Rencontre nationale des classes de ville
Paris, le 30 mai 2001
à lintersection de lespace et du temps
Philippe Meirieu
2001
Que peut faire lécole avec la ville ? Apprendre " de " la ville, ce nest pas tout à fait la même chose qu" apprendre la ville " ou " apprendre dans la ville ". Il faut " apprendre la ville " pour vivre dans la ville : apprendre son nom, son plan, les fonctions des différents endroits à fréquenter. Il faut aussi " apprendre dans la ville ", au même titre quà lécole, au musée, ainsi que dans tous les équipements collectifs. Mais on peut également " apprendre de la ville " : car un sujet ne grandit quen sinscrivant à la fois dans lespace et le temps. Et la ville, parce quelle est, par excellence, articulation de lespace et du temps, permet à lenfant de se construire, de se découvrir lui-même présent dans lespace et dans le temps, de devenir " sujet " dans lespace et dans le temps. Apprendre " de " la ville ne serait-ce pas, ainsi, apprendre, par la ville, la vie ?
Le petit dhomme découvre le monde dans lequel il arrive en franchissant progressivement une série de cercles concentriques : cercles dans lespace et cercles dans le temps quil apprend à arpenter petit à petit, se réfugiant au centre dès que linconnu lui fait trop peur et saventurant au-delà, vers de nouveaux horizons, parfois doucement, pas à pas, parfois de manière plus fulgurante, en des explorations brusques, quand le courage lui vient ou que le désir déchapper à lenfermement le prend à la gorge.
Arpenter lespace
Ainsi, le refuge est-il le lieu où lenfant, tout petit, prend ses marques. Chaque objet est intégré dans lespace physique selon des repères mentaux stables. Lieu du repli face au danger, le refuge est aussi le point doù chacun peut partir à laventure. Pour les enfants, lexistence du refuge est essentielle, à la maison, à lécole et dans la ville. Dans ce refuge, ils ont le droit au silence et au secret ; ils peuvent rêver ou pleurer. Cest, en quelque sorte, la tanière et son inévitable désordre qui nous agace tant chez les adolescents. Un lieu pour retrouver de vieux souvenirs : quelques peluches qui rappellent la douceur de la petite enfance, de vieux morceaux de papiers gribouillés dans des moments démotion, des cadeaux cassés reçus à loccasion dun anniversaire, des photos dun événement important, mais dont on noserait pas parler à ses parents. Un lieu, surtout, où lordre imposé du " rangement " noblige pas à mettre au jour, au vu et au su de tous, ces petites bribes dintériorité quon a pieusement laissé saccumuler. Pour se sentir exister en quelque sorte. Parce quil faut un " chez-soi " enfant et adolescent pour pouvoir, de là, se déployer plus tard et tenter de devenir adulte.
Le territoire est lespace que lenfant explore à partir du refuge. Organisé, découpé en zones assignées à des fonctions précises, le territoire est le lieu de la découverte de lorganisation sociale. Il comporte aussi bien des possibles que des interdits, des ouvertures que des limites. Lenfant découvre progressivement le territoire domestique, puis scolaire, puis urbain. À la maison, il apprend où il peut aller et ce quil peut y trouver, il comprend aussi que chaque zone comporte ses propres règles en fonction des activités quy sy déploient. Plus tard, il découvrira, dans lécole et dans la ville, dautres espaces dévolus à dautres activités, imposant, chacun, de se conformer aux attentes des autres, de ceux que lon y côtoie et qui nont pas toujours les mêmes goûts, les mêmes affinités électives. Le territoire nest plus le lieu de lintime, il est le lieu du social, de la construction possible de règles assujetties non point à la subjectivité de chacun mais à lactivité collective. Mais on ne peut explorer le territoire et en respecter lordonnancement que si le refuge reste à portée de main, encore accessible, avec, quand on sy réfugie, le droit, imprescriptible à tout âge, à la régression.
