Direction de lenseignement primaire
Trois axes de rénovation
de lécole primaire genevoise
Genève
Août 1994
Préface
Lécole poursuit une mission que larticle 4 de la loi sur linstruction publique définit ainsi:
L'enseignement public a pour but, dans le respect de la personnalité de chacun:a) de donner à chaque élève le moyen d'acquérir les meilleures connaissances dans la perspective de ses activités futures et de chercher à susciter chez lui le désir permanent dapprendre et de se former;
b) d'aider chaque élève à développer de manière équilibrée sa personnalité, sa créativité ainsi que ses aptitudes intellectuelles, manuelles, physiques et artistiques;
c) de préparer chacun à participer à la vie sociale, culturelle, civique, politique et économique du pays, en affermissant le sens des responsabilités, la faculté de discernement et l'indépendance de jugement;
d) de rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde qui lentoure, en développant en lui le respect d'autrui, lesprit de solidarité et de coopération;
e) de tendre à corriger les inégalités de chance de réussite scolaire des élèves dès les premiers degrés de l'école.
Lécole primaire joue un rôle fondamental dans la construction des compétences de base. Depuis des dizaines dannées, elle sacquitte de cette mission et tente dassurer la réussite du plus grand nombre. Lanalyse de son action, faite notamment dans le cadre du Forum de lenseignement primaire qui, en 1993, a débattu du Cahier de Walo Hutmacher sur le redoublement, a mis laccent sur la nécessité:
Lécole primaire tire les conclusions de cette analyse. Afin de renforcer sa lutte contre léchec scolaire, elle entame une rénovation qui sétendra sur plusieurs années. Elle portera sur trois axes:
1. individualiser les parcours de formation, en créant graduellement des cycles dapprentissage de plusieurs années, que les élèves pourront parcourir à des rythmes différents, en fonction de leur développement personnel;
2. développer les projets décole, le travail en équipes pédagogiques, la collaboration avec les parents;
3. placer les enfants, plus encore, au coeur de laction pédagogique, dans le respect de la diversité des cultures et en sinspirant des principes de lécole active.
Un texte dorientation élaboré à mon invitation par la Direction de lenseignement primaire décrit plus concrètement ces trois axes de travail. Je souhaiterais surtout aborder ici lidée des cycles dapprentissage, puisque cest cet élément qui, jusquici, a suscité le plus de commentaires.
Dans de nombreux pays développés, la progression annuelle de degré en degré est mise en question. Elle ne correspond pas aux rythmes dapprentissage des élèves, engendre le redoublement pour des effets bénéfiques relativement minces. Il est maintenant temps de mettre progressivement en place, dans toutes les écoles, des structures plus souples qui favorisent lindividualisation des parcours de formation et la différenciation de lenseignement. C'est ce que permettent les cycles d'apprentissage. Ils visent également, mieux encore que lorganisation actuelle, à faciliter laccession progressive des élèves aux savoirs et à lautonomie, à stimuler leur curiosité, leur créativité, à exercer leur esprit de coopération, à contribuer à l'équilibre de leur développement.
Cest cette rénovation de lécole primaire qui devra permettre l'acquisition des compétences et des attitudes dont tous les élèves auront besoin pour prendre leur place dans une société appelée à relever d'importants défis. Tous les pays européens vont dans le même sens. La rénovation sinscrit donc dans un courant général de modernisation des systèmes éducatifs et prendra appui sur toutes les réflexions et expériences déjà entreprises dans ce domaine.
Tous ensemble, nous devons assumer cette tâche complexe, mais fondamentale pour le développement de nos élèves! Cette réorganisation, jen suis consciente, exige des enseignants une coopération accrue; elle remet en question des modes denseignement et dévaluation. Elle implique donc de leur part des efforts de formation et dadaptation que nous aurions tort de sous-estimer.
Cest pourquoi la rénovation sera progressive et se fera en plusieurs temps:
La rénovation, voulue et soutenue par lensemble du Département de linstruction publique, qui mène dans dautres ordres denseignement des efforts de même ampleur, sera conduite et animée par la Direction de lenseignement primaire et lensemble de ses cadres. Je souhaite quelle soit portée par tous ses collaborateurs, dont beaucoup sont déjà fortement engagés dans cette voie, tant dans les services que dans les écoles. Ladhésion de tous est une condition de réussite dune telle rénovation. La rénovation sera donc suffisamment ouverte et négociée pour que chacun y trouve sa place et sy implique à son rythme.
Les partenaires habituels de lécole primaire genevoise, associations de parents et denseignants, y seront demblée associés, sur la base du présent texte dorientation. Plus généralement, la rénovation doit être menée de façon à être comprise et soutenue par celles et ceux qui sont impliqués.
Notre souci est aussi de veiller à ce que cette rénovation assure un passage harmonieux au Cycle dOrientation. Laccent mis par le C.O., depuis 1989, sur la formation équilibrée des élèves, rejoint tout à fait linspiration de la rénovation de lécole primaire. Le Cycle est donc pleinement associé à lentreprise à travers sa Direction générale, mais aussi sur le terrain.
Restent deux questions délicates: la coordination romande et le budget.
En introduisant progressivement les cycles dapprentissage, lécole primaire genevoise sécarte-t-elle de la coordination romande? Je ne le pense pas. Les cycles reprenant les objectifs actuels des degrés successifs, les programmes romands resteront en vigueur. A terme, il vaudrait mieux cependant que les plans détudes, les méthodologies et les moyens denseignement romands soient conçus non pour des degrés, mais pour des étapes de la scolarité. On peut donc souhaiter que lensemble de la Suisse romande soriente vers les cycles dapprentissage.
La question des ressources budgétaires présente deux volets:
On pourrait, cest vrai, rêver de lancer cette rénovation en période de croissance. Ce nest pas le cas. Ce nest certainement pas une raison pour renoncer à un projet prometteur et crucial pour lavenir des jeunes que nous formons.
