BA7, SE02: Lecture de textes philosophiques
Séminaire des Assistants
Fabrice CORREIA, Julien DEONNA, Julien DUTANT, Amanda GARCIA, Ghislain
GUIGON, Philippe KELLER, Olivier MASSIN, Anne MEYLAN, Flavia PADOVANI
Les adresses email sont sur la page des
enseignants.
BA7 : Philosophie 7, code 3I022
SE02 Séminaire des assistants : Lecture de textes philosophiques
Vendredi 16-18, Salle B109
Voyez également la page Dokeos
du séminaire.
Le but du séminaire est d'entraîner les étudiants à l'argumentation
philosophique à un niveau avancé. Nous lirons et discuterons des textes
contemporains sur une variété de sujets, dont une majorité sont considérés
comme des classiques sur des thèmes comme les événements, le temps, les
universaux, les objets ordinaires, la contradiction, le vague, le
scepticisme, la justification épistémique, la perception, la conscience, la
liberté ou le libre-arbitre. Le séminaire sera aussi l'occasion de pratiquer
la lecture de textes en anglais, les aptitudes à la présentation orale, et
d'élargir ses horizons philosophiques en abordant de manière rigoureuse des
questions plus marginales comme la preuve ontologique de l'existence de Dieu,
le "bullshit" ou la perversion sexuelle.
Les textes sont disponibles sur la page
Dokeos du séminaire, et dans un classeur à la bibliothèque. Tous les
étudiants devront lire chaque article avant la séance, et envoyer deux
questions sur celui-ci par email à l'enseignant responsable de la séance.
Chaque étudiant devra en outre choisir plusieurs articles (suivant le nombre
d'étudiants inscrits), pour lesquels il préparera une fiche de lecture d'une
page, contenant un résumé et des pistes de discussion, qu'il lira en début de
séance. L'étudiant rédigera après la séance une discussion un peu plus longue
de l'article, et l'ensemble de ces résumés et discussions constituera son
attestation (une douzaine de pages). A la fin de l'année, les étudiants
choisiront une dizaine d'articles (à l'exclusion de ceux qu'ils auront
présentés), et seront interrogés sur l'un d'entre eux (oral de 30 min,
article mis à la disposition de l'étudiant).
Vous trouverez ci-dessous la liste des articles parmi
lesquels les étudiants choisiront ceux que nous discuterons (sujette à
quelques modifications ponctuelles si besoin est). Un peu
plus bas, vous trouverez une brève présentation de chaque article, ainsi
que les références complètes.
Métaphysique
- DAVIDSON, Donald, 1969, "L'individuation des
événements", (Anne Meylan, SA)
- QUINE, Williard van Orman, 1969, "Espèces
naturelles", (Ghislain Guigon, SP)
- LEWIS, David K., 1983, "Nouvelle tâche pour
une théorie des universaux", (Ghislain Guigon, SP)
- * TICHY, Pavel, 1979, "Existence and
God" (Ghislain Guigon, SP)
- * LEWIS, David, 1976, "The Paradoxes of Time
Travel", (Fabrice Correia, SA ou SP).
- * LEWIS, David, 1993, "Many, but Almost
One", (Fabrice Correia, SA ou SP)
- * FINE, Kit, 1982, "Acts, Events and
Things", (Fabrice Correia, SA ou SP)
- * VAN CLEVE, James, 1985, "Three Versions of
the Bundle Theory", (Olivier Massin, SA ou SP)
- * LEWIS, David K., 1984, "Putnam's
Paradox", (Philipp Keller, SA ou SP)
Logique et Langage
- * PRIOR, Arthur, 1959, "Thank Goodness That's
Over", (Fabrice Correia, SA ou SP).
- * PRIEST, Graham, 1998, "What is so Bad about
Contradictions?", (Fabrice Correia, SA ou SP).
- * CARGILE, James, 1969, "The Sorites
Paradox", (Ghislain Guigon, SP).
- PUTNAM, Hilary, 1967, "Signification et
référence", (Julien Dutant, SA).
