lecture, nous
avons comparé cette version avec d’autres versions
qu’ils ont entendues ailleurs. J’ai ensuite mentionné le projet :
« j’ai pensé que vous pourriez raconter ensemble le conte des trois petits
cochons aux petits de 1E ». J’ai
proposé aux élèves de choisir comme base la version qu’ils ont préférée. Après
avoir exploré ensemble les possibilités de narrer un conte, les élèves ne
sachant pas encore lire, je les ai aiguillé sur le principe du kamishibaï.
Je leur ai proposé de photocopier les images du livre que je leur ai lu, et qu’ils ont d’ailleurs préféré, pour qu’ils aient un
support sur lequel s’appuyer pour s’entraîner à raconter l’histoire. Les élèves
ont ainsi pu résumer l’histoire à l’aide des 19 images copiées. Cet exercice
leur a permis non seulement de se remémorer l’histoire mais également d’en
fixer plus précisément les séquences. Ils ont ensuite coloré les copies. Dès
que les premiers avaient terminé, je leur ai proposé de commencer à ordonner
les images en couleur sur le grand tapis. Deux élèves ont commencé et les
autres se sont joints à eux, chacun à son rythme. Ensemble nous avons ensuite
vérifié la suite séquentielle. Nous avons procédé à quelques corrections. J’ai
ensuite repris le livre pour relire l’histoire afin qu’ils puissent encore vérifier
eux-mêmes. Je sentais la nécessité de leur rappeler par là toutes les paroles
du texte afin qu’ils aient une bonne base pour s’entraîner à narrer le conte.
Je leur ai rappelé le fonctionnement d’un kamishibaï
qu’ils connaissaient déjà et je leur ai proposé de transporter les images du
tapis au kamishibaï sans leur donner plus d’instructions.
Volontairement je les ai laissés s’organiser quitte à les aider par la suite en
cas de nécessité. Une organisation s’est tout naturellement créée et le
résultat fut parfait : une fillette, d’habitude plutôt timide, occupa à ce
moment le poste principal. Elle dicta à ses camarades l’ordre dans lequel ils
devaient se présenter selon l’image qu’ils apportaient. Elle joua un rôle
difficile qui nécessitait de connaître parfaitement l’histoire.
Dès que le kamishibaï fut prêt, un élève se proposa
de raconter et un deuxième de changer les images. Je les laissais faire. Bien
qu’autrement peu loquace, le petit garçon raconta merveilleusement l’histoire très précisément
pendant que les autres regardaient et l’écoutaient attentivement. Après la
narration de quelques images, je me suis aperçue qu’un troisième jouait le rôle
de souffleur. Par hasard, il était assis à côté du narrateur et suivait l’histoire
dans le livre dont il tournait les pages. Le narrateur s’appuyait sur les
images du livre qu’il voyait de loin. Ainsi tout fut parfait au premier essai.
Bien préparés, les 2E ont enfin pu narrer le conte aux 1E. Ce jour tant
attendu est aussi devenu la fête des trois petits cochons : les 2E l’ont
organisée pour les plus jeunes en guise d’accueil en ce début de scolarité.
Après cette première, j’ai transmis aux 2E la proposition d’une
maîtresse de l’école qui les invitait à venir raconter l’histoire aux élèves de
sa classe. Ils étaient d’accord d’y aller. Deux élèves sont allés prendre rendez-vous.
Comme elle les recevait tout de suite, nous avons déménagé avec le kamishibaï et la narration recommença avec les deux mêmes élèves
bientôt experts.
Suite au succès du kamishibaï mené à terme en
une semaine, l’enseignante et moi avons considéré qu’une seconde étape au
projet semblait souhaitable afin de permettre à chaque élève de prendre la
parole, l’objectif principal restant l’expression orale. Nous avons donc
imaginé une suite. L’enseignante eut l’idée de faire jouer le conte des trois
petits cochons par l’intermédiaire de marottes. Nous nous sommes donc lancés tous
ensemble dans la fabrication de sept figurines en papier plastifié fixées sur
un bâton ; un jeu par élève. Nous leur avons expliqué qu’il y a plusieurs
façons de raconter un conte : en lisant un livre, en utilisant un kamishibaï ou en jouant l’histoire par exemple avec des
marottes.