Martine Brunschwig GrafPrésidente du DIP
I. Les trois axes dune rénovation qui s'inscrit dans la continuité 7
Axe 1: Individualiser les parcours de formation
- Dépasser lorganisation en degrés
- Associer un cycle à un ensemble de compétences
- Une question délicate
- Un cadre intégrateur
- Un effort dimagination
Axe 2: Apprendre à mieux travailler ensemble
- Trois niveaux de coopération
- Une occasion daller vers la professionnalisation
Axe 3: Placer les enfants au coeur de laction pédagogique
- Dans la ligne des programmes romands
- Lécole na pas le même sens pour tous
- Accepter de se mettre en question
II. Une rénovation progressive
Deux phases: exploration intensive, puis extension progressiveUne phase dexploration intensive (1994-1998)
- Deux types de projets
- Projets dinnovation 15
- Projets de réflexion/formation 15
- Que feront les autres écoles? 15
- Trois ensembles 16
Une phase dextension progressive (1999-2002)
III. Pilotage et calendrier de la première phase 1994-1998
Le groupe de pilotage de la rénovation (GPR)Le Groupe de recherche et dinnovation (GRI)
Les écoles en innovation 19
Un travail en réseau 19
Organigramme 20
Calendrier 20
IV. Le rôle des uns et des autres
Les enseignantsLes cadres
Les parents
La formation
Les services de lenseignement primaire
Le Service médico-pédagogique
Le Cycle dOrientation
Les autres partenaires genevois
Les partenaires romands
I.
Les trois axes dune rénovation
qui s'inscrit dans la continuité
Pour lutter contre léchec scolaire, il faut différencier la pédagogie et individualiser les parcours de formation, autrement dit offrir à chaque élève une "éducation sur mesure", lui proposer chaque jour - sans pour autant lisoler - des situations dapprentissage adaptées à son niveau et à son rythme. Pour cela, il faut des objectifs et une évaluation qui permettent de savoir où en est chacun pour laider dans sa progression. Il faut aussi une gestion de classe assez souple pour accorder du temps, de lattention, du soutien à ceux qui en ont le plus besoin. On va déjà dans ce sens dans nombre de classes primaires genevoises. Mais on se heurte aux limites du découpage en degrés: toutes les initiatives de la maîtresse ou du maître ont pour horizon les quarante semaines de lannée scolaire et les quatre murs de sa classe. D'où l'idée de décloisonner les degrés, de créer des cycles d'apprentissage. Cest le premier axe.
Il impose un effort complémentaire: accentuer la coopération entre les enseignants, entre eux et les parents, entre les divers professionnels intervenant dans les classes. On ne peut en effet mettre en place des structures plus souples si les adultes ne progressent pas selon un second axe: apprendre de mieux en mieux à travailler ensemble.
Mais cela ne suffit pas. Un aménagement des structures et des modes de coopération entre adultes peut induire une transformation des pédagogies. Cela, cependant, ne va pas de soi. Il importe donc de définir un troisième axe: placer les enfants au coeur de laction pédagogique.
Ces trois axes seront décrits un peu moins rapidement plus loin. Auparavant situons lesprit de cette rénovation. Pourquoi cette expression? Pour suggérer quon va commencer à changer? Certes, non! Toutes les idées avancées ici sappuient sur les recherches genevoises et étrangères et surtout sur les expériences menées à Genève et dans dautres systèmes éducatifs par de nombreuses équipes pédagogiques. La différenciation de lenseignement et lindividualisation des parcours de formation, les projets décole et le travail en équipe pédagogique, les didactiques centrées sur lapprenant et les méthodes actives ne sont plus, à Genève, des idées nouvelles. Pourtant leur mise en oeuvre est très variable dune école à lautre, et on les trouve rarement toutes réunies. La rénovation vise donc un changement plus systémique; elle ninvente pas, elle tente plutôt dintégrer toutes sortes didées fécondes et de les implanter à large échelle, dans un cadre unifié, selon un calendrier progressif mais commun à toutes les écoles.
En préambule il faut se souvenir que différenciation, individualisation, personnalisation, sont des expressions qui suscitent des images différentes et ne sont pas vraiment interchangeables; en létat actuel de la réflexion, il est toutefois difficile de trancher et le débat reste donc ouvert.
Individualiser lenseignement, consisterait à organiser des leçons particulières pour chacun; si cette formule peu réaliste était praticable, elle ne conduirait pas à de bons résultats, en particulier parce que:
Lindividualisation des parcours de formation prend en compte de tels besoins. Elle ne conduit pas à proposer à chacun un travail constamment individualisé, ni à faire éclater les groupes en autant de relations duales entre le maître et chaque élève. Elle insiste plutôt sur lidée que chaque enfant suit un cheminement personnalisé, qui dépend de son niveau de développement intellectuel et socio-affectif, de son rythme de travail et dapprentissage, des attitudes, des intérêts et des acquis quil doit à son milieu de vie, de son envie et de sa façon dapprendre.
Dépasser lorganisation en degrés
Actuellement, les structures scolaires ne permettent quune individualisation limitée des parcours de formation, car:
Dans de nombreux pays, on tente de remédier à ces limites en favorisant une réorganisation de la scolarité en cycles dapprentissage pluriannuels plutôt quen degrés. Cette structure nouvelle nest pas une fin en soi, mais un moyen de donner davantage de temps et despace pour différencier, de permettre des parcours plus individualisés. De cette souplesse, on a un exemple frappant dans le système actuel: lorsquun enseignant ou une enseignante garde ses élèves dune année scolaire à la suivante, le redoublement est exceptionnel, tout simplement parce quil est alors possible de planifier la progression des apprentissages sur deux ans. On pourrait se contenter de généraliser cette formule. Mais il faut faire un pas de plus: introduire des cycles dapprentissage plus longs, pour avoir plus de temps devant soi et permettre des cheminements plus diversifiés.
Lidée de regrouper plusieurs degrés successifs en un "cycle" nest pas neuve. Il existe aujourdhui, dans la scolarité primaire, un cycle élémentaire (de la première enfantine à la deuxième primaire) et un cycle moyen (de la troisième à la sixième primaire). Ensuite, les élèves entrent dans un cycle de trois ans institué à Genève depuis 1962, le Cycle dorientation. Cependant tels quils ont été conçus jusquici, ces cycles neffacent pas les degrés. Ils présentent simplement un peu plus de continuité et font appel à des enseignants de formation différente. Il faut aller plus loin et supprimer la notion même de degré sans aussitôt mettre à leur place une autre structure aussi rigide, même si elle couvre plusieurs années.