- PERRY, John, 1979: "Le problème de l'indexical
essentiel", (Julien Dutant, SA)
Connaissance
- QUINE, Willard van Orman, 1953, "Les deux
dogmes de l'empirisme" (Flavia Padovani, SP)
- * UNGER, Peter, 1971 "A Defence of
Skepticism", (Ghislain Guigon, SP)
- GOLDMAN, Alvin, 1979, "Qu'est-ce qu'une
croyance justifiée", (Anne Meylan, SA).
- SOSA, Ernest, 1980, "Le radeau et la
pyramide", (Anne Meylan, SA).
- LEWIS, David, "Insaisissable
connaissance", (Julien Dutant, SA)
- * KEELEY, Brian L., 1999, "Of Conspiracy
Theories" (Philipp Keller, SA ou SP)
- STURGEON, Scott, 1993, "The Gettier
Problem", (Julien Dutant, SA)
- GRECO, John, 2003, "Knowledge as Credit for
True Belief" (Julien Dutant, SP)
Esprit et Action
- DAVIDSON, Donald, 1967, "Actions, Raisons et
Causes", (Julien Deonna, SA ouSP)
- DAVIDSON, Donald, 1969, "Comment la faiblesse
de la volonté est-elle possible?", (Amanda Garcia, SP)
- * DRETSKE, Fred, 1979, "Simple
seeing",(Olivier Massin, SA ou SP)
- NAGEL, Thomas, "Ce que cela fait d'être une
chauve-souris", (Julien Dutant, SA)
- * NAGEL, Thomas, 1969, "Sexual
Perversion", (Philipp Keller, SA ou SP)
Ethique et Politique
- * FRANKFURT, Harry, 1994, "Autonomy, Necessity
and Love", (Julien Dutant, SA)
- * FELDMAN, Fred, 2002, "The Good Life: a
defense of attitudinal hedonism", (Olivier Massin, SA ou SP)
- FRANKFURT, Henry, 1986, "De l'art de dire des
conneries", (Julien Dutant, SA).
- * FRANKFURT, Harry. 1971. "Freedom of the Will
and the Concept of a Person" (Julien Dutant, SA)
- * FRANKFURT, Harry. 1969, "Alternate
Possibilities and Moral Responsibility", (Julien Dutant, SA)
- NAGEL, Thomas, 1979, "La fortune
morale", (Julien Dutant, SA)
- WALDON, Jeremy, 1981, "A Right to Do
Wrong" (Anne Meylan, SP)
- 21 sept: séance d'information
- 28 sept: pas de séance
- 5 oct: Rodrigo Cortesão: Harry Frankfurt, "On Bullshit" (Julien
Dutant)
- 12 oct: Gabriel Carnino: Harry Frankfurt, "Autonomy, Necessity and
Love" (Julien Dutant)
- 19 oct: Stefan Heeb: Harry Frankfurt, "Freedom of the Will and the
Concept of a Person" (Julien Dutant)
- 26 oct: Pablo Carnino: Graham Priest, "What is so bad about
contradictions?" (Fabrice Correia)
- 2 nov: Lorcan Meyfarth: Dretske, "Simple Seeing" (Olivier Massin)
- 9 nov: Alan Monnat: Nagel, "La perversion sexuelle" (Philipp Keller)
- 16 nov: Stefan Heeb: Frankfurt, "Alternative Possibilities and Moral
Responsibility" (Amanda Garcia)
- 23 nov: Rodrigo Cortesão: Nagel, "Ce que cela fait d'être une
chauve-souris" (Olivier Massin)
- 30 nov: Lorcan Meyfarth: Keeley, "Conspiracy Theories" (Philipp
Keller)
- 7 dec: Gabriel Carnino: Lewis, "Paradoxes of Time Travel" (Fabrice
Correia)
- 14 dec: Pablo Carnino: Lewis, "The Problem of the Many" (Fabrice
Correia)
- 21 dec: Alan Monnat: Pavel Tichy, "The Existence of God" (Ghislain
Guigon)
- 21 fev: Gabriel Carnino: Jeremy Waldron, "A Right to Do Wrong" (Anne
Meylan)
- 28 fev: Lorcan Meyfarth: Fred Feldman, "Attitudinal Hedonism" (Olivier
Massin)
- 7 mar: assistance à la conférence d'Anne Meylan et Olivier Massin sur
la valeur de la connaissance
- 14 mar: Rodrigo Cortesão: Peter Unger, "A Defence of Skepticism"
(Julien Dutant)
- 4 avr: Pablo Carnino: Quine, "Espèces Naturelles" (Ghislain Guigon)
- 11 avr: Stefan Heeb: Hart, "Are there any natural rights?" (Ghislain
Guigon et Olivier Massin)
- 18 avr: Alan Monnat: Scott Sturgeon, "The Gettier Problem" (Julien
Dutant)
- 25 avr: assistance à deux conférences du colloque Epistemic Agency
- 2 mai: Jessica Pallie: Kit Fine, "Actions Events and Things" (Julien
Dutant et Luc Schneider)
- 9 mai: John Greco: "Knowledge as Credit for True Belief" (Julien
Dutant)
- 16 mai: David Furrer et François Jaquet: R.M. Hare, "Objective
Prescriptions" (Ghislain Guigon)
Les articles marqués d'une * sont en anglais.
