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Giairo
Daghini
Le projet territorial
et le paysage
Extrait de FACES n° 50,
hiver 2001-2002, pp. 2-3
Les projets dont il est question ici se confrontent avant
tout avec l'émergence des nouvelles entités
territoriales et paysagères qui caractérisent
la modernité contemporaine. La ville: dans
l'étendue des grandes métropoles qui ne
cessent de proliférer avec leurs paysages
d'autoroutes, d'implantations industrielles, d'artefacts
pour la résidence, pour les loisirs, pour la
consommation et pour la mobilité de masse. La
campagne: avec une agriculture toujours plus
industrialisée. La nature: avec ses espaces
domestiqués, souvent à renaturer. Surtout, ces
projets se confrontent avec l'ensemble de toutes ces
entités imbriquées les unes dans les autres,
traversées par des forces, des mouvements, des
intensités, des vitesses, chargées de
nouvelles fonctionnalités, selon des ordres de
composition ou de hasard qui n'ont pas d'équivalent
dans les temps antérieurs.
La découverte de la mer et de la montagne, comme
jaillissement de couleurs et de sons, comme apparition
d'immensité et de lumière, comme puissance de
matière, comme déchaînement des
éléments, aura contribué à
exprimer le caractère sublime
attribuable au paysage. Mais alors, ces nouvelles
entités paysagères émergeant dans les
métropoles d'aujourd'hui, de quoi sont-elles
expressives aujourd'hui? Tous ces éléments
dans leur ensemble, leur chevauchement, leurs horizons qui
s'entrecroisent, sont expressifs en premier lieu d'une
hybridation. Tout se passe comme s'il y avait de la
ville partout, de la campagne partout, des fragments de
nature artialisés par plans, par pans et cadres
superposés, entremêlés. Un espace
très dense fait de rapports immédiats,
simultanés, de forces qui se modifient sans cesse,
dont la perception et la vision ne semblent plus
réductibles au modèle unique de la
perspective. Déjà, il faudra un autre regard
pour voir ce paysage, il faudra de nouveaux savoirs, de
nouvelles pratiques projectuelles pour en singulariser les
parties. Cette dimension de la spatialité
contemporaine ne peut plus être
représentée à partir de simples
modèles de référence. Elle
doitêtre construite, vécue et projetée
en tenant compte de la singularité d'un lieu, avec
les processus qui s'y déroulent. La
ville-métropole se présente à nous en
effet comme un système de relations et de forces en
mouvement, dont la configuration spatiale n'est plus
donnée dans son ensemble. Le site, soit
déjà construit, soit encore espace ouvert,
devient avec ses forces du dehors, avec son imbrication de
géographie et d'histoire, le moteur et le pli du
projet, le point de départ matériel d'une
territorialisation et le point d'ancrage d'une
expérience de paysage. Face à cette dimension
urbaine fragmentée en hybridation avec la nature -
artialisée ou non -, une telle attitude de projet
appelle un renversement conceptuel important par rapport
à la tradition de l'urbanisme héritée
de la période moderne, qui trop souvent a
projeté ses programmes saturés de fonctions
sans penser aux sites, riches en matière, riches des
espaces du vivant. Le projet territorial et paysager devient
alors un projet local, c'est-à-dire qu'il intervient
au croisement d'espaces singuliers, dont les agencements
peuvent être illimités. Son extension pourrait
même renvoyer à des réseaux de lieux
constitués par le développement de leurs
qualités. Et ces lieux pourraient eux-mêmes
acquérir un caractère civique d'espaces
publics, ainsi qu'une dimension démocratique.
Les projets présentés dans ce dossier se
confrontent à ces questions, en essayant de faire
interagir les forces, les matériaux et les enjeux
domiciliaires de chacun de ces territoires dans leur
singularité. Sur les différentes dimensions
qui lient entre eux le territoire et le paysage dans la
perception et le projet, il conviendra de lire sous la
rubrique Arguments
le texte de Joseph Abram. On trouvera encore une
herméneutique des termes, ainsi qu'une
réflexion sur le projet paysager, dans l'article de
Sylvain Malfroy.
Au moment où la globalisation de l'espace et de la
société atteignent leur paroxysme, il importe
toujours plus de faire des projets territoriaux et paysagers
permettant d'accueillir, dans un lieu physique et mental
défini, l'espace-temps immatériel de l'agora
électronique contemporaine. Comme un habitat de
qualité pour tous. Ce qui n'est guère le cas
jusqu'à présent.
© Faces, 2002
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