Associer un cycle à un ensemble de compétences
Les cycles dapprentissage ne sont pas seulement des modes dorganisation; ils se fondent sur une idée pédagogique: un cycle est le temps quon se donne pour permettre à chaque élève de construire un ensemble de compétences correspondant à son âge, son développement, ses intérêts et ses besoins. Il faut plusieurs années pour construire des compétences, par exemple pour apprendre à lire, au sens moderne de ce mot: savoir comprendre, interpréter, anticiper, sorienter dans un texte, sen servir pour sinformer, se former, se divertir. Si on ne peut pas entièrement programmer cet apprentissage, on peut, cependant, le mettre à lordre du jour dun cycle dapprentissage, en cherchant lorganisation la plus adéquate pour faire progresser tous les élèves, en respectant leurs intérêts et leurs rythmes dapprentissage et de développement.
La loi sur linstruction publique et le plan détudes romand désignent les compétences à construire. Il restera à les expliciter, à les repenser pour chaque cycle et à les assortir dinstruments dévaluation formative et sommative. Ce travail amènera sans doute à repenser partiellement les objectifs et les contenus de la scolarité primaire, mais cela se fera graduellement. On peut espérer surtout que, dans le cadre des textes actuels, la rénovation permettra mieux que jamais de mettre laccent sur des compétences de haut niveau, telles que le raisonnement, l'autonomie, limagination, la capacité de communiquer, de travailler en équipe, danticiper. Cest lune des fonctions des cycles dapprentissage: donner plus de champ libre, donc plus de poids aux apprentissages les plus fondamentaux, difficiles à susciter et davantage encore à évaluer dans le cadre dune courte année scolaire.
Des modalités à inventer
Les cycles dapprentissage ne représenteront un progrès que si lon parvient à organiser des progressions flexibles et individualisées. Bien sûr, il faudra définir des structures permettant de grouper les élèves, de gérer des progressions individualisées. Bien sûr, il faudra fixer des règles, définir ainsi la longueur moyenne dun cycle et donc ses objectifs pédagogiques en fonction de ce quun élève moyen peut, en principe, apprendre durant une telle période. Bien sûr, il conviendra de clarifier les compétences et les attitudes visées au terme de chaque cycle dapprentissage. Bien sûr, on ne passera pas dune évaluation normative à une évaluation formative - mesurant le chemin parcouru et ce qui reste à acquérir - sans développer de nouveaux outils dobservation et de dialogue avec les familles. Ces structures ne sont cependant que des moyens. Lessentiel est que chaque élève avance à son rythme, avec un dosage optimal et personnalisé de situations dapprentissage, sans redoubler, sans être - envers et contre ses difficultés - enfermé dans un calendrier annuel, mais sans être pour autant laissé à lui-même.
Le fonctionnement des cycles dapprentissage peut être envisagé selon de multiples modalités complémentaires: des groupes multi-âges avec une forte différenciation interne; des groupes de besoin; des moments de décloisonnement, et dautres encore. Lidée nest pas dimposer une organisation unique aux écoles, mais de les inviter à trouver une organisation optimale pour individualiser les parcours. Faut-il cependant proposer demblée un découpage de la scolarité enfantine et primaire en cycles de longueur précise (par exemple quatre fois deux ans), ou faut-il laisser chaque école en innovation inventer son propre découpage? Il semble plus raisonnable de proposer un découpage standard, mais une décision à ce sujet peut être prise ultérieurement.
Une question délicate
Les huit années décole enfantine et primaire qui précèdent lentrée au Cycle dOrientation sont des années cruciales de développement, de socialisation, déducation, qui ne se résument pas à une assimilation hâtive des programmes. Lintroduction de cycles dapprentissage na pas pour but de permettre à une minorité denfants de parcourir le programme de lenseignement primaire le plus vite possible. Lidée est plutôt, grâce à une différenciation accrue de lenseignement, de mieux mettre à profit ces huit années pour que chacun se développe le mieux possible et maîtrise les compétences de base prévues par le plan détudes romand.
Les élèves doivent-ils pour autant passer le même temps dans chaque cycle? La question nest pas simple. Il est trop tôt pour décider dune règle précise, mais il paraît raisonnable dadmettre que la durée de la scolarité enfantine et primaire restera globalement de huit ans, à une année près. De la sorte les élèves entreront au Cycle dOrientation à peu près au même âge. Il conviendrait donc de limiter la possibilité daller plus vite ou plus lentement à lun des cycles dapprentissage, sauf si un parcours plus tranquille compense un parcours plus rapide, ou inversement.
Les écoles en innovation seront donc invitées à réfléchir sur cette question sans en refuser la complexité et à imaginer des dispositifs souples, sans ouvrir la porte à une école à plusieurs vitesses, ni sopposer par principe aux parents pressés de voir leur enfant avancer le plus vite possible. Il importe que le dialogue, plutôt que la règle, permette à chacun de saisir quon ne peut impunément accélérer les apprentissages fondamentaux, que se développer avec des enfants de son âge et sintéresser à toutes sortes de choses nest pas "du temps perdu". Lesprit des cycles dépendra en partie de lissue de ce dialogue. Sur la base des premières années dexpérience, on stabilisera peu à peu une réponse plus uniforme à la question des parcours.
Un cadre intégrateur
Les cycles dapprentissage ne sopposent à aucune autre forme de lutte contre léchec scolaire. Ils prolongent plutôt les efforts des pédagogies de soutien et visent dabord à faciliter lévaluation formative et la différenciation de lenseignement. Ils tiennent compte des apports des pédagogies actives, des didactiques des disciplines et des travaux sur les établissements scolaires et les équipes pédagogiques. La création de cycles dapprentissage offre donc avant tout un cadre intégrateur à la mise en oeuvre de nombreuses idées complémentaires. Elle oblige à prolonger et à intégrer les travaux engagés sur les objectifs et les programmes, lévaluation formative, les didactiques des disciplines et leur harmonisation, les approches interdisciplinaires, la gestion de classe. Elle invite aussi à une coopération accrue entre adultes. Cest le second axe.