Métaphysique
DAVIDSON, Donald, 1969, "
L'individuation des
événements", in Davidson,
Actions et événements, PUF,
219-243.
- Anne Meylan, SA.
- Résumé: à venir
QUINE, Williard van Orman, 1969, "
Natural
Kinds", in Quine,
Ontological Relativity and Other Essays,
Columbia University Press, pp. 114--138. Trad. fr. "Espèces Naturelles" in
"La relativité de l'Ontologie".
- Ghislain Guigon, SP
- Résumé: à venir
LEWIS, David K., 1983, "
New Work for a Theory of
Universals",
Australasian Journal of Philosophy, 61:4,
343-377, trad.fr. "Une nouvelle tâche pour la théorie des universaux".
(extraits).
- Ghislian Guigon, SP
- Résumé: à venir
*
TICHY, Pavel, 1979, "
Existence and
God", Journal of Philosophy, 197, pp.430-420.
- Ghislian Guigon, SP
- Résumé: à venir
*
LEWIS, David, 1976, "
The Paradoxes of Time
Travel",
Americain Philosophical Quarterly, 13:2,
145-152.
- Fabrice Correia, SA ou SP
- Vous êtes à bout, et voulez vous suicider. Vous avez un revolver, mais
vous êtes trop déprimé pour le faire. Vous vous dites que si vous aviez
une machine à remonter le temps, vous l'utiliseriez pour revenir dans le
passé et vous tuer vous-même. Alors que vous commencez à vous interroger
sur la cohérence de cette idée, vous voyez soudain quelqu'un surgir de
nulle part, qui s'avance avec un revolver pointé sur vous. En fait il
vous ressemble parfaitement, à ceci près qu'il a l'oeil gauche en sang.
Vous le regardez droit dans les yeux, calmement. Il tire. Vous sentez une
vive douleur à l'oeil gauche, titubez, et tombez par accident dans un
cube à l'allure étrange. Vous perdez conscience. Quand vous vous
réveillez, vous sortez du cube, et vous voyez quelqu'un qui vous fixe
calmement. Vous réalisez que c'est vous-mêmes quelques instants plus tôt.
