Dès 570, l'architecte Théodoros reconstruit le temple d'Héra. Sur une plate-forme de plus de cent mètres de long (105x52,50 m), il dressa la double colonnade du plan diptère avec huit colonnes en façade principale, dix sur la façade arrière et vingt et une sur les côtés, au total cent quatre colonnes. La cella fut développée, elle aussi, avec ampleur (env. 52,50x25 m); elle était divisée en trois nefs par deux rangées de dix colonnes, et le pronaos, très profond et largement ouvert, comportait aussi deux rangées de cinq colonnes. La division des espaces intérieurs se répercutait sur la disposition des colonnes de façade, placées dans l'alignement des murs et des colonnades intérieures de la cella: les trois travées centrales étaient élargies à la mesure de la largeur des nefs (8,15m au lieu de 5,25m sur les ailes, largeur correspondant à celle des deux galeries latérales de la péristasis). Cette relation entre la répartition des éléments intérieurs et les travées du péristyle déterminait un rythme de huit colonnes sur la façade principale, différent de celui de la façade postérieure, où les colonnes étaient réparties en travées égales. Ainsi tout l'édifice était organisé suivant un dispositif unifié, associant tous les éléments de la composition en un rythme cohérent.
Les colonnes de ce temple, le premier à rassembler toutes les caractéristiques de l'ordre ionique, sont beaucoup plus élancées que leurs soeurs en terre dorique: la hauteur de la colonne correspond à 12 fois le diamètre du fût à sa base, alors que le rapport dans l’ordre dorique est de H=4D ou de H=4,5D au maximum (cette élégance de la colonne restera un élément constant de l’ordre ionique, le rapport hauteur=diamètre de base ne descendant jamais au-dessous de H=8D). Autre élément caractéristique, la forme strictement cylindrique du fût. L’ordre ionique ne connaît pas le renflement (entasis) de la colonne si important dans l’ordre dorique. Quant aux cannelures, elles ressemblent à celles de l’ordre dorique, tout en étant bien plus nombreuses (40 au lieu des 20 que l’on observe normalement dans l’ordre dorique). Mais elles sont encore adjacentes et donc séparées l’une de l’autre par de fines arêtes. Plus tard, ces dernières seront remplacées par des listels. Parmi les différences les plus frappantes entre l’ordre dorique et le nouvel ordre ionique est le fait que les colonnes de ce dernier ne sont pas placées directement sur la crépis, mais sur des bases moulurées (la spira d’abord, à profil concave, puis le torus, à profil convexe), qui elles-même reposent sur un socle quadrangulaire, la plinthe. Les chapiteaux, dont aucun a survécu, était sans doute en bois, comme tout l’entablement d’ailleurs. Mais il est probable qu’ils avaient déjà la forme typique du chapiteau ionique: deux volutes horizontales encadrant des oves et des palmettes.
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