Un effort dimagination
Tout cela demandera à chacun, parents, élèves, enseignants et cadres, une certaine mobilité desprit, pour shabituer à une nouvelle façon de penser les parcours scolaires. Le principal atout des degrés, cest leur simplicité et leur familiarité: tout le monde connaît et comprend le système: on réussit ou on rate son année, donc on est promu ou on redouble. La gestion est elle aussi simplifiée: un maître, une classe, un degré de programme. Créer des cycles dapprentissage, cest abandonner ces fonctionnements connus pour leur substituer une organisation plus souple, donc plus complexe. Cela bouleverse les habitudes de tous, oblige à reconstruire des modes de groupement des élèves, dévaluation, de gestion de classe et impose d'apprendre ensemble à parler autrement des élèves.
Lorganisation en cycles dapprentissage suppose un vrai travail déquipe, puisquun groupe denseignants sera collectivement responsable de la progression de lensemble des élèves fréquentant le même cycle dans la même école. Pour travailler à plusieurs avec les mêmes élèves, pour assurer la continuité des progressions individuelles, pour recomposer de façon souple des groupes dâge, de besoin, de projet, etc., pour expliquer aux parents ces nouveaux fonctionnements, et les y associer, il faut sentendre, au double sens de
Ces aspirations sont maintenant exprimées dans nombre décoles et de milieux pédagogiques. On les lie au thème de la professionnalisation du métier denseignant, des projets décole, de limportance dune culture de coopération pour faire réussir linnovation au niveau des établissements. De ces idées, pour une part traduites dans certaines pratiques, à un mode de travail dans lequel la coopération professionnelle devient la norme, un chemin important reste à parcourir.
Trois niveaux de coopération
On peut imaginer la collaboration entre enseignants à trois niveaux:
Une occasion daller vers la professionnalisation
Ainsi les cycles invitent à apprendre mieux encore à travailler ensemble. Cet acquis a évidemment une valeur générale comme source de professionnalisation, dinnovation, de maîtrise des situations complexes. A cet égard, le développement des cycles est une formidable occasion de transformer le fonctionnement des écoles et de lenseignement primaire dans le sens dune plus grande coopération professionnelle.
La coopération sentend également entre parents et enseignants. Lutter contre léchec scolaire, aller vers une évaluation formative, faire fonctionner lécole de façon plus souple nest possible que si les parents sont informés, associés, collectivement et individuellement, au changement et à la scolarité de leurs enfants.
Travailler ensemble concerne aussi les élèves. Mais on liera ici cette idée à un ensemble plus vaste de propositions.
Dans la ville de Jean Piaget, chacun se souvient-il que cest lenfant qui construit ses connaissances, par son travail et plus globalement son activité intellectuelle, en interaction avec les autres et son environnement? Lécole ne peut que stimuler cette construction interactive, en mettant en place ce quon appelle aujourdhui des situations dapprentissage, elles-mêmes intégrées à des dispositifs et des séquences didactiques, qui sappuient à leur tour sur des modes de gestion de classe et des options pédagogiques (méthodes actives, pédagogies de la communication, du projet). Lapprentissage, par ailleurs, nest jamais linéaire: il est cyclique, chaotique, voire anarchique; il connaît des temps morts, des accélérations, des régressions, des chemins de traverse; de plus, tous les processus diffèrent dune personne à lautre, dune discipline à lautre, d'un domaine à l'autre.
Dans la ligne des programmes romands
Ces idées inspirent la plupart des rénovations de programmes des dernières décennies en Suisse romande: pour la mathématique dite moderne dabord, le français, mais aussi lenvironnement, les langues étrangères, les disciplines artistiques ou sportives. Il ny a donc ici rien de bien neuf, du moins dans les intentions. Il serait cependant fort optimiste de faire comme si ces idées, pour être banales, étaient pour autant intégrées dans les pratiques quotidiennes. Pourtant on ne peut en rendre responsables les enseignants: en effet, les programmes, les moyens denseignement, les procédures dévaluation, les temps et les espaces scolaires sont encore, très souvent, des contraintes plutôt que des ressources au service de pédagogies actives et centrées sur lenfant.
Il convient donc de poursuivre ces efforts, stimulés par les développements de la recherche en didactique des disciplines aussi bien que par les travaux plus transversaux sur lapprentissage et ses régulations, laide méthodologique, lévaluation formative, les pédagogies du projet, la gestion de classe. On sefforcera aussi daccentuer lharmonisation des didactiques et le développement dactivités inter- ou transdisciplinaires à lécole primaire, en mettant laccent sur lunité de lenfant et du développement.
Lécole na pas le même sens pour tous
Ce nest pas tout. La rénovation invite les professionnels à réfléchir sur des dimensions que les didactiques et les travaux sur la différenciation laissent parfois en marge: tous les élèves ne sont pas égaux devant lécole, non seulement parce que leurs acquis ou leurs rythmes sont différents, mais parce que la scolarisation, le travail, les savoirs, la discipline exigée en classe nont pas le même sens, la même valeur pour tous. Lafflux denfants immigrés ou réfugiés nous a, certes, obligés à prendre conscience de la diversité des cultures réunies dans un grand nombre de classes primaires, mais avons-nous bien observé qu'il existe des différences de même nature, moins visibles, entre enfants issus de familles ou de milieux sociaux moins contrastés?
En ce sens, le pluriel est bien de mise: il sagit de placer les enfants au centre du travail et de la relation. Dans leur diversité, pour tenir compte des histoires de vie, des héritages culturels, des langues, des valeurs, des modes de vie, des rapports au savoir.
