Louise Weiss (1893-1983)
Née à Arras dans le Nord de la France, Louise Weiss est, dans l'entre-deux Guerres, à la fois pionnière de la lutte pour la reconnaissance des droits politiques des femmes et à la pointe du combat pour une forme d'organisation européenne qui puisse empêcher le retour d'un conflit aussi sanglant que celui de 1914-1918.
Juste avant 1914, elle est reçue à l'agrégation de philosophie. Durant le conflit, elle se charge d'organiser les soins pour les blessés ramenés du front. L'horreur de la Guerre prend ainsi en elle un aspect bien réel. Elle fait aussi ses premières armes de journaliste, sous un nom d'homme, pour que n'en sachent rien ses parents qui n'y voyaient pas là un métier très féminin. En 1917, elle crée une revue qui fera référence durant l'entre-deux Guerres sous le titre significatif de L'Europe nouvelle. Elle « couvre » l'événement de la signature du Traité de Versailles et voyage beaucoup dans les mois suivants, notamment en Europe centrale.
Comme correspondante de L'Europe nouvelle, elle suit attentivement les travaux de la Société des Nations (SdN) établie à Genève, dans ce qui est aujourd'hui le Palais Wilson. Elle est liée d'amitié avec des hommes politiques qui constituent des piliers de cette organisation, censée garantir la paix en Europe et dans le Monde, notamment le Tchèque Edvard Benes et le Français Aristide Briand, tous deux Ministres des Affaires étrangères de leurs pays respectifs. Ce dernier signe en 1925 un accord à Locarno avec son homologue allemand, Gustav Stresemann, qui, en garantissant la frontière occidentale de l'Allemagne, normalise les relations entre la France et l'Allemagne et permet à ce pays d'entrer à la SdN l'année suivante. Prix Nobel de la Paix avec Stresemann en 1926, Briand défend ensuite l'idée, partagée et promue par Louise Weiss dans les colonnes de L'Europe nouvelle, que la paix et la sécurité dépendent étroitement de la réalisation d'une union entre les pays européens. Il soumettra en 1930 un Mémorandum en ce sens, mais qui malheureusement ne donnera rien.
En cette même année 1930, Louise Weiss crée à Paris une Ecole de la Paix qui organise des cycles de conférences sur des thèmes internationaux : la SdN, le projet Briand d'union européenne, l'Allemagne, l'évolution de l'Europe, etc... Mais à partir de 1934, le contexte a tellement changé que ces efforts lui paraissent inutiles désormais. Elle se lance alors dans son autre grand combat : celui de la cause des femmes. Elle crée l'association La femme nouvelle en 1934, essaie de faire adopter sans succès une loi autorisant le vote des femmes pour les élections locales, puis se lance dans une candidature sauvage à la députation aux élections législatives de 1936 dans le cinquième arrondissement de Paris. Elle obtiendra tout de même près d'un tiers des suffrages ! Il s'agissait d'une action spectaculaire parmi d'autres, typiques du féminisme de la période héroïque des « suffragettes ».
Résistante pendant la Guerre 1939-1945 sous le nom de Valentine, Louise Weiss suit en tant que journaliste le procès de Nuremberg où sont jugés les hauts dignitaires nazis en 1945. Elle sillonne ensuite le monde pendant une vingtaine d'années, notamment l'Asie, l'Afrique et le Proche-Orient, d'où elle ramène des documentaires qui illustrent ses conférences.
Elle renoue spectaculairement avec l'Europe à la fin de sa vie, puisqu'en 1979, lors de la première élection du Parlement européen au suffrage universel direct, elle est élue sur la liste gaulliste. Elle devient ainsi la doyenne d'âge du Parlement, et a l'honneur de présider la première session du 17 juillet 1979. Du haut du perchoir, elle assiste ainsi à l'élection de la première femme Présidente du Parlement Européen, Simone Veil.
Dans son discours, elle déplorera que l'on se préoccupe beaucoup de betteraves, de beurre ou de vin, et si peu de développer une conscience européenne chez le simple citoyen. L'enjeu se situe d'après elle beaucoup dans les écoles, où on doit expliquer « qu'à des siècles de conflits et de massacres se substitue aujourd'hui une ère nouvelle fondée en doctrine sur un plus petit dénominateur commun, celui de notre culture ».