Vous ressentez une douleur terrible. Cela doit s'arrêter, vous ne le
supportez plus, vous devez le tuer, le tuer une fois pour toutes. Vous
tirez, mais votre vue est mauvaise et vous ne réussissez qu'à le blesser
à l'oeil gauche. Il titube et tombe dans le cube. (tiré de Frank
Artzenius et Tim Mauldin, "Time Travel", Stanford Encyclopedia of
Philosophy)
*
LEWIS, David, 1993, "
Many, but Almost
One",
Ontology, Causality, and Mind: Essays on the Philosophy of
DM Armstrong, pp. 163-182, reprinted in Lewis,
Papers in Metaphysics
and Epistemology, Cambridge University Press, 1999. (Fabrice Correia, SA
ou SP)
- Fabrice Correia, SA ou SP
- Prenez un chat, Tibbles, posé sur un tapis. Certains de ses poils sont
bien fixés, certains sont sur le point d'être détachés, d'autres sont
détachés mais tiennent en étant mêlés aux autres, d'autres sont dans la
fourrure, mais prêts à en tomber, d'autres sont sur le tapis. Qu'est-ce
que Tibbles? Est-ce le chat qui contient tous ces poils, ou seulement
certains de ceux-ci? On a ici une multitude d'objets distincts qui sont
tous d'aussi bon candidats au titre d'être Tibbles. Alors combien y
a-t-il de chats sur le tapis? Le même problème se pose pour les nuages,
clous qui commencent à rouiller, les boules de neige, vous-mêmes, et tous
les objets ordinaires.
*
FINE, Kit, 1982, "
Acts, Events and
Things",
Language and ontology, pp. 97-105.
- Fabrice Correia, SA ou SP
*
VAN CLEVE, James, 1985, "
Three Versions of the
Bundle Theory",
Philosophical Studies, 47:1, pp.95-107.
Logique et Langage
*
PRIOR, Arthur, 1959, "
Thank
Goodness That's Over", Philosophy, Vol. 34, No. 128 (Jan.,
1959), pp. 12-17.
- Fabrice Correia, SA ou SP
- Selon la conception traditionnelle du langage, les affirmations
expriment des propositions éternelles. Ainsi, "le repas a eu lieu hier"
servirait à affirmer que le repas a eu lieu la veille du jour où la
phrase est énoncée, ou que le repas a eu lieu le 17 juin 2006 (par
exemple). Prior soutient que cette conception ne peut pas rendre compte
de certaines affirmations. Par exemple, celui qui dit "Dieu merci, c'est
fini!" ne veut pas dire quelque chose comme "Dieu merci, la fin de cet
événement a eu lieu le 15 juin 1954". Cela conduit Prior à défendre la
notion de propositions temporelles, qui peuvent être vraies un jour mais
fausses le lendemain.
*
PRIEST, Graham, 1998, "
What is so Bad
about Contradictions?", The
Journal of Philosophy,
95:8, pp. 410-426.
- Fabrice Correia, SA ou SP
- Graham Priest soutient qu'il n'y a rien de mal à croire quelques
contradictions. Ils rejette des arguments courants contre cette idée, à
savoir que les contradictions impliquent tout, qu'elles ne peuvent pas
être vraies, qu'elles ne peuvent pas être rationnellement crues, que s'il
était acceptable de les croire, on ne pourrait jamais critiquer
quelqu'un, et que s'il était acceptable de les croire, personne ne
pourrait rien nier.
*
CARGILE, James, 1969, "
The Sorites
Paradox", The British Journal for the Philosophy of Science,
20:3, pp. 193-202.
- Ghislain Guigon, SP
- Supposez qu'une caméra filme un tétard placé dans un aquarium pendant
trois semaines. Si la caméra prend 24 images par secondes, nous aurons
43.545.600 images. L'image 0 montre un têtard. L'image 43.545.600 ne
montre pas un tétard. Mais par des principes de base logiques et
mathématiques, cela implique qu'il existe un n tel que l'image
n montre un tétard et l'image n+1 ne montre pas un
têtard. Mais il est implausible de penser que le têtard cesse d'en être
un en 1/24e de seconde! James Cargile discute plusieurs façons de
résoudre ce problème: s'il faut abandonner la logique, considérer qu'à un
certain point il n'est ni vrai ni faux que l'animal est un têtard,
admettre des degrés de vérité, et d'autres.
PUTNAM, Hilary, 1975, "
Meaning and
Reference∞",
Journal of
Philosophy, 70/19, pp. 699-711. trad fr. "Signification et réference",
15 pages (par B. Sylvand, non publiée, mais mise à disposition des
étudiants).