Accepter de se mettre en question
Il ne suffit pas dune bonne gestion de classe et dune pédagogie différenciée pour faire face à la diversité des attitudes et des rapports à lécole. Cest parfois la culture enseignée ou ses propres valeurs quil faut interroger. On sest souvent moqué de lécole coloniale qui faisait réciter aux petits Africains "Nos ancêtres les Gaulois " ou les questionnait sur les rivières de France. Dans une société multiculturelle, notre école est-elle aujourdhui à labri dune telle critique? Nos façons denseigner et de travailler, de motiver et dévaluer, de punir et de récompenser, sont-elles à la hauteur de la diversité des élèves et des familles? Permettent-elles à chaque élève de donner constamment du sens aux programmes et à ce quil vit en classe? A l'inverse, nous ne pouvons pas renoncer à donner une culture commune à tous les élèves car nous nous exposerions au risque, selon la formule de Philippe Meirieu, d'enseigner les différences. La tâche est donc complexe: elle oblige à préserver les identités spécifiques tout en construisant une appartenance commune.
Sur ces points, personne ne peut sabriter derrière des programmes, des règlements et des coutumes. Il sagit de réfléchir ensemble et dinfléchir peu à peu les attitudes et les pratiques qui engendrent encore trop déchecs et dinégalités évitables.
Dautres pays ont précédé Genève dans la voie des cycles dapprentissage, dune gestion plus coopérative des établissements, de pédagogies plus actives et différenciées. Aucun ne propose un modèle éprouvé que Genève pourrait adopter tel quel. Il nest donc pas question de généraliser immédiatement une nouvelle structure. En conséquence, le renouveau de lenseignement primaire sera progressif.
La phase dexploration intensive sétendra de 1994 à 1998, la phase dextension progressive de 1999 à 2002. Ce calendrier peut paraître bien peu audacieux à ceux qui sont déjà engagés ou seraient prêts à commencer tout de suite. Il peut, à linverse, paraître menaçant à ceux qui sont encore tout à fait réfractaires à lidée de cycles dapprentissage, de travail en équipe, de pédagogies actives ou interculturelles.
Les premiers pourront sengager rapidement, dès la phase intensive. Les autres disposeront de plusieurs années pour évoluer dans le sens de nouvelles méthodes de travail, tant avec les élèves quentre adultes. Mais observons de plus près ces deux phases.
Il sagit, dans un premier temps, dexplorer de façon plus approfondie les notions même de cycle dapprentissage et de coopération professionnelle, selon des modalités complémentaires: projets dinnovation et projets de réflexion/formation.
Deux types de projets
Une dizaine décoles, dont les enseignants seront volontaires, seront autorisées et encouragées à sengager dès la rentrée 1995 dans une nouvelle organisation, à supprimer progressivement les degrés, à trouver dautres modèles de fonctionnement, en collaboration avec les parents. Certaines écoles ont déjà fait quelques pas dans cette direction, dautres les rejoindront.
Quelques dizaines d'autres écoles, intéressées, mais moins avancées, sengageront dans une démarche moins intensive, mais qui prépare le terrain.
En résumé, deux niveaux de projets se distingueront selon plusieurs critères:
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démarches et résultats |
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Projets dinnovation
Ils bénéficieront de quelques ressources supplémentaires: elles ne concerneront pas lencadrement des élèves, mais le processus dinnovation et de formation. On peut imaginer un demi poste par école pour des tâches de coordination du projet, des décharges permettant des temps de travail en commun, au besoin en trouvant des formules originales. Dans la mesure où les écoles en innovation travaillent pour lensemble du système et lui rendent des comptes, il est normal que les ressources actuellement disponibles - qui ne peuvent être que peu extensives - soient redistribuées pour faciliter leur travail. Cela ne manquera pas de choquer ceux qui pensent quil se fait dans de très nombreuses écoles des choses tout à fait intéressantes. Cest vrai, mais là nest pas la question: aucune organisation ne peut innover sans engager des ressources supplémentaires pour conduire le changement lui-même.
Projets de réflexion/formation
Ils concernent, eux, les écoles qui nont pas encore la force ou les moyens de se lancer dans linnovation, mais souhaitent sy préparer. Ce sont elles qui se lanceront dans la rénovation dès le début de la phase dextension. Elles bénéficieront bien entendu, au fur et à mesure, du travail des écoles engagées dans un projet dinnovation, mais elles sont dores et déjà encouragées à poursuivre leur propre cheminement en formulant un projet moins ambitieux, négocié avec linspecteur.
Que feront les autres écoles?
Durant la période dexploration intensive, les écoles qui ne sont engagées ni dans un projet dinnovation, ni dans un projet de réflexion en bonne et due forme, ne seront évidemment pas dissuadées de réfléchir ou dinnover, mais le calendrier leur laisse le temps de se préparer. Toutes s'associent à linnovation et à la réflexion des précédentes, par tous les canaux de communication disponibles, notamment au travers de la formation continue et en participant chaque année au Forum de lenseignement primaire qui dressera létat de la rénovation.
Trois ensembles
Sur la base de ces diverses explorations parallèles, le Département proposera une réorganisation globale de la scolarité primaire dans le sens des cycles dapprentissage et de la coopération professionnelle. Mais ici encore, il convient de laisser du temps au temps: les écoles qui ne seraient pas déjà fortement avancées dans cette voie auront encore quatre ans pour organiser la scolarité de leurs élèves en cycles dapprentissage.
Cette phase nest pas entièrement planifiable, car elle dépendra de lavancement des projets dinnovation. Ces derniers, de même que les projets de réflexion, devraient fabriquer le maximum doutils dobservation et de régulation: pour travailler en cycles et travailler ensemble, il faut des dispositifs et des moyens. Certains sont déjà disponibles, mais peu connus; dautres sont en chantier; dautres encore seront construits au gré de lexpérience. Il nest pas envisagé datteindre une organisation entièrement standardisée de la scolarité, mais plutôt un cadrage minimum. A chaque école, depuis 1998, de sinscrire à son rythme dans le processus de changement.
