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Jérôme DAVID

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Prof. Jérôme DAVID

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A decouvrir

Spectre de Goethe

Spectres de Goethe. Les métamorphoses de la «littérature mondiale», Paris, Les Prairies ordinaires, 2011.

Prix de l’Essai de l’Institut National Genevois (2012)

La notion de « littérature mondiale » a donné lieu, depuis une quinzaine d’années, à des débats parfois très virulents dans un grand nombre de régions du monde. Ce terme désigne-t-il une réalité ou une idée, voire une utopie ? Un patrimoine esthétique universel ou le levier conceptuel d’une analyse critique ? Est-il suspect d’occidentalocentrisme ou permet-il, au contraire, de rendre justice aux cultures littéraires dites périphériques ? La plupart des réponses à ces questions s’autorisent aujourd’hui d’exégèses souvent antagonistes, mais toujours virtuoses, des quelques réflexions parfois sybillines que Goethe a consacrées à la Weltliteratur entre 1827 et 1832. C’est que l’écrivain allemand est unanimement considéré comme le précurseur d’une histoire véritablement comparée ou globale de la littérature. Ces multiples « retours à Goethe » ont pour effet de nous faire oublier que les propositions contemporaines ne sont pas de simples relances d’un projet qui n’attendrait, depuis près de deux siècles, que d’être enfin réalisé. Les réappropriations dont la notion de « littérature mondiale » a fait l’objet entretemps ne peuvent pas être assimilées à des sortes de faux départs désormais négligeables. Elles tissent au contraire une histoire aux bifurcations méconnues : de Weimar à New York, en passant par Petrograd et Istanbul, de Marx à Moretti, en passant par Gorki, Auerbach ou Said, cet ouvrage relate les métamorphoses d’une ambition tour à tour cosmopolite, militante, éducative, humaniste et critique. Autant d’usages passés qui pèsent sur les controverses actuelles, et dont les traditions concurrentes forment un héritage à la fois méconnu et générateur d’innombrables malentendus.

Balzac

Balzac, une éthique de la description, Paris, Honoré Champion, coll. «Romantisme et modernités», 2010.

Cet ouvrage propose, à partir du cas-limite de La Comédie humaine, une réflexion sur ce que la littérature fait au monde de ses lecteurs. A la croisée du roman historique, du roman sentimental et de la « littérature panoramique », le roman balzacien s’est progressivement confondu avec une politique de la représentation destinée à fournir des cadres collectifs aux expériences bouleversées de la période post-révolutionnaire. Cette communauté que l’oeuvre de Balzac nous invite encore à rejoindre aujourd’hui ne se définit pas par des valeurs, mais par un rapport aux valeurs dont l’éthique se résume en trois mises en garde : « ne généralise pas ton point de vue sur autrui au-delà du degré de généralité que tu accepterais de te voir toi-même imposé» ; « ne t’exclus pas de la communauté que tu décris, et à laquelle tu t’adresses » ; « ne prétends pas juger toi-même de ce que tu es ». Au fil d’une enquête centrée sur l’émergence de la notion de type romanesque, qui fonde le réalisme proprement dit et perdurera jusqu’à sa remise en cause par le Nouveau Roman, c’est toute l’effervescence de la première moitié du XIXe siècle français qui se donne à lire : réception enthousiaste de Walter Scott, transformations de l’historiographie romantique, légitimité littéraire incontestable du roman sentimental, misogynie d’une conception « virile » de l’acte créateur, – et, surtout, politisations différenciées de l’esthétique.

L'implication de texte

L’implication de texte. Essais de didactique de la littérature, Presses universitaires de Namur, 2010.

Comment amener à la littérature de jeunes lecteurs toujours plus imprégnés de ces cultures visuelles que véhiculent la télévision ou les jeux vidéo, et toujours plus familiers de ces rapports à l'écrit que renouvelle l'usage des médias électroniques ? L'enseignement de la littérature doit-il privilégier une acculturation des élèves — qui les ferait passer, parfois avec violence, de leur univers familier à l'étrangeté dense des productions littéraires — ou peut-il prendre le risque d'un ajustement réfléchi des œuvres lues en classe aux habitudes de consommation des adolescents d'aujourd'hui ? Et quelles formes un tel ajustement pourrait-il prendre, s'il s'agit en outre de ne pas apprêter la littérature au point d'en faire un bien culturel comme les autres ? À partir d'exemples précis (tel poème de Baudelaire, de Jaccottet ou de Roubaud, tel roman de Toussaint ou de Chamoiseau), et à la croisée des études littéraires, de la didactique et de la sociologie, cet ouvrage esquisse une solution possible à ce dilemme vécu par tant d'enseignants.