- Julien Dutant, SA
- Putnam défend la thèse que "les significations ne sont pas dans la
tête", c'est-à-dire que les significations de certains mots (comme "eau"
ou "or") ne sont pas fixés par ce que nous croyons à propos de celles-ci
(nos théories), mais par notre environnement. Il s'appuie notamment sur
l'expérience de pensée de la Terre-Jumelle, où l'on imagine une planète
entièrement identique à la nôtre, à ceci prêt que le liquide incolore et
inodore qu'on y trouve dans les lacs et les rivières a une autre nature
chimique que celui de la Terre.
PERRY, John, 1979: "
The Problem of
the Essential Indexical",
Nous 13:1, p.3-21. Trad fr.
"Le problème de l'indexical essentiel", in Perry,
Problèmes
d'indexicalité, Editions CSLI, 1999, pp.37-64. ~-Julien Dutant, SA
- Perry remarque que le pronom "je" est indispensable pour attribuer
certaines croyances. Par exemple, ce n'est pas la même chose pour moi de
croire que cette personne a son pantalon en feu que de croire
que mon pantalon est en feu, même s'il se trouve que la personne
en question, dans le premier cas, c'est moi que je vois dans un miroir.
Perry soutient que ce fait invalide plusieurs analyses de la croyance (et
plus généralement des états mentaux), comme celle selon laquelle les
croyances sont des relations d'un sujet à une proposition, et que pour en
rendre compte il faut distinguer les états de croyance des objets de
croyance.
*
LEWIS, David K., 1984, "
Putnam's
Paradox",
Australasian Journal of Philosophy 62:3, pp.
221-236, reprinted in Lewis,
Papers in Metaphysics and Epistemology,
Cambridge University Press, 1999, pp.56-77.
- Philipp Keller, SA ou SP
- "Putnam a construit une bombe qui menace de détruire la philosophie
réaliste telle que nous la connaissons et que nous l'aimons. Il explique
comment il a appris à cesser de s'inquiéter et à aimer la bombe. Il se
réjouit du nouvel ordre des choses qu'elle amènera. Mais nous qui
continuons de vivre dans la zone ciblée, nous ne sommes pas d'accord. La
bombe doit être interdite. La thèse de Putnam (la bombe) est que, en
vertu de considérations issues de la théorie de la référence, cela n'a
pas de sens de supposer qu'un théorie empirique idéale, aussi vérifée que
possible, puisse néanmoins être fausse parce que le monde n'est pas comme
la théorie dit qu'il est." (Lewis, "Putnam's Paradox").
Connaissance
QUINE, Willard van Orman, 1951, "
Two Dogmas of
Empiricism∞",
The
Philosophical Review 60, pp. 20-43, repris et remanié dans W.V.O. Quine,
From a Logical Point of View, Harvard University Press, 1953; 2e ed.
révisée 1961. Trad. fr. de la version remaniée "
Les deux dogmes de
l'empirisme", in Pierre Jacob (dir),
De Vienne à Cambridge,
Gallimard, 1980, pp.93-121.
- Flavia Padovani, SP
- Cet article attaque deux "dogmes" de l'empirisme logique (la première
philosophie analytique, de Carnap, Hempel, Ayer, et d'autres): (a) la
distinction entre des énoncés analytiques, vrais en vertu de leur
signification, et synthétiques, vrais en vertu de l'état du monde, et (b)
le réductionnisme (sémantique), selon lequel les énoncés n'ont de sens
que s'ils sont traductibles en termes observables. Ces "dogmes"
permettaient aux empiristes logiques à la fois d'expliquer que la logique
et les mathématiques étaient connus a priori et de rejeter la
métaphysique comme un non-sens. Les conséquences sont radicales: sans
analyticité, plus d'analyse conceptuelle, et sans analyse conceptuelle,
plus de philosophie de fauteuil: les philosophes n'ont plus qu'à rendre
leur tablier et laisser la place aux sciences empiriques. Paradoxalement,
beaucoup de philosophes s'accordent aujourd'hui à penser à la fois que
l'article de Quine est largement tenu pour avoir signé la mort de
l'empirisme logique et de la distinction analytique/synthétique, mais que
ses arguments sont défectueux. A vous d'examiner les choses de plus près!