Il ne sagit ni dune réforme immédiate, ni dune simple expérience isolée, mais dune stratégie progressive de préparation dune réforme bien pensée pour la fin de ce siècle. Cela peut paraître long. Mais en éducation, la précipitation est rarement payante. Il ne sert à rien de généraliser une structure prometteuse tant que lon nest pas certain de savoir en tirer le meilleur parti. Pourtant une chose est sûre: le dispositif proposé nest pas une expérience pour savoir sil faut aller vers des cycles dapprentissage et un travail en équipe. Cest une démarche pour aller dans ce sens - progressivement mais sûrement - et préciser peu à peu ce qui doit être défini au centre, par la Direction de lenseignement primaire (DEP), et ce qui sera laissé à lautonomie des circonscriptions et des écoles.
Dans le cadre de la politique générale du DIP, la conduite de la rénovation est laffaire de la Direction de lenseignement primaire. Désirant associer dautres partenaires, elle a choisi dexercer cette compétence dans le cadre dun groupe de pilotage. Ce groupe mettra en place un Groupe de recherche et dinnovation plus spécifiquement chargé de suivre les projets dinnovation.
En feront partie: les membres de la direction de lenseignement primaire (dont le responsable de lenseignement spécialisé), deux membres de la Société pédagogique genevoise (SPG), deux membres du Groupement cantonal des Associations de parents délèves de lécole primaire (GAPP), deux inspecteurs, un des responsables des services de lenseignement primaire, un membre de la Direction générale du Cycle dOrientation, le directeur du Service de la recherche, un professeur de la FPSE, la ou le responsable du Groupe de recherche et dinnovation défini plus loin, un représentant des écoles en innovation, soit en tout une quinzaine de personnes.
Comme son nom lindique, ce groupe doit prendre des décisions; il n'est donc ni un groupe de pression, ni un groupe de consultation. La concertation sur les orientations générales de la rénovation se fera dans dautres instances. La tâche de pilotage de la rénovation exige de la part des membres du groupe une adhésion globale, un désir de contribuer à l'avance de la réflexion dans le sens des axes de la rénovation, une implication positive. Bien que reflétant la sensibilité de leurs milieux, les membres du groupe de pilotage n'en sont pas les porte-parole.
Ce groupe, présidé par la Directrice générale de lenseignement primaire, se réunira une fois par mois au moins. Il lui appartiendra de conduire la rénovation sur le long terme et de veiller à ce que toutes les options à prendre au cours des prochaines années en matière de formation, dévaluation, de méthodes et de moyens denseignement, de gestion des écoles, dinformation et dassociation des parents soient prises dans lesprit de la rénovation et pour y contribuer. On peut donc imaginer quil assurera:
Dans lesprit de ce dernier point, le groupe de pilotage sefforcera de faire de la rénovation laffaire de tous dans lenseignement primaire, en informant régulièrement le corps enseignant et lensemble des instances concernées. Il informera régulièrement la Présidente et la Secrétaire générale du DIP de lavancement de ses travaux. La communication est un des éléments décisifs dune telle rénovation. Elle seule peut permettre la construction de représentations communes, lidentification et lanticipation des obstacles, la diffusion des idées et des outils. Le Journal de lenseignement primaire et dautres media seront mobilisés dans ce sens.
Mis en place par le GPR, il sera chargé de lévaluation et du suivi des projets dinnovation. La ou le responsable de ce groupe fera partie du groupe de pilotage et assurera la liaison entre la Direction et les écoles engagées dans un projet dinnovation. Choisi en premier, elle ou il participera à la définition du mandat et à la constitution du reste du GRI.
Le GRI est un groupe qui aura pour tâche de soutenir les écoles engagées dans un projet dinnovation, de créer des relations entre elles et avec le reste du système, de les mettre en contact avec des centres de formation et de ressources, de les aider à définir, évaluer, faire évoluer leur projet, de coordonner les efforts, de faciliter la formulation des acquis et leur diffusion à lensemble de lenseignement primaire. Ce sera donc un groupe efficace, à même de prendre rapidement des décisions et de se montrer cohérent face à ses interlocuteurs. Cela suppose une certaine homogénéité de perspectives, la capacité de travailler véritablement en équipe et un leadership affirmé. Le GRI sera composé de cinq à sept personnes partiellement déchargées de leurs tâches durant toute la durée de leur mandat. Elles seront choisies avant tout pour leur compétence à animer un processus dinnovation. Ce ne seront pas des porte-parole de divers milieux; leur diversité garantira simplement la capacité du GRI de comprendre et dagir en fonction des diverses logiques daction à loeuvre dans les écoles engagées dans la rénovation et plus globalement dans les processus dinnovation.
Etant linterlocuteur direct des écoles engagées dans la rénovation, le GRI ne peut en être en même temps lémanation ou la fédération. En revanche, le GRI constituera et animera un Groupe inter-projets, qui réunira des représentants des écoles en innovation, les inspecteurs concernés, des représentants des services du DIP et de lenseignement primaire amenés à contribuer au suivi des projets ou à la formation des enseignants. Le GRI travaillera avec le Groupe inter-projets pour tous les problèmes généraux, ce qui ne lempêchera pas dentrer en contact avec chaque école au stade de la conception, de la négociation et du suivi des projets.
Les écoles engagées dans un projet dinnovation ne seront pas des écoles expérimentales, leurs élèves ne seront pas des cobayes, chaque élève apprendra au moins aussi vite et aussi bien que dans nimporte quelle classe primaire genevoise. Il appartiendra à chaque école, en liaison avec le GRI, de dégager des fonctionnements permettant la différenciation de lenseignement et lindividualisation des parcours dans le respect des objectifs de linstruction publique et des grands axes du plan détudes romand.
Chaque projet sera dans un premier temps négocié avec linspecteur, puis soumis au Groupe de recherche et d'innovation et évalué. Sil est accepté, il sera ensuite accompagné par le GRI, de sorte à faire bénéficier lensemble du système de son expérience.
