PROJET FNS SOUS LA DIRECTION DE SANDRINE KOTT
Travail des femmes dans un monde en changement. Politiques de l’Organisation Internationale du Travail et travail des femmes (1948-1978)
Women at Work in a Changing World. International Labour Organisation Politics and Working Women (1948-1978)
Collaboratrices scientifiques :
Nora Natchkova
Céline Schoeni
1. Résumé
La problématique du travail, valeur centrale de la structuration des sociétés occidentales, constitue un nœud problématique qui permet de comprendre pour quelles raisons se (re)construisent et se maintiennent les inégalités entre les hommes et les femmes dans une perspective de longue durée et à une échelle internationale. Centré sur l’analyse de l’un des acteurs majeurs de la régulation internationale du travail féminin au 20ème siècle – l’Organisation internationale du travail (OIT) –, le présent projet soumis vise à questionner certains paradigmes établis de la recherche historique en matière de division sexuelle du travail et à faire émerger de nouvelles hypothèses explicatives dans le domaine de l’histoire genrée du travail et des organisations internationales. L’analyse de la période des Trente Glorieuse et des débuts de la guerre froide (1948-1978) privilégiée ici repose une approche heuristique articulant trois niveaux : actions nationales et internationales des femmes, division sexuelle et internationale du travail et redéfinition des rapports de force politiques nationaux et internationaux, compris comme les relations conflictuelles et/ou pacifiées entre acteurs•trices historiques pour l’établissement de norme sociale. Par le croisement ciblé de corpus de sources riches, diversifiés et non investigués à ce jour (archives du Bureau international du travail (BIT), Organisation des Nations Unies, Banque mondiale, Fondation Rockefeller, archives nationales d’Argentine et archives des organisations féminines/féministes), la recherche vise dans un premier temps à enrichir les connaissances historiques sur les politiques normatives de l’OIT envers le travail des femmes. Dans un deuxième temps, l’étude permettra d’articuler les données empiriques sur l’emploi féminin à une analyse des réseaux internationaux féminins/féministes et des acteurs collectifs représentés au sein de l’OIT – gouvernements, organisations patronales et syndicales – dans la redéfinition de la division sexuelle du travail. Troisièmement, grâce à un va-et-vient analytique entre actions normatives et opérationnelles sur le terrain de l’assistance technique en Argentine – notre étude de cas -, la recherche sera en mesure de confronter discours et pratiques, outils qualitatifs et quantitatifs dans le domaine de la politique internationale et sexuée de l’emploi. Trois axes de recherche ont été définis afin d’appréhender d’une manière novatrice la complexité des enjeux liés à l’emploi féminin dans la période étudiée.
a) La recherche montrera dans une première phase en quoi la politique de l’OIT en matière de travail féminin est intrinsèquement liée au nouveau contexte international, à travers l’examen systématique des projets, conventions et normes élaborés par le Service du travail des femmes et des enfants du BIT et adoptés par l’OIT.
b) L’approche choisie repose dans une deuxième phase sur une analyse fine des relations entre les principaux•ales acteurs•trices des politiques décrites au point a): représentant•e•s des gouvernements, organisations patronales et syndicales des pays membres ; réseaux d’expertise du travail féminin ; associations féminines/féministes organisées nationalement et internationalement.
c) Dans une troisième phase, afin de comprendre comment se traduisent sur le terrain les enjeux des nouvelles prérogatives de l’OIT envers le travail féminin à une échelle internationale, nous analyserons le rôle spécifique attribué aux femmes dans le développement de l’assistance technique en nous ciblant sur le cas de l’Argentine.
Le projet de recherche repose sur deux options méthodologiques complémentaires. Premièrement, considérant que la recherche helvétique a toute sa place au sein des questions portées sur les relations internationales, le projet vise à désenclaver une certaine perspective historique trop étroitement nationale par le biais d’une approche d’histoire transnationale. Deuxièmement, la prosopographie des actrices clés dans le domaine étudié, définie comme l’étude qualitative de traits communs et divergents d’actrices individuelles impliquées dans un champ commun en fonction d’une périodisation précise et d’un espace défini, permettra de couvrir les lacunes de l’histoire internationale sur les femmes actrices et de dresser un tableau significatif de leur groupe social sur les scènes nationales et internationale.