*
UNGER, Peter, 1971 "
A Defence of
Skepticism",
The Philosophical Review, 80:2 (Apr., 1971),
pp. 198-219.
- Ghislain Guigon, SP
- Peter Unger défend l'idée que de la même façon qu'à strictement parler
rien n'est véritablement plat ou vide, à strictement parler nous ne
savons presque rien - pas même que nous ne savons presque rien.
GOLDMAN, Alvin, 1979, "
What is justified
belief?", in G.S. Pappas,
Justification and Knowledge,
Dordrecht, Reidel. Trad. fr. "Qu'est-ce qu'une croyance justifiée?", in J.
Dutant et P. Engel (eds)
Philosophie de la Connaissance, Paris,
Vrin, 2005.
- Anne Meylan, SA
- Selon Goldman, la justification de nos croyances ne dépend pas des
raisons que nous pouvons donner en leur faveur, ni de l'évidence qu'elles
peuvent avoir en elle-même ou du fait de notre expérience sensible, mais
de l'origine de ces croyances: elles sont justifiées si elles résultent
d'un processus cognitif fiable (une mémoire qui fonctionne bien, des
organes de la vision en bonne santé, etc.). Cela implique, notamment,
qu'une croyance peut être justifiée sans que nous sachions qu'elle l'est,
ou en d'autres termes, que notre rationalité n'est pas transparente à
nous-mêmes.
SOSA, Ernest, 1980, "
The Raft and the
Pyramid",
Midwest Studies in Philosophy, 5. Trad. fr. "Le
Radeau et la Pyramide", in J. Dutant et P. Engel (eds)
Philosophie de la
Connaissance, Paris, Vrin, 2005, pp.143-178.
- Anne Meylan, SA
- Selon les épistémologues traditionnels (fondationnalistes), nos
croyances forment une pyramide où des croyances de base soutiennent
toutes les autres. Selon d'autres (cohérentistes), nos croyances sont
comme les éléments d'un radeau qui se soutiennent les uns les autres sans
qu'aucune sous-partie ne soutienne tous les autres. Sosa soutient que
tous sont obligés une forme plus abstraite de fondationnalisme, le
fondationnalisme formel, et défend le fondationnalisme traditionnel.
LEWIS, David, "
Elusive Knowledge",
Australasian Journal of Philosophy, 74:4, pp.549-567. Trad. fr.
"Insaisissable connaissance", in J. Dutant et P. Engel (eds)
Philosophie
de la Connaissance, Paris, Vrin, 2005, pp.353-390.
- Julien Dutant, SA
- A première vue, on sait que si on n'aurait pas pu se tromper. Je peux
deviner sur quelle face le dé va tomber, mais pas le savoir, parce qu'il
aurait pu tomber sur une autre face et je me serais trompé. Le problème,
c'est qu'en y réfléchissant bien, il y a des possibilités d'erreur
partout: complots de la CIA, hallucinogènes dans l'eau du robinet,
conspirations de menteurs, ou un malin génie. C'est pourquoi le sceptique
semble avoir raison. Mais c'est un fait qu'il n'a pas raison: nous savons
beaucoup de choses! Pour affirmer cela, il semble qu'il faille se
résigner à être faillibiliste, c'est-à-dire à admettre qu'on sait mais
qu'on peut se tromper. Lewis propose une théorie contextualiste de la
connaissance, qui selon lui permet d'éviter à la fois les écueils du
fallibilisme et du scepticisme, mais en passant tout près de chacun.
*
KEELEY, Brian L., 1999, "
Of Conspiracy
Theories"
Journal of Philosophy, 96:3, pp.109-126.
- Philipp Keller, SA ou SP
- Keeley attaque l'intuition forte et largement partagée selon laquelle
on peut isoler un ensemble d'explications, les théories de la
conspiration infondées, auxquelles nous ne devrions pas donner notre
assentiment, par définition. Autrement dit, qu'il y aurait des critères
pour distinguer les bonnes théories de la conspiration des mauvaises.