Il appartiendra au GRI dexpliciter les critères dévaluation des projets dinnovation à partir des indications suivantes: un projet dinnovation doit en principe engager une école entière, pour quatre ans, avec des garanties de stabilité des personnes. Le projet comportera des objectifs spécifiques, précisera leur articulation avec les axes généraux de la politique de lutte contre léchec, indiquera les ressources requises (en termes de budget de fonctionnement, de décharges, daccompagnement externe, de formation continue intégrée, de GNT), les franchises demandées (sur le programme, le carnet, les degrés, les horaires), les modes prévus de décision, les modalités de renouvellement de léquipe, la nature des bilans annuels, le mode dinformation et dassociation des parents, les liens prévus avec linspecteur. Il nest pas nécessaire de tout prévoir et le fonctionnement évoluera au gré de lexpérience, en liaison avec le GRI. Il importe simplement que le GRI et le groupe de pilotage puissent se faire une bonne idée de chaque projet. On peut espérer quune dizaine de projets ambitieux satisferont à ces critères.
Les projets dinnovation ne peuvent fonctionner en vase clos, les équipes ont besoin, à certaines phases, dapports théoriques ou méthodologiques, ou de médiation en cas de conflit ou de difficultés de fonctionnement de léquipe. Les apports méthodologiques sont particulièrement importants lors de la première phase de construction et de mise en place du projet.
Il conviendrait de mettre en réseau les ressources disponibles dans les services de lenseignement primaire, dans les services de recherche du DIP, dans dautres ordres denseignement, à lUniversité, en précisant des règles du jeu quant aux demandes dintervention et au statut des intervenants. Cest le rôle du GRI de construire ce réseau et de définir ces règles. Le GRI joue également un rôle essentiel dans la mise en commun régulière des expériences des uns et des autres et la mise en relation de personnes ou de groupes travaillant sur des thèmes proches. Le Forum annuel devrait permettre un affinement progressif de lanalyse et déventuelles réorientations progressives de la politique globale.
Organigramme
Voici comment se présente le dispositif:

Compte tenu de la conjoncture budgétaire, des autres problèmes de lécole primaire, de la nécessité de négocier chaque étape avec lensemble des partenaires, il serait absurde de planifier dans le détail lensemble de la rénovation.
Même pour la phase dexploration intensive, le calendrier qui suit nest quindicatif.
Il montre notamment que lannée 1994-95 ne changera rien dans les classes, mais sera une période intense de discussion, de formation et de préparation pour les dix écoles déposant un projet dinnovation et dans une moindre mesure pour toutes celles qui déposeront un projet de réflexion.
Ce calendrier rend compte du coeur du dispositif: dautres opérations interviendront à linitiative du groupe de pilotage ou du GRI.
Calendrier
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Août-septembre 1994 |
Constitution du groupe de pilotage. |
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Septembre 1994 |
Constitution du Groupe de recherche et dinnovation (GRI). |
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Octobre-novembre 1994 |
Préparation d'un appel doffres aux écoles et équipes pédagogiques, définissant les règles du jeu pour les projets. |
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Dès octobre 1994 |
Construction par le GRI dun dispositif de suivi et daccompagnement (formation continue, ressources, instruments dobservation, de gestion de projet, etc.). |
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Décembre 1994 à février 1995 |
Elaboration de projets par les écoles intéressées, en liaison avec le groupe de pilotage si elles le souhaitent. Dépôt de projets |
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Mars - avril 1995 |
Evaluation des projets, sélection des plus intéressants dans les limites des ressources et des possibilités daccompagnement, attribution des ressources et franchises. |
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Mai - juin 1995 |
Mise en place des projets, préparation de la rentrée |
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Année 1995-1996 |
An I des projets avec un suivi de chacun par le GRI, un réseau déchanges, un Forum annuel. Chaque école prépare lannée suivante. |
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Année 1996-1997 |
An II des projets avec un suivi de chacun par le GRI, un réseau déchanges, un Forum annuel. Chaque école prépare lannée suivante. |
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Année 1997-1998 |
An III des projets avec un suivi de chacun par le GRI, un réseau déchanges, un Forum annuel. Chaque école prépare lannée suivante. |
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Année 1998-1999 |
An IV des projets. Synthèse, bilans, échanges animés par le GRI. Préparation de la phase dextension progressive. |
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Année 1999-2000 |
Début de la phase dextension progressive. |
Une rénovation de cette ampleur mobilise nécessairement tous les collaborateurs de lenseignement primaires et tous ses services. Bien entendu, chacun continuera pour lessentiel à sacquitter de sa mission. Mais il linfléchira dans le sens des finalités globales de la rénovation.
Les enseignants sont évidemment les premiers acteurs de la rénovation et ils y seront associés aussi bien à léchelle des écoles et des circonscriptions quà travers la SPG et les divers mécanismes de consultation de lenseignement primaire.
La Société Pédagogique Genevoise dialogue depuis fort longtemps avec la DEP. Elle a participé activement au Forum de lenseignement primaire en 1993 et a soutenu les initiatives allant dans le sens des projets décole, de la différenciation de lenseignement, dune formation dans ce domaine. Par ailleurs, le nouveau cahier des charges des enseignants primaires, élaboré en collaboration étroite avec la SPG et qui est maintenant pratiquement achevé, est en plein accord avec les perspectives de rénovation. Ce dialogue se poursuivra à propos de la rénovation dans toutes les instances de concertation et dans le cadre du groupe de pilotage.
Ils auront un rôle essentiel à jouer dans toute lopération et la DEP compte les associer à toutes les phases de cette rénovation. Ils seront représentés dans le groupe de pilotage et tous ceux qui sont responsables dune école en innovation feront de droit partie du groupe inter-projets. Les problèmes posés par lensemble de lentreprise de rénovation seront régulièrement débattus dans le Conseil des inspecteurs ainsi que dans le conseil général des cadres.
En particulier, la tâche des inspectrices et des inspecteurs différera selon les périodes et le degré dimplication des écoles dont ils ont la charge. Lors de la phase dexploration intensive,
- les interlocuteurs principaux des écoles de leur circonscription engagées dans un projet de réflexion;
- les animateurs incitant d'autres écoles à sinformer, se former et se préparer à la phase suivante.
Leur rôle se modifiera dans la phase dextension progressive. Ils seront alors les garants de lentrée progressive en rénovation des écoles jusqualors restées dans une certaine réserve ainsi que le soutien de celles qui se seront déjà engagées dans un projet dinnovation ou de réflexion au cours de la période dexploration intensive.
