
Composé de deux planches de chêne assemblées verticalement à joint vif, le panneau est aminci et doublé d'un parquetage de conifère probablement à la fin du XIXe siècle. Il nous est néanmoins parvenu dans son format d'origine à en juger par la couche picturale qui déborde sur les tranches du support. Il met en scène la tentation de saint Antoine. Celui-ci est surpris dans sa lecture par des songes diaboliques qu'il tente de conjurer en s'en détournant et qui sont rendus visibles au spectateur. Monstre anthropomorphe coiffé d'une étrange capuche, un démon lui offre d'une part de la nourriture et des richesses matérielles, d'autre part une diablesse indécente, dont il révèle les charmes.
Donné à la ville de Genève en 1890 par Gustave Revilliod comme une œuvre de Lukas Cranach l'Ancien, le tableau appartient à un groupe stylistique associé de manière hypothétique à Jan Wellens de Cock, un peintre leydois établi à Anvers de 1503 à 1527. Il s'inscrit dans une mode qui, générée par les inventions de Jheronimus Bosch et développée par le marché anversois autour de 1520, se focalise sur des sujets alliant l'étrange à l'érotique (incendies, monstres démoniaques, allusions sexuelles, etc.) et se traduit par une exécution fluide, dont la qualité est mise en évidence par la récente restauration (V. Lopes, 2004).
Frédéric Elsig