La jungle, elle, est lespace menaçant où règnent linconnu, linsécurité, lagression. Le refuge est labri de lintime, le territoire le quadrillage du social, la jungle le lieu de laffrontement avec laltérité radicale. Lespace du refuge est tout entier un espace mental ; lespace du territoire est celui du plan et de lobjectivité des places et des fonctions ; lespace de la jungle est impénétrable et insaisissable, on ny entre que la peur au ventre, on y fait son chemin en marchant. La jungle est ce qui, dans limaginaire collectif, renvoie au danger : aujourdhui, cest la ville au contraire dune longue tradition pour laquelle la ville fut un refuge contre la campagne et la nature où sévissaient les brigands. Et peut-être faut-il faire lhypothèse que les humains ont besoin de la jungle ? Pour ne pas se sentir assignés à résidence dans leur refuge ni manipulés dans leur territoire. Parce que, sinon, le sentiment denfermement serait trop grand. Le monde réduit aux dimensions du strictement connaissable, à ce dont on a la maîtrise individuelle ou collective, est insupportable. Si la jungle nexistait pas, nous linventerions. Nous en aurions besoin, comme dun horizon possible où les choses ne sont pas encore figées, où les routes sont à percer, les règles sont à construire. Un monde au-delà du monde pour que le monde soit respirable.
Lenfant doit donc apprendre à arpenter lespace du monde. Dans les deux sens. Sortir de lintime pour affronter le social. Sortir du social pour affronter linhumain encore inhumain. Heureusement inhumain pour que lon puisse y imprimer progressivement la trace puis la marque de lhomme ! Cet arpentage est difficile car chaque espace est régi par des lois différentes et quil faut apprendre à en entendre le sens pour les respecter et, progressivement, habiter lespace. Et cest parce que cet arpentage est difficile quil faut le faire dans les deux sens, dans des allers-retours sans fin.
Arpenter le temps
Le temps, lui non plus, nest pas homogène. Pas plus pour lenfant que pour ladulte. Ainsi habitons-nous tous dans des temporalités différentes que lon peut présenter, elles aussi, sous forme de cercles concentriques. Au cur du centre, il y a linstant, le présent dans son immédiateté. Cest le temps du désir qui cherche à être assouvi, du plaisir immédiat, de la jouissance à laquelle on sadonne tout entier. Cest le temps dans lequel vit le nourrisson, tout son être tendu vers la satisfaction, toute son énergie déployée pour parvenir à ses fins et assujettir le monde à sa demande. Cest le temps de la toute-puissance et de la plénitude. Le temps vers lequel nous revenons, adultes, dans nos activités sexuelles ou dans des expériences artistiques dont la force nous envoûte et nous arrache à la chronologie du monde. Nous avons, évidemment, besoin de ce temps-là car nous y sommes, en quelque sorte, en prise directe sur " lêtre ". Mais cest aussi un temps auquel il nous faut échapper pour entrer dans en relation avec les autres et le monde. On connaît bien ces élèves qui, précisément, sont incapables de vivre autrement que dans un éternel présent, qui bondissent à la moindre insatisfaction, inaptes au moindre sursis, exigeant " tout tout de suite ", surpris, voire révoltés, quand le plaisir nest pas donné dans lexpression même de sa demande. On connaît bien ces " enfants bolides ", comme dit Francis Imbert note 1, " enfants javelots ", confondus avec leur propre violence, dynamitant systématiquement tout effort délaboration sociale, prêts à entrer dans le conflit qui est lapogée de linstant : instant-victoire ou instant-défaite où sanéantit tout le reste de lunivers.
Or lintelligence vient dans le sursis. Dans la capacité à différer lacte, à anticiper ses conséquences, à imaginer des scénarios, à choisir entre des stratégies possibles, à faire le détour par ce que nous nommons " problématisation " et qui nest rien dautre que lélaboration dun cadre possible pour penser le monde. Cest, alors, le temps de laction proprement humaine, laction qui hésite, soupèse, sait attendre et ne passer à lacte quavec ces précautions qui ne sont en rien " un luxe " mais, tout au contraire, le signe de lhumanité réfléchie. Laction se dégage alors progressivement de léclatement instantané du désir, elle articule causes et conséquences, mobiles assumés et résultats revendiqués. Laction dit " Je " et dit aussi " pourquoi " ; et, surtout, " dans quelle espérance ". Car si lassomption de linstant est bien la jouissance, laction, elle, est toujours portée par lespérance. Espérance plus ou moins explicite. Espérance dun avenir sur lequel on aura un peu pesé et quon voudrait un peu meilleur que le passé auquel on tente déchapper. Beaucoup de nos élèves ne vivent pas dans laction car ils ne sont porteurs daucune espérance, daucune représentation possible, ou même simplement probable, du futur. Ils sont enfermés dans un présent et ne savent pas penser la spécificité de lagir.