Jean et John Comaroff

Traduction

Jean Comaroff et John Comaroff, Zombies et frontières à l’ère néolibérale : le cas de l’Afrique du Sud post-apartheid, traduction et préface de J. David, Paris, Les Prairies ordinaires, 2010.

En cherchant à décrire les causes et les mécanismes de la violence de la transition néolibérale dans l'Afrique du Sud contemporaine, les Comaroff développent une anthropologie historique de la « culture du capitalisme». Culture, en effet, plutôt que dogme ou idéologie économique : le néolibéralisme, depuis la fin de l'apartheid, n'inspire pas seulement les économistes ou les dirigeants, il imprègne l'univers symbolique des jeunes sans emploi, des botanistes, des membres des ONG ou des chercheurs en sciences sociales. Les zombies, qui prolifèrent aujourd'hui dans le nord du pays, ne sont à cet égard pas les signes d'un retour aux « traditions » ou, pire, les restes d'une supposée « irrationalité » sud-africaine. Ils incarnent, au sens propre autant que figuré, l'une des réponses régionales aux évidences tacites du néolibéralisme, et notamment à ces idées très répandues selon lesquelles on peut consommer sans produire, s'enrichir sans effort, travailler sans s'inscrire dans un lieu et vendre son corps organe par organe. Les zombies sont les plus flexibles et les moins protestataires des ouvriers ; leur disponibilité représente le comble de la main-d'œuvre en régime néolibéral. Inscrits dans un imaginaire mondialisé nourri de l'esthétique des films de Romero et des clips de Michael Jackson, ils exemplifient cette promesse d'accumulation presque magique de la richesse qui séduit toujours plus d'habitants de la planète. En ce sens, le cas sud-africain est un révélateur inédit des économies de transition et, de façon plus décisive encore, le miroir grossissant d'une « culture du capitalisme » qui prospère dans le monde entier, avec son lot d'inconséquences et de superstitions. Qu'est-ce que le zombie, sinon la contrepartie clandestine et ténébreuse de l'euromillion ? Et les sociétés du Sud, sinon les laboratoires privilégiés d'analyse de ce que sont déjà, ou en passe de devenir, les pays du Nord ?

Domaines de recherche

  • Histoire comparée de la littérature et des sciences sociales
  • Mondialisation culturelle et histoire globale de la littérature
  • Théorie esthétique
  • Didactique de la littérature

Enseignements

Bibliographie sélective

Directions d'ouvrages collectifs et de numéros de revue

  • La mondialisation culturelle (XIXe-XXIe siècles), en coll. avec Thomas David, sous la dir., Gollion, Editions Infolio, coll. «Testimonia», à paraître.
  • «La littérature au premier degré», Versants. Revue suisse des littératures romanes, n° 57, 2010.
  • «Histoire globale», en coll. avec T. David et B. Lüthi, Traverse. Revue d’histoire, n° 3, 2007.
  • «Frédéric Le Play. Anthologie», en coll. avec S. Baciocchi, Etudes sociales, n° 142-144, 2005-2006.
  • «Les contextes de la littérature : études littéraires, sciences sociales, épistémologie», Etudes de lettres,   n° 2, 2001.

Sélection d'articles

     2013

  • «The Four Genealogies of World Literature», in J. Küpper, Approaches to World Literature, Berlin, De Gruyter, 2013.

    2012

  • «Les ontologies urbaines de la littérature : l’exemple de la flânerie parisienne avant Baudelaire», in Le Globe, n° 152, 2012, pp. 23-42.

    2011

  • «Baudelaire à Bruxelles. Style de la flânerie et individuation esthétique», in L. Jenny, sous la dir., Le style en acte. Pour une pragmatique du style, Genève MétisPresses, 2011, p. 87-98.

    2010

  • «Une réalité à mi-hauteur : exemplarités littéraires et généralisations savantes au XIXe siècle», in Annales. Histoire, sciences sociales, n° 2 («Savoirs de la littérature»), 2010, p. 263-290.
  • «La marche des temps : sociologie de la littérature et historicité des œuvres», in Contextes, revue en ligne, n° 7, 2010.
  • «L’institution imaginaire de la fiction», in C. Grall et M. Macé, sous la dir., Devant la fiction, dans le monde, Presses Universitaire de Rennes, 2010, p. 177-194.
  • «La didactique de la littérature : impasses et promesses», in M. Burger, Langues et littératures pour l’enseignement du français en Suisse romande : problèmes et perspectives, Lausanne, Cahier du Centre de Linguistique et des Sciences du Langage, 2010, p. 77-89.

