Jacques Delors (né en 1925)
Jacques Delors est né à Paris le 20 juillet 1925. Il est modeste employé à la Banque de France et mène parallèlement des études qui garantiront son ascension sociale. Il est aussi actif dans les syndicats chrétiens comme la CFTC. De 1962 à 1969, il est chef de service au Haut-Commissariat général du Plan, une institution inaugurée par Jean Monnet (voir supra) juste après la guerre, puis en 1969 il est nommé Secrétaire général de la Formation permanente. A cette époque, Jacques Delors représente l'aile sociale du mouvement ouvrier chrétien et personnaliste.
En 1969, suite à la démission du Général de Gaulle, son dauphin Georges Pompidou est élu Président de la République. Il nomme un Premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas, chargé de promouvoir un projet de « nouvelle société ». Dans ce gouvernement de droite, Jacques Delors est nommé Conseiller du Premier Ministre pour les questions sociales et contribue à relancer les négociations collectives avec les syndicats et à faire adopter des lois sur la formation.
Après les présidentielles de 1974, qui voient l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Delors adhère au Parti socialiste alors dans l'opposition. Il y joue un rôle de réflexion dans le domaine social, mais aussi économique et monétaire. Lors de la première élection du Parlement Européen au suffrage universel en 1979, il est élu sur la liste socialiste. Au Parlement, il sera désigné Président de la Commission économique et monétaire. C'est alors que survient l'élection de François Mitterrand, le leader des socialistes, à la Présidence de la République en mai 1981. Jacques Delors fait alors figure de personne compétente, modérée et pragmatique, capable de freiner les ardeurs idéologiques de certains socialistes. Il jouera ce rôle comme Ministre des Finances des premiers Gouvernements socialistes dirigés par Pierre Mauroy jusqu'en 1984. Il est alors proposé par François Mitterrand à ses collègues au poste de Président de la Commission européenne. Il prend ses fonctions en janvier 1985 et conservera son poste pendant dix ans, jusqu'en décembre 1994, ce qui constitue un record.
Le nom de Jacques Delors reste profondément associé au processus de relance de la construction européenne qui sera jalonné par l'Acte Unique Européen (1986) et le Traité de Maastricht (1992). Avec des séries de mesures appelées « paquets Delors », il réalise la politique structurelle de la Communauté qui a pour objectif une meilleure cohésion sociale et territoriale par réduction des écarts de développements entre régions. Il est aussi à l'origine du programme d'échange d'étudiants Erasmus ainsi que d'une Charte sociale européenne.
A la fin des années 1980, il réunit un Comité qu'il préside (« Comité Delors ») et qui dessine les trois étapes principales de réalisation graduelle d'une Union Economique et Monétaire et d'une monnaie européenne unique (plus tard appelée « euro »). Ces objectifs et ces étapes seront consignées dans le Traité de Maastricht qui leur donnera force contraignante.
Critiqué par son volontarisme, voire son interventionnisme par certains (on pense notamment à Margaret Thatcher, aux néo-libéraux et aux euro-sceptiques), Jacques Delors aura laissé en 1995 une Union profondément différente de celle, affaiblie, qu'il avait trouvée dix ans auparavant.
Se tenant depuis lors en marge de la politique traditionnelle, il continue d'être actif au plan européen. Il a ainsi présidé le Collège d'Europe de Bruges de 1995 à 1999. Depuis 1996, il est très actif dans l'association et groupe d'études « Notre Europe » dont il est le Président fondateur
