Signes de notation: pour en savoir plus

Les ligatures trouvent leur origine dans les neumes utilisés aux 9e, 10e et 11e siècles pour la notation du plain-chant. Les neumes étaient des signes mnémotechniques placés au-dessus du texte, indiquant le sens ascendant ou descendant de la mélodie, sans pour autant préciser les hauteurs et le rythme.

Les ligatures représentent donc une version standardisée des neumes, dont elles tirent leur origine.


Les quatre neumes élémentaires sont le punctum, la virga, le clivis et le podatus:

Vers 1150, époque de la notation romaine, ces quatre neumes adoptèrent une forme plus définie:

A l'époque de Notre Dame, vers 1200, ces mêmes symboles furent utilisés pour la notation de la musique polyphonique et se virent donc confier une nouvelle signification métrique:

Par la suite, le spectre des symboles s'élargit, afin d'exprimer d'autres combinaisons, telles qu'elles vous ont été présentées dans le tableau vu précédemment. Les termes proprietate et perfectione, employés dans ce même tableau sans autres explications, vont vous paraître plus clairs si l'on reconsidère l'origine neumatique des ligatures. Le modèle d'origine, une brève suivie d'une longue, fut qualifié de séquence rythmique "propre" et "parfaite": cum (avec) proprietate et cum perfectione. Le premier terme désigne l'initialis et le second la finalis. Déduites de ce modèle de base, les autres ligatures furent alors considérées comme des dérivés imparfaits, auxquels il manque l'un ou l'autre des critères, manque signifié par le terme sine (sans). Par exemple, cum proprietate et sine perfectione signifie que la première note répond au modèle de base et est donc une brève, mais que la deuxième note s'en écarte en étant une brève et non une longue.

Un ajout à ces quatre combinaisons de base doit encore être signalé: la ligatura cum opposita proprietate, caractérisée par une hampe ascendante en début de ligature et déterminant la valeur de deux semibrèves.

Les ligatures furent largement employées dans les manuscrits de la musique polyphonique, soit pour un gain de place dans le cas de mélismes (plusieurs notes pour une syllabe), les notes dans une ligature étant plus serrées que lorsqu'elles sont isolées, soit pour des raisons esthétiques. Petit à petit, elles perdirent leur première importance pour finalement disparaître progressivement au cours du 16e siècle. Seules quelques formes simples survécurent jusqu'au milieu du 17e siècle.