* GRECO, John, 2003, "Knowledge
as Credit For True Belief", in Intellectual Virtue: Perspectives from
Ethics and Epistemology, Michael DePaul and Linda Zagzebski, eds,
Oxford: Oxford University Press, 2003.
- Julien Dutant, SA ou SP
- Greco défend une analyse de la connaissance comme "crédit pour une
croyance vraie". Lorsqu'au football un joueur marque un but par ses
capacités, on lui "crédite" ce succès; par contre, s'il le marque par
accident (sa tête se trouvait accidentellement sur la trajectoire de la
balle, la dévie et trompe le gardien), on ne le lui "crédite" pas. De la
même façon, soutient Greco, un sujet sait lorsqu'il mérite du "crédit"
pour avoir une croyance vraie. Greco défend cette analyse en montrant
qu'elle permet de résoudre deux problèmes du fiabilisme classique: les
cas Gettier et les cas de loterie.
Philosophie de l'Esprit et de l'Action
DAVIDSON, Donald, 1967, "
Actions,
Reasons and Causes∞",
reprinted in Davidson,
Essays on Actions and Events, Oxford
University Press, 1980. Trad.fr. P. Engel, "
Actions, Raisons et
Causes" in Davidson,
Actions et Evénements, Paris, PUF,
1993, pp.15-36.
- Julien Deonna, SA ou SP
- Davidson soutient que l'explication d'une action par des raisons (par
ex, "Jean est rentré parce qu'il avait froid") suppose que les raisons
qu'avaient l'agent ont causé son action. Davidson y critique les théories
wittgensteiniennes de l'explication des actions selon lesquelles
l'explication par les raisons est d'un autre genre que l'explication
causale qu'on trouve dans les sciences de la nature.
DAVIDSON, Donald, 1969, "
How is Weakness of the Will
Possible", reprinted in Davidson,
Essays on Actions and
Events, Oxford University Press, 1980. Trad.fr. Davidson,
Actions et
événements, Paris, PUF, 1993.
*
DRETSKE, Fred, 1979, "
Simple seeing",
Body, Mind and Method, pp.1-15, reprinted in Dretske,
Perception, Knowledge, and Belief, Selected Essays, Cambridge
University Press, 2000, pp. 97-113.
- Olivier Massin, SA ou SP)
- Soutient qu'il existe un voir simple, dénué de contenu de croyance
positif, par exemple, que quelqu'un peut voir une table sans voir que
c'est une table, ni même avoir aucun autre concept de celle-ci.
NAGEL, Thomas, "
What is it like to be
a bat",
The Philosophical Review 83:4, pp. 435-50. Trad
fr. "Ce que la fait d'être une chauve-souris?", in Nagel,
Questions
mortelles, PUF, 1983.
- Julien Dutant, SA
- Nagel soutient qu'il existe des faits irréductiblement subjectifs,
qu'on ne peut connaître qu'en en faisant l'expérience, comme ce que cela
fait d'être une chauve-souris. Il en conclut que l'expérience consciente
n'est pas réductible aux faits objectifs qui sont l'objet des
sciences.
*
NAGEL, Thomas, 1969, "
Sexual
Perversion",
Journal of Philosophy, 66, pp 1-17.
- Philipp Keller, SA ou SP
- Défend le concept de perversion sexuelle contre l'idée que la notion
n'a pas de sens (i.e., l'idée que les "perversions" sexuelles sont
simplement des désirs sexuels qui peuvent être mauvais pour des raisons
sanitaires ou morales, mais qui ne sont pas à proprement parler des
désirs pervertis).
Ethique et Politique
*
FRANKFURT, Harry, 1994, "
Autonomy, Necessity and
Love", in Fulda and Hortsmann (eds),
Vernunftbegriffe der
Moderne, Klett-Cotta, p.433-447, reprinted in H Frankfurt,
Necessity, Volition and Love, Cambridge University Press, 1999.
- Julien Dutant, SA
- Frankfurt définit l'amour comme le fait de se soucier d'autrui pour
lui-même. Selon lui, l'amour consiste moins ce qu'on ressent (ce n'est
pas une émotion) ni dans ce qu'on pense de l'objet aimé (ce n'est pas un
jugement de valeur), mais dans un ensemble stable de désirs et de
préférences qu'on a au nom de l'objet (c'est une volonté).