Ils seront associés à la première phase de la rénovation à plusieurs niveaux:
Par la suite, on peut espérer que, dans le cadre du deuxième axe - travailler ensemble - se dessineront des modalités nouvelles de participation des parents à la gestion des écoles. Mais cest dans le dialogue quotidien entre les équipes pédagogiques et les familles que se jouera lessentiel, notamment lors de la mise en place de cycles dapprentissage et de pédagogies actives. Lécole primaire sait quelle ne peut atteindre pleinement ses buts sans le soutien actif des parents et elle prendra les mesures nécessaires pour quils soient informés, consultés, associés.
La formation initiale, telle quelle est conçue dans le cadre de la Section des sciences de léducation de la FPSE, sous forme dune licence en sciences de léducation mention Enseignement, semble aller assez clairement dans le sens des compétences requises par la rénovation de lécole primaire. Peut-être pourra-t-elle sinfléchir encore plus nettement dans cette direction.
Quant à la formation continue, sans cesser de répondre aux besoins de mise à jour et de perfectionnement, elle sera globalement orientée vers les priorités dessinées par la rénovation. Les offres de formation continue, en particulier, seront conçues de sorte à proposer des bases et des outils dans les divers domaines touchés par la rénovation.
Les services de lenseignement primaire ont, dès leur création, contribué à préparer cette rénovation, aussi bien dans le domaine des didactiques que de la pédagogie et des technologies. Ils trouveront donc naturellement leur place dans le dispositif:
Les responsables des services seront représentés dans le groupe de pilotage et associés au groupe inter-projets. Le GRI travaillera en liaison avec eux.
Représenté dans le groupe de pilotage par son directeur adjoint, responsable de lenseignement spécialisé, son apport sera important parce quil est, sur les trois axes de la rénovation, très souvent précurseur: les nécessités de lenseignement spécialisé et de la prise en charge médico-pédagogique ont conduit depuis longtemps à décloisonner les degrés, favoriser le travail déquipe et à adhérer aux pédagogies actives centrées sur lapprenant.
Le Cycle dorientation travaille pour sa part sur des lignes proches de la rénovation de lécole primaire. Comme il accueille ses élèves il se trouvera nécessairement concerné par les changements en cours: la rénovation vise à élever le niveau de formation des élèves sortant de lenseignement primaire et leur orientation se fera sur dautres bases, puisquon supprimera progressivement les degrés et qu'on transformera les formes actuelles dévaluation. Le partenariat avec le C.O. contribuera également à assurer la continuité de lencadrement et de la relation pédagogiques durant la scolarité obligatoire.
Comme lindique la composition du groupe de pilotage, la Direction de lenseignement primaire d'emblée a souhaité associer à la rénovation:
La rénovation genevoise pourra entre autres sinspirer des expériences de différenciation ou dévaluation formative menées dans divers cantons romands ainsi que des travaux de lInstitut romand de recherches et de documentation pédagogiques et des centres de recherche. A linverse, Genève présentera son projet à ses partenaires romands et les informera de son avancement.
Dans la mesure où le problème des cycles dapprentissage est posé un peu partout, on peut espérer une mise en réseau des réflexions et des explorations, qui préparerait une éventuelle démarche coordonnée, dans lesprit dun projet romand.
La rénovation ne part pas de zéro. Elle prolonge au contraire de multiples expériences et recherches conduites autour de léchec scolaire et des pédagogies nouvelles depuis 1975: Fluidité, RAPSODIE, AQUADE, lexpérience UCE, le projet de Cayla, les expériences de nombreuses équipes pédagogiques, les travaux tant des services de recherche ou de didactique que de lUniversité, sans oublier les programmes romands, le développement du soutien pédagogique, la politique dintégration et lensemble des initiatives de la Direction de lenseignement primaire et de ses partenaires. Il reste que la réunion de toutes ces idées en un programme daction assorti dun calendrier et dune démarche progressive va bousculer quelques esprits. Les uns trouveront que le tout est trop avancé, trop fermé, que tout est joué davance. Dautres diront quon saventure en terrain mouvant puisque nombre de questions reste en suspens.
Le groupe qui a préparé ce document présente un cadre minimal non négociable, à partir duquel la discussion peut sengager. Il reste un nombre considérable doptions à prendre, de problèmes à creuser. A cet égard, la rénovation qui s'engage est un chantier plutôt quune réforme livrée clés en main. Les orientations générales et les structures de pilotage dessinées ici devraient permettre de se mettre au travail dans des conditions favorables. Pour le reste, à chacun de retrousser ses manches. La rénovation fera donc lobjet dune négociation dans un double sens, à la manière dont on négocie un virage, en douceur, en changeant de cap dans la continuité; à la manière aussi dont on négocie des contrats, en cherchant des accords qui tiennent compte de la diversité des points de vue et des dynamiques.
On dira sans doute quil est malvenu de proposer une rénovation au moment où les ressources diminuent et où les conditions dencadrement des élèves tendent à se modifier par le double effet des effectifs délèves qui augmentent et des postes denseignants qui diminuent. Peut-être, en effet, pourrait-on souhaiter travailler dans une conjoncture plus facile. Mais les expériences et les débats des dernières années le montrent: lécole primaire est déjà entrée en rénovation.
Il sagit de confirmer ce mouvement sans attendre des jours meilleurs. Même sil existe un consensus sur les grandes lignes, les modalités et le rythme de la rénovation feront lobjet de débats légitimes. Ils ne seront pas escamotés, mais ils ne sauraient justifier lattentisme ou lenlisement. Il est vrai que la rénovation va progressivement changer les rôles de chacun, lorganisation de lécole primaire, la nature du travail quotidien en classe, lévaluation, les modes de coopération entre enseignants, les relations avec les familles. Ces changements, aussi nécessaires soient-ils, peuvent faire peur à chacun. Il importe donc quils sopèrent de façon tranquille, différenciée et négociée. Que chacun donne son opinion, écoute celle des autres et prenne ses responsabilités. On parle beaucoup aujourdhui de la professionnalisation du métier denseignant. La rénovation propose un pas dans ce sens. A chacun de le franchir, à tous les niveaux.
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