Le même petit narrateur se lança à nouveau spontanément : il su
directement transposer son discours du kamishibaï à
l’utilisation de ses sept figurines. L’enseignante improvisa au fur et à mesure
de la narration une petite mise en scène à laquelle il s’adapta sans
difficulté. Par cette seconde belle performance, il donna à nouveau un très bon
exemple à ses camarades. L’enseignante et moi avons insisté pour que le
spectacle soit réalisé par au moins deux élèves tenant chacun un rôle étant
donné qu’il y plusieurs personnages dans ce conte.
Après que deux élèves de 2E aient présenté le conte aux 1E à l’aide de
leurs marottes, les 2E ont encore joué le conte à deux, en inventant une autre
fin. Pendant ce temps, les 1E fabriquaient leurs marottes en comprenant le sens
de leur activité puisque les plus grands venaient d’en démontrer la fonction.
Réflexion (premier volet) :
Je me suis rendu compte pendant le stage que le rôle de l’enseignant qui
désire réellement pratiquer la pédagogie de projet est assez spécifique. Je
devais par exemple particulièrement me concentrer sur ma façon de dévoluer les tâches aux élèves. Il fallait absolument que
j’oriente mes demandes de sorte à ce que les élèves prennent eux-mêmes les
initiatives nécessaires à l’avancement du projet sinon je sentais très
rapidement un manque d’investissement de leur part. Les élèves ayant 5 ans, je
devais cependant les suivre de près parce qu’ils ne percevaient pas la
complexité du projet. Très impatients, certains auraient imaginé raconter le
conte à leurs petits camarades de 1E le lendemain déjà. J’ai donc remarqué
qu’il est délicat d’orienter les élèves sans les devancer et je pense qu’il
serait même préférable de pouvoir les suivre.
Pour moi, le temps mis à la disposition des élèves a joué un grand rôle.
Dès que le temps nous pressait et que je prenais davantage les choses en mains
pour que le projet avance, je me trouvais dans une position peu confortable
face à des élèves qui avaient perdu leur responsabilité et surtout leur raison
de participer. Par contre, si je leur accordais tout le temps nécessaire pour
évoluer et faire évoluer le projet à leur rythme, les élèves étaient à leur
affaire, ils s’organisaient, ils collaboraient efficacement, ils persévéraient
volontiers. J’obtenais des résultats étonnants mais à une allure parfois plus
rapide ou plus lente.
De plus, j’ai été surprise par le fait que les élèves avaient d’abord de
la peine à prendre des initiatives. Ils semblaient avoir l’habitude d’attendre
des consignes précises. La liberté d’organisation que je leur laissais ainsi
que les choix, face auxquels je les plaçais, les déstabilisaient un peu. Je
devais parfois vraiment insister sur le fait qu’ils avaient le champ libre
pourvu qu’ils se souviennent de leurs destinataires. J’ai d’ailleurs moi-même
pris conscience de l’importance du destinataire du projet parce qu’il aide non
seulement les élèves mais également l’enseignant à garder le cap.
Le projet évoluant en effet au gré des idées et des possibilités
matérielles du moment, mon rôle consistait en la réorientation du projet, tant
en planifiant souplement, qu’en sachant
improviser.
Réflexion (deuxième volet) :
La pédagogie de projet permet à mon avis l’expression et le développement
de nombreux savoirs, savoirs-faire et savoir-être. Dans un projet, les élèves sont plus
naturellement et plus diversement impliqués. S’ils sont capables dans un
domaine et moins à l’aise dans un autre domaine, ils ont de nombreuses
opportunités de renforcer leur capacités et de consolider ainsi leur estime
d’eux. Ils peuvent également se lancer dans de nouvelles situations et
découvrir leurs talents. Ils peuvent observer ceux qui se débrouillent bien et
les imiter.
Tous les élèves ont la possibilité de collaborer et de faire ainsi
l’expérience de leur savoir-être avec les autres.
L’organisation en groupe exige de nombreux ajustements de comportements comme
ordonner et accepter les ordres. La timidité peut être surmontée tout comme un
trop grand enthousiasme peut être maîtrisé. Une petite fille a par exemple
réussi à surmonter son appréhension à s’exprimer au moment d’utiliser les
marottes et une autre partout première, s’est rendue compte que son
comportement n’était pas toujours apprécié de ses camarades qui voulaient aussi
participer.
Le projet que j’ai mené avec les élèves de 2E, leur a également offert
diverses occasions d’utiliser leurs savoirs et d’exprimer leurs
savoirs-faire. Ils ont été actifs dans diverses
disciplines, telles que l’écoute, la compréhension, l’expression orale, les
mathématiques (dénombrer, ordonner, compter, comparer), les arts plastiques et