*
FELDMAN, Fred, 2002, "
The
Good Life: a defense of attitudinal hedonism",
Philosophy
and Phenomenological Research, 65:3, pp.604-628.
- Olivier Massin, SA ou SP
- L'hédonisme est la thése selon laquelle ce qui fait la valeur de la
vie, c'est le plaisir. Feldman distingue le plaisir comme sensation du
plaisir comme attitude (enjoyment, appréciation), et distingue
la valeur d'une vie pour celui qui la vit de sa valeur pour le monde ou
pour les autres. Il soutient que ce qui fait la valeur d'une vie pour
celui qui la vit, c'est le plaisir comme attitude.
*
BERLIN, Isaiah, 1958, "
Two
Concepts of Liberty", reprinted in I Berlin,
Liberty,
Oxford University Press, 2002 , pp. 166-218.
- Olivier Massin, SA ou SP
- Berlin distingue deux concepts de liberté, la liberté négative
(l'absence de contrainte) et la liberté positive (la présence d'un
contrôle de la part de l'agent, par exemple la participation au décisions
politique), et défend la liberté négative.
FRANKFURT, Henry, 1986, "
On Bullshit",
reprinted in
The Importance of What We Care About, Cambridge
University Press, 1988, pp. 117-134. Trad fr, Harry Frankfurt,
De l'art
de dire des conneries, Paris, 10/18, 2006.
- Julien Dutant (SA)
- Frankfurt soutient que l'art de dire des conneries (le "bullshit") est
distinct à la fois de la bêtise et du mensonge, et il le définit comme le
mépris de la vérité.
*
FRANKFURT, Harry. 1971. "
Freedom of the
Will and the Concept of a Person" Journal of Philosophy 68:
5-20. Reprinted in Frankfurt,
The Importance of What We Care About,
Cambridge: Cambridge University Press, 1987.
- Julien Dutant, SA
- Frankfurt soutient que la liberté de la volonté consiste en une volonté
de second ordre. Je peux à la fois vouloir un bonbon mais en même temps
ne pas vouloir vouloir cela (parce que je pense que c'est mauvais pour ma
santé). Selon Frankfurt, une telle volonté n'est pas libre. Par
opposition, une volonté libre est celle qui veut vouloir ce qu'elle
veut.
*
FRANKFURT, Harry. 1969, "
Alternate
Possibilities and Moral Responsibility",
Journal of
Philosophy 66: 829-39. Reprinted in Frankfurt,
The Importance of
What We Care About, Cambridge: Cambridge University Press, 1987.
- Julien Dutant, SA
- Frankfurt soutient que quelqu'un peut être moralement responsable d'un
acte même s'il n'aurait pas pu agir autrement.
WILLIAMS, Bernard, 1979, "
Moral Luck", in
Moral Luck, Cambridge University Press, 1981. Trad. fr. "La fortune
morale", in Williams,
La Fortune Morale, PUF, 1983.
- Julien Dutant, SA
- Résumé: à venir
NAGEL, Thomas, 1979, "
Moral Luck", in
Mortal Questions, Cambridge University Press, 1979. Trad. fr. "La
fortune morale", in Thomas Nagel,
Questions Mortelles, PUF, 1983.
- Julien Dutant, SA
- A première vue, quelqu'un ne peut pas être moralement jugé pour des
choses qui échappent à son contrôle. Donc, deux personnes qui ne
diffèrent pas en ce qui concerne ce qui est sous leur contrôle devraient
être jugées identiquement du point de vue moral. Pourtant, nous évaluons
différemment le conducteur qui a tué un enfant qui s'est trouvé là et
celui qui a conduit de la même façon, mais n'a rencontré personne. Dans
la mesure où la présence ou l'absence de l'enfant échappe au contrôle de
l'agent, doit-on dire que le premier n'est pas responsable de la mort de
l'enfant? Ou peut-on être jugé pour des cas qui échappent à notre
contrôle?