Mais, au-delà de laction, il y a encore une étape, celle de lhistoire. Lhistoire qui prend laction en écharpe et lui donne sens dans le monde des hommes, un monde qui se déploie dans un temps long, un monde fait duvres qui durent, de questions fondatrices qui dépassent la fugacité de lactualité et grâce auxquelles cette actualité devient elle-même saisissable. Nos élèves ont besoin de cette histoire, ne serait-ce que pour entendre cette évidence oubliée : " Nous ne sommes pas seuls. " Nous ne sommes pas seuls : des hommes ont été là avant nous, ils ont laissé des traces, des signes de leurs inquiétudes et de leurs angoisses, des uvres. Des signes de nos inquiétudes, de nos angoisses et de nos espoirs aussi. Des indices, certes ténus et qui ne nous donnent guère, à eux seuls, la clé de la justice et du bonheur, mais qui nous " donnent à penser ". Un don de première importance. Sans égal. Parce quil nous permet de nous relever, de faire front contre ladversité, de refuser la fatalité.
Ainsi aucun homme ne peut-il sexiler pour toujours de la source de linstant. Mais il ne peut, non plus, se crever les yeux et se condamner à errer à tâtons, tel dipe, sans prise sur les choses, sans la moindre possibilité daction dans le monde. Et, enfin, il ne peut se priver de lhistoire des hommes, des récits répétés de loin en loin et qui, loin de nous éloigner de nous-mêmes et daujourdhui, aiguisent notre lucidité sur le présent. Léducation, là encore, est arpentage : apprendre à passer dun temps à un autre comme on apprend à passer dun espace à un autre. Dans les deux sens. Avec " le pédagogue ". Étymologiquement, celui qui accompagne. Celui qui arpente avec. Celui qui autorise les découvertes et séloigne, sur la pointe des pieds, quand son temps est passé
À lintersection de lespace et du temps
La construction de lespace et celle du temps sont sans doute des invariants anthropologiques. Pas dhumain qui ne puisse vivre sans un refuge dans lequel se replier, sans un territoire à explorer, et sans un inconnu qui à la fois le fascine et lui fait peur. Pas dhumain, non plus, qui ne puisse vivre sans être pleinement dans linstant, sans relier linstant au passé et au futur et sans inscrire cette action dans la grande histoire des hommes.
Or, pour certains enfants aujourdhui, cette construction de lespace et du temps ne se fait pas, ou se fait mal. Régis Debray suggérait récemment que la modernité a aboli le temps pour conquérir lespace : " Plus nous saturons lespace, plus nous désertons le temps note 2. " De fait, nous voyageons beaucoup, nous sommes partout à la fois grâce à nos téléphones portables et Internet, mais nous avons perdu le goût dattendre, de profiter des délais, de nous ennuyer : " Les distances nous sont devenues indifférentes, mais le moindre délai nous devient insupportable note 3."
Pourtant, ce nest pas limprobable abolition du temps qui inquiète le pédagogue mais, plutôt, la disjonction de lespace et du temps : car lenfant sappuie sur lespace pour appréhender le temps et sappuie sur le temps pour conquérir lespace. Létayage réciproque de lespace et du temps permet lémergence dun sujet capable darticuler lun et lautre : sans un espace structuré, pas de points dappui pour descendre et remonter le cours du temps. Et sans allers et retours dans le temps, pas de possibilité dinvestir le moindre espace. Lespace et le temps se contraignent et sautorisent réciproquement : cest parce que lenfant se place à leur carrefour quil ne se croit ni " roi de lespace " ni " maître du temps ". Quil ne bascule ni dans la toute-puissance de lempereur conquérant qui fait plier le monde sous son joug, ni dans toute-puissance du jouir immédiat qui abolit tout ce qui fait obstacle à son bon plaisir. Chacun des éléments leste assez lautre pour interdire que lon senferme dans la toute-puissance mégalomaniaque de celui qui croit pouvoir être partout à la fois, partout dans lespace et partout dans le temps. Et cest pourquoi on peut penser que cest bien la réarticulation de lespace et du temps qui doit être placée au cur du travail éducatif.
