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Valery Giscard D'Estaing (né en 1926)

Fils de diplomate, Valéry Giscard d'Estaing est né en Allemagne, à Coblence. En 1944, alors qu'il a juste dix-huit ans, il s'engage dans l'armée et participe à la Libération, ce qui lui vaudra une haute distinction militaire, la Croix de Guerre. Il fait ensuite des études dans deux très grandes écoles, Polytechnique et l'ENA. Il accède ainsi à la haute administration comme Inspecteur des finances en 1952.

Sa carrière politique débute véritablement en 1959, quand il est nommé Secrétaire d'Etat aux Finances. En 1962, lorsqu'arrive aux affaires un Gouvernement conduit par Georges Pompidou, il occupe le poste-clé de Ministre des Finances et des Affaires économiques. En 1967, il crée un petit parti de notables centristes d'inspiration libérale, la Fédération des Républicains Indépendants, force d'appoint au mouvement gaulliste. Il est à nouveau Ministre de l'Economie et des Finances de 1969 à 1972. Jusqu'à cette époque, son profil est plus celui d'un technocrate très doué que d'un rassembleur politique.

Mais il sait saisir sa chance lorsque, à la suite du décès de Georges Pompidou, une élection présidentielle est organisée en 1974. Il arrive alors à se construire une image de modernité et à devancer le candidat gaulliste, l'ancien Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas. Au deuxième tour, il bat de justesse la gauche, rassemblée derrière François Mitterrand.

Dès son élection, il prend diverses initiatives au plan européen, en étroite concertation avec le nouveau Chancelier allemand social-démocrate Helmut Schmidt, avec lequel il forme un tandem très soudé. Dès 1974, il relance ainsi la coopération politique européenne en créant un Conseil Européen des Chefs d'Etat et de Gouvernement des pays-membres de la Communauté européenne. Ces réunions régulières au sommet se révèlent très utiles pour donner les impulsions et les grandes orientations nécessaires. En 1977, la mission du Conseil européen est précisée : il s'agit non seulement d'échanger des points de vue, mais aussi de faire entendre la « voix de l'Europe » sur des sujets importants, voire de résoudre au plus haut niveau des problèmes difficiles auxquels se heurtent les instances communautaires. Fonctionnant au départ sur une base informelle, le Conseil Européen a été incorporé aux Traités communautaires par l'Acte Unique Européen en 1986.

Durant son septennat, Valéry Giscard d'Estaing prendra des positions en faveur d'un renforcement des institutions communautaires, notamment d'une application plus fréquente du vote à la majorité au Conseil des Ministres, au détriment de l'unanimité souvent paralysante. Il soutiendra le principe de l'élection du Parlement européen au suffrage universel direct, sur lequel un accord sera trouvé en 1976 après des négociations laborieuses. La première élection directe aura lieu en 1979, et ce sera son ancienne Ministre de la Santé, Simone Veil, qui sera élue ensuite Présidente de la nouvelle assemblée (voir infra).

Pour réagir à la crise pétrolière et monétaire de 1973-1974 et faire de l'Europe une zone de relative stabilité des changes en Europe, Valéry Giscard d'Estaing, travaillant en étroite collaboration avec le Chancelier Helmut Schmidt, réussit à mettre sur pied un Système monétaire européen (SME) créant une unité de compte européenne appelée ECU, addition dans des proportions diverses des monnaies nationales membres du système, accompagnée de mécanismes régulateurs limitant les fluctuations des monnaies nationales par rapport à l'ECU. C'est l'ancêtre de l'actuelle monnaie européenne, l'euro.

En mai 1981, Valéry Giscard d'Estaing (48% des voix) est battu par le candidat de gauche François Mitterrand (52%) à l'élection présidentielle. Il retrouve assez vite des mandats électifs au niveau national (député en 1984) ainsi qu'au niveau départemental dans son fief du Puy-de-Dôme et au niveau régional en Auvergne. Peu apprécié par la nouvelle figure de proue de l'opposition, Jacques Chirac, il peine toutefois à jouer à nouveau les premiers rôles au plan national. Ceci expliquant peut-être cela, il s'engage beaucoup sur la scène européenne et internationale.

En 1986, au moment du lancement de l'Acte Unique européen, il crée avec Helmut Schmidt, un peu sur le modèle du Comité d'action de Jean Monnet, un Comité pour l'Union Monétaire de l'Europe, qui publiera en 1988 un programme contenant des propositions utiles qui seront reprises à Bruxelles par le « Comité Delors » (voir infra). De 1989 à 1997, il est Président du « Mouvement Européen international », le groupe de pression pro-européen né du Congrès de La Haye en 1948. Ce poste lui permet de développer des contacts avec l'Europe centrale, où le Mouvement s'implante peu à peu, favorisant les conditions d'une future adhésion de ces pays après la chute du Mur de Berlin. De 1997 à 2004, il préside la plus grande association de pouvoirs locaux en Europe : le Conseil des Communes et Régions d'Europe (CCRE).

En décembre 2001, les chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union Européenne, réunis à Laeken près de Bruxelles, le nomment Président de la Convention pour l'avenir de l'Europe, chargée de donner à l'Union, fonctionnant jusqu'ici sur la base de traités internationaux classiques, des assises constitutionnelles. Les travaux de la Convention, dans lesquels le Président prit une grande part, furent achevés le 15 juillet 2003 et un projet fut transmis aux Gouvernements. Ceux-ci négocièrent sur cette base et signèrent le 29 octobre 2004 le Traité établissant une Constitution pour l'Europe qu'il fallait ensuite ratifier à l'unanimité des 25 pays pour qu'il puisse entrer en vigueur. Mais les échecs en France et aux Pays-Bas des référendums organisés fin mai et début juin 2005 ont suspendu le processus des ratifications.

Valéry Giscard d'Estaing a été élu à l'Académie française en décembre 2003 (au fauteuil numéro 16), succédant au poète et ancien Président du Sénégal Léopold Sédar Senghor (1906-2001).