    2007

  • «Ontologie letterarie dello spazio parigino : romiti et “flâneurs” del primo ottocento», in Quaderni Storici, n° 125 («Morfologie urbane»), 2007, p. 433-460.
  • «Le sens pratique du détail», in B. Lyon-Caen et A. Del Lungo, sous la dir., Signes, déchiffrement, interprétation, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 2007, p. 77-90.
  • «Combien y a-t-il eu de Le Play ? Le lieu de mémoire leplaysien à l’épreuve des archives», in F. Cardoni et A. Savoye, sous la dir., Frédéric Le Play. Parcours, audience, héritage, Paris, Presses de l’École des Mines, 2007, p. 273-276.

    2006

  • «Sur un texte énigmatique de Pierre Bourdieu», in A contrario, vol. 4, n° 2 («Littérature et sciences sociales»), 2006, p. 71-84 [Prix Jubilé de l’Académie Suisse des Sciences Humaines et Sociales] — [traduction anglaise de John Speller, «On an Enigmatic Text by Pierre Bourdieu», in Paragraph, vol. 35, 2012, p. 115-130].
  • «Avez-vous lu Le Play ? Note sur la genèse des Ouvriers européens», in Revue d’histoire des sciences humaines, n° 15 («Naissance de la science sociale, 1750-1850»), 2006, p. 89-102.
  • «Agents littéraires et foires internationales du livre : premiers jalons d’une recherche en cours», in Etudes de lettres, n° 1-2 («La circulation internationale des littératures»), 2006, p. 81-97.
  • «Rebarbariser Balzac», in T. Hunkeler et S. Jeanneret, sous la dir., Stratégies du contexte, Berne, Peter Lang, 2006, p. 45-60.

    2005

  • «Propositions pour une macrohistoire de la littérature mondiale», in C. Pradeau et T. Samoyault, sous la dir., Où va la littérature mondiale ?, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 2005, p. 115-138.

    2004

  • «La norme descriptive du budget dans les monographies leplaysiennes et les romans balzaciens», in Etudes sociales, n° 138 («Revisiter les monographies»), 2004, p. 73-95.
  • «Variations d’autorité et stratégie du nom d’auteur : de Balzac à de Balzac et retour», in Carnets de bord, n° 7 («L’autorité»), 2004, p. 20-31.

    2003

  • «La “décolonisation de la littérature” : altérité mêlée et ethnologie de soi», in J. K. Bisanswa et M. Tétu, sous la dir., Francophonie au pluriel, Québec, CIDEF-AFI, 2003, p. 99-109.
  • «Le jeu sérieux de l’ironie profonde», in E. Bordas, sous la dir., Ironies balzaciennes, Saint-Cyr-sur-Loire, Christian Pirot Editeur, 2003, p. 55-73.
  • «Régimes descriptifs du XIXe siècle : le typique et le pittoresque dans l’enquête et le roman», in G. Blundo et J.-P. Olivier de Sardan, sous la dir., Pratiques de la description, Paris, Ed. de l’EHESS, 2003, p. 185-210.
  • «Classification des transsexuels et normativité des savoirs. Un entretien avec Pierre-Henri Castel», in Carnets de bord, n° 6 («Espèce de…»), 2003, p. 83-90.

    2002

  • «La sociologie est-elle soluble dans l’histoire littéraire ? Entretien avec Jérôme Meizoz à propos de L’âge du roman parlant (1919-1939)», in Carnets de bord, n° 3, 2002, p. 53-59 [reproduit in Jérôme Meizoz, L’œil sociologique et la littérature. Essai, Genève, Slatkine Erudition, 2004, p. 85-101].

    2001

  • «Les “tableaux” des sciences sociales naissantes : comparatisme, statistique, littérature», in Revue d’histoire des sciences humaines, n° 5 («La littérature, laboratoire des sciences sociales ?»), 2001, p. 37-59.
  • «Les fantômes des Annales : naissance d’une écriture “vivante” de l’histoire», in Carnets de bord, n° 2 («Sciences et pathologies»), 2001, p. 44-55.

    2000

  • «Identité linguistique et construction culturelle d’une posture de parole: le conteur dans la littérature créole de langue française», in L. Adert et E. Eigenmann, sous la dir., L’histoire dans la littérature, Genève, Droz, 2000, p. 227-237.

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