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Mot du Doyen

Jean-Paul Bronckart
Si elle est la plus « jeune » de notre Université (elle a n’été formellement créée qu’en 1974), la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation est néanmoins l’héritière et la dépositaire de deux mouvements essentiels et complémentaires qui se sont développés au cours du XXe siècle. D’un côté, en réponse aux pressantes demandes sociales, une démarche visant à l’adaptation et à la rénovation des systèmes éducatifs et des méthodes pédagogiques, qui s’est concrétisée dès 1912 par la création de l’Institut Jean-Jacques Rousseau (dont nous célébrerons dignement le centenaire en 2012), institution privée de formation et de recherche qui a d’emblée acquis une renommée internationale et qui s’est progressivement intégrée à l’Université, y devenant l’Institut des sciences de l’éducation, puis la Section des sciences de l’éducation de l’actuelle FPSE. D’un autre côté, en appui à ce projet visant à l’utilité sociale, une démarche d’élaboration de savoirs scientifiques ayant trait au développement psychologique des enfants et des adolescents, illustrée en particulier par les travaux de Jean Piaget et de ses multiples collaborateurs, démarche elle aussi mondialement réputée et qui constitue encore un axe de recherche essentiel de la Section de psychologie de notre Faculté.

Au cours de ce développement institutionnel, les domaines de formation et de recherche se sont aussi progressivement enrichis et diversifiés dans les deux pôles : à la psychologie de l’enfant sont venues s’adjoindre, entre autres, la psychologie clinique, la psychologie sociale, la psycholinguistique, la neuropsychologie et, plus récemment, un cursus sur les applications de la psychologie ; aux problématiques de l’éducation scolaire sont venues s’adjoindre celles de l’éducation comparée, de l’éducation spéciale et de la formation des adultes. Les programmes d’études actuels des deux sections témoignent de ce processus de généralisation, en ce qu’ils visent à préparer les étudiant-e-s à la diversité des facettes possibles des métiers de psychologue et d’éducateur/formateur ; et la constante progression du nombre de ces étudiant-e-s, observée depuis la création de la Faculté (de quelques centaines à 2.000 environ actuellement), témoigne de la pertinence de cette visée généraliste et professionnalisante.

Ces dernières années, la Faculté a dû, comme l’ensemble des entités universitaires, adapter ses programmes de formation aux objectifs et dispositions issus du « processus de Bologne ». Des évaluations des transformations ainsi introduites ont été effectuées, et elles ont notamment mis en évidence la nécessité d’un substantiel réaménagement des formations en sciences de l’éducation, qui sera mis en œuvre dès la rentrée 2011. Ce réaménagement a été rendu nécessaire également par les débats qui ont eu lieu, dans la Cité et l’Université, concernant la teneur et les modes d’organisation de la formation des enseignants du primaire, du secondaire, ainsi que des cadres de l’Ecole genevoise. Les autorités cantonales et universitaires ont désormais approuvé un dispositif d’ensemble, à l’élaboration duquel mon prédécesseur Bernard Schneuwly a puissamment contribué, et avec les autres facultés concernées, la FPSE mettra tout en œuvre pour que l’Institut universitaire de formation des enseignants (IUFE) récemment inauguré puisse assurer efficacement l’ensemble des missions qui lui ont été confiées.

Les débats relatifs à la formation des enseignants n’ont pas été exempts de tensions et ont donné lieu récemment à d’amples controverses dans la Cité. Mais qu’il s’agisse de questions d’éducation ou de celles que posent les divers aspects du développement psychologique, de telles tensions sont inévitables, et sont en réalité nécessaires : même si elle se doit de développer sur ces thèmes des recherches proprement scientifiques visant à l’excellence, notre Faculté ne peut envisager les conséquences ou les retombées de ces travaux que dans le cadre d’un permanent dialogue avec les représentants qualifiés de l’ensemble de la population. L’articulation entre préparation à la recherche et préparation aux interventions pratiques en situation réelle est dès lors au cœur même de l’ensemble des programmes d’études de la Faculté, et celle-ci souhaite vivement que les étudiant-e-s y reconnaissent progressivement l’intérêt et l’enjeu même de leur démarche actuelle de formation, aussi bien que de l’exercice de leur futur métier.

Jean-Paul Bronckart