La carte et le récit
Posons donc que lobjectif de " léducation à la ville ", cest de réarticuler lespace et le temps pour quun sujet debout puisse, tout à la fois, se déplacer sur un espace et se situer dans le temps. Percevoir, à chaque endroit de lespace, les stratifications du temps. Concevoir, à chaque moment du temps, les différents aménagements de lespace. Sortir de lopposition, instituée pour notre malheur, entre les " villes réseaux ", toutes entières développées dans lhorizontalité, et les " villes musées ", engluées dans leur passé. Échapper aussi bien à la rationalisation technocratique de la " ville réseau " quà lappropriation touristique de la " ville musée ". Retrouver, à chaque coin de rue, dans chaque morceau de pierre, de bois et de métal, lespace et le temps à luvre. Comprendre pourquoi et comment de cette intersection est né un endroit habitable, la ville, la vie. Car la ville est bien la résultante complexe de stratifications successives : blocs despaces imbriqués dans le temps chaotique des hommes qui lont construite.
Pour découvrir la ville et " apprendre de la ville ", le pédagogue dispose de deux outils précieux : la carte et le récit. La carte, irréductible à son instrumentalisation géographique, est dabord de lordre du symbolique. Ce nest pas un hasard si les ersatz scolaires de la carte ennuient les élèves et si les cartes mythiques les fascinent : cartes au trésor, cartes de lîle mystérieuse, cartes pour chercher le Graal, labyrinthes de toutes sortes, vieux globes terrestres Car, ce qui se joue dans la carte est bien la possibilité de mentaliser lespace, de lorganiser suffisamment pour sortir de lindifférenciation, du désert, de lespace vide ou trop plein doù rien némerge et où tout se confond. La carte est lieu de " passages ", traces laissées à dessein, message pour qui ne veut pas se perdre, cest-à-dire pour qui sait - ou cherche - où aller. Le récit, lui, est une trace dans le temps, une histoire qui déroule une temporalité, un enchaînement plus ou moins cohérent dactions humaines aux prises avec des enjeux, dérisoires la plupart du temps, comme tout " ce qui nous fait courir ". Mais le récit, en ses hésitations mêmes, fascine. Lhomme sy livre dans la fragilité dune action créatrice créatrice non par ambition mais par défaut. Car, si nous pouvions nous passer de créer notre vie, de tâtonner et de bricoler nous-mêmes notre destin, nous le préfèrerions sans doute. Les destins écrits de toute éternité sont les plus glorieux et les plus reposants ! Le récit, lui, fraye avec la médiocrité. Mais, ici, la médiocrité, paradoxalement, cest le miracle. Le miracle dun geste qui nétait pas prévu et qui fait tout basculer.
Ainsi, avec la carte et le récit, faut-il arpenter inlassablement les villes. Non pour y faire, au pas de course, le visage obéissant au doigt et à lil du guide, des circuits de visite. Mais pour y retrouver le plaisir de la promenade, de la flânerie : du moment où sentrecroisent sous nos yeux lespace et le temps. Ainsi lenfant pourra-t-il déconstruire et reconstruire la ville, apprendre à y lire les traces de lhomme et à y retrouver ses propres traces.
Alice dans les villes
Car il ne faut pas que la ville demeure ce lieu où les êtres " sont écrits " par dautres, où leur histoire scolaire, professionnelle et sociale est inscrite dans leurs " papiers ", construite par dautres dans leurs déplacements ordonnés, dans leurs visites régulières aux administrateurs qui les administrent, aux services qui les gèrent : linfirmière, lassistante sociale, le maître décole, le conseiller dorientation, lANPE, le commissaire de police, léducateur de rue, les vigiles du supermarché. Le parcours est fléché. Il ny a plus rien à déchiffrer. Plus rien à lire. Il ny a quà passer sous le portail de détecteur de métaux. Montrer patte blanche. Et se laisser porter : reproduire les comportements que lon attend de vous, coller pour toujours à sa propre image. Lexclusion devient ici une sorte dassignation à délinquance sous les yeux conjugués et complices des forces de lordre et de la bande du coin.
