Unité 1 Expérience émotionnelle, relation éducative et observation de l'enfant

Equipe : Nilima Changkakoti (GRIFE-GE) et Cynthia D'Addona

L’objectif global de cette unité de formation est de mesurer l’importance de la relation éducative et des facteurs émotionnels qui interviennent dans les processus d'apprentissage et d'enseignement. Elle permet aux professionnels de l'éducation d’appréhender leurs rôles  éducatifs ainsi que les facteurs qui favorisent ou empêchent le processus d'apprentissage et le développement de la pensée chez l'enfant. L’enseignement est un métier de l’humain, éminemment relationnel et émotionnel. Le travail avec d'autres adultes, familles, collègues, avec qui l’enseignant partage de fait une responsabilité éducative, les interactions avec l’élève, le groupe-classe et le rapport de chacun au savoir, peuvent susciter des réactions émotionnelles fortes, importantes à élaborer et comprendre.

Quant à l'enfant, c'est à l'école qu’il apprend aussi à vivre avec ses pairs, à partager avec eux les ressources de l’adulte, à prendre conscience de ses propres besoins mais aussi de ceux de ses camarades, à formuler des demandes, mais aussi à inhiber son agressivité et ne pas se laisser déborder par des sentiments de rivalité. L’école élargit le monde de la famille et fonctionne aussi comme un cadre d'apprentissage et de compréhension du fonctionnement et des principes qui organisent la société.

 

Problématique globale

Les professionnels ne se sentent pas toujours formés à accueillir ou à penser ce que la relation avec l’enfant et le groupe leur donne à vivre, ni à faire face à certaines situations difficiles. Ils peuvent être tentés, pour se protéger, de croire que la bonne distance dans la relation éducative passe par mettre ses affects de côté.

En effet, enseigner confronte régulièrement à des situations qui résistent à certaines  interventions et du coup engendrent un sentiment d'impuissance. Comment faire avec un enfant qui trois mois après son entrée à l’école pleure toujours en arrivant en classe et s’accroche à sa mère ou son père ? Comment faire avec ces élèves qui prennent toute la place ou au contraire disparaissent dans leur bulle ? Que penser des enfants mis à l’écart et comment prévenir les situations d’exclusion ? Quelle place faire à la cour de récréation dans la vie de la classe ? Comment faire la part entre s'immiscer dans la vie familiale et privée d'un-e élève et s'intéresser aux facteurs émotionnels dans la relation d'apprentissage, comment se situer entre empathie et risque d'ingérence ?

Que faire de sentiments comme « cet élève (ou ce parent, ou ce collègue), je ne peux vraiment pas le supporter », ou « cet élève est trop génial, pourquoi ils ne sont pas tous comme ça ? », ou encore « j’ai tout essayé, rien ne marche, ils ne sont pas à la hauteur… » ? Qu’en penser ?

Dans des situations où le comportement d'un élève ou les attentes irréalistes de l'institution mettent l'enseignant-e en détresse, il est possible de s'en défendre en devenant hermétique à l'expérience émotionnelle de l'enfant, ou des autres partenaires de la relation éducative, voire en refoulant ses propres émotions. On peut avoir l’impression que ce que l’on vit à l’intérieur n’a pas de place aux yeux de l’institution et se sentir alors seul aux prises avec ses doutes et ses peurs, comme si tout cela ne faisait pas partie du métier d'enseignant(e). Ceci est d’autant plus flagrant dans des contextes marqués par d’importantes asymétries socioculturelles où l’autre paraît si différent qu’il peut être ressenti comme menaçant. Cette distance risque alors d’interférer avec le fonctionnement ordinaire de l'enseignant-e, de modifier sa relation avec l’enfant et sa famille et de renforcer les inégalités et les souffrances de part et d’autre.

L'enseignant-e a pour tâche complexe de devoir à la fois identifier et élaborer ses propres émotions, aider l'enfant à « contenir » ce qui se passe à l'intérieur de lui, instituer un cadre sécurisant permettant de fonctionner ensemble de façon à ce que les élèves puissent aussi bénéficier des ressources du groupe pour apprendre et faire face aux émotions que ce processus leur réserve.

 

Objectifs spécifiques

a)    Par le biais de l’observation de soi et de l’autre, commencer à appréhender la relation éducative et les émotions dans la classe, au croisement des parcours personnels et des réalités collectives. Apprendre à faire la part entre ce qui m’appartient et ce qui appartient à l’autre.

b)    Observer un enfant (ou un groupe d’enfants) en classe ou dans d’autres situations scolaires et à partir des observables, essayer de comprendre ce qu'il pourrait être en train de vivre, et ce qui se joue là avec l'enseignant-e ou ses camarades.

c)     A partir de la manifestation des émotions dans le processus d’apprendre et d’enseigner, chercher à comprendre ce qui vient inhiber ou au contraire faciliter l'apprentissage.

 

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