Mais il y a une autre ville à faire exister. Autre chose que la machine traceuse décrite par Kafka dans La colonie pénitentiaire. Une ville qui ne trie pas, qui ne classe pas, qui norganise pas, qui nassigne pas à résidence, qui ne passe pas son temps à demander ses papiers aux gens. Une ville étrange. Une " espèce de ville " dans la ville quil nous faut faire découvrir à nos élèves. " Une espèce de ville ", comme dit Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles, où il y a des " espèces de gens ", des gens bizarres, qui ne font jamais vraiment ce quon attend deux. Une ville avec des " espèces despaces ", où lon peut ségarer sans trop sinquiéter, une ville avec des " espèces de rues ", un peu mal faites, pas vraiment droites, où lon peut se cacher, samuser à disparaître dans un renfoncement et réapparaître un peu plus loin dans un rai de lumière. Une ville avec des " espèces de maisons ", qui ne sont pas toutes pareilles et que lon apprend progressivement à identifier, à associer avec les " espèces de personnes " qui vivent dedans et qui ont écrit leurs vies avec elles.
Dans cette ville, les choses ne sont pas toujours belles et lisses comme dans la ville des réseaux ou dans la ville des musées. Dans ces villes, les choses nobéissent pas toujours à la logique des catalogues de voyage. Il y a des trous entre le trottoir et la chaussée, il y a des escaliers qui branlent un peu, il y a des palissades avec des affiches déchirées. Il y a des lieux pour rêver, des lieux pour penser, des lieux pour écrire, pour sécrire dans la ville. Dans cette ville que nous avons à faire découvrir aux élèves, il y a des choses étranges, et pour tout dire, dans cette ville-là, qui est déjà présente sous nos yeux, tout est étrange. Pourvu quon sache avec eux regarder, pourvu quon ait envie de lire la ville, dy discerner les traces des hommes pour mieux y laisser les siennes.
Mais en fait, vous lavez bien compris, cette espèce de ville est la seule ville qui existe vraiment, fort heureusement. Pourvu que des hommes et des femmes sachent y accompagner lenfant, y être surpris avec lui à chaque pas, regarder à chaque instant la présence de lhomme dans sa complexité. Cette ville existera si nous apprenons à nos élèves à y repérer limprévu, non pas pour léradiquer mais pour lobserver dun il curieux, avec ce mélange de naïveté et de sérieux que certains nomment la poésie. Cette ville-là existera pourvu que tous les chemins ny soient pas tracés à lavance, pourvu que lon puisse sinterroger à chaque coin de rue, au milieu des places et des avenues, fussent-elles rectilignes et perpendiculaires, sur la direction à prendre.
Souvenez-vous dAlice au Pays des merveilles : " Sil te plaît, demanda Alice, dans quelle direction dois-je aller ? " Et le chat de répondre : " Cela dépend de là où tu veux aller. " Car au fond, dans cette " espèce de ville ", à linsu des grands inquisiteurs et des grands architectes, à linsu des gestionnaires de réseaux et des conservateurs de musées, il suffit peut-être quil y ait quelques chats comme dans Alice au pays des merveilles et quelques pédagogues. Les enfants pourront alors y découvrir que la ville, au carrefour de lespace et du temps, est à la fois construction de lhumanité et, pour chacun deux, occasion de construction de son humanité.
Notes
1. Voir les ouvrages de Francis Imbert, en particulier : Médiations, institutions et lois dans la classe (ESF éditeur, Paris, 1994). [retour au texte]
2. Régis Debray, Les diagonales du médiologue, Bibliothèque nationale de France, Conférences del Duca, Paris 2001. [retour au texte]
3. Régis Debray, Les diagonales du médiologue, Bibliothèque nationale de France, Conférences del Duca, Paris 2001. [retour au texte]
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