Les cancers digestifs enfin diagnostiqués à temps !

Le taux de mortalité important de personnes souffrant de certains cancers digestifs s’explique en partie par la difficulté à poser un diagnostic aux stades précoces de ces maladies. Les traitements sont ainsi mis en œuvre tardivement, ce qui réduit leur efficacité alors que la maladie a eu le temps d’évoluer défavorablement et les métastases de se répandre. Aujourd’hui, des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) mettent en évidence le rôle des vésicules extracellulaires, des petites structures agissant comme médiateurs de la communication intercellulaire, dont le nombre et la morphologie dans la bile constituent un marqueur précis de la présence de tumeurs. Leurs résultats, à lire dans Gastroenterology, montrent que ces vésicules extracellulaires permettent d’établir un diagnostic des cancers du foie et du pancréas fiable à près de 100%. Grâce à cette nouvelle méthode de détection, les patients pourraient être traités beaucoup plus rapidement et verraient ainsi leurs chances de survie augmentées. 

De nombreux scientifiques travaillant dans le domaine de l’oncologie se penchent actuellement sur le rôle d’un organite – une petite structure spécialisée contenue dans le cytoplasme – appelé vésicules extracellulaires (VE). Ces vésicules sont physiologiquement impliquées dans la transmission de nombreux signaux biologiques entre cellules et participent activement à la régulation de processus biologiques variés. Si l’attention se porte généralement sur le potentiel pathologique de ces organites, des chercheurs de la Faculté de médecine de l’UNIGE se sont concentrés sur une autre question : serait-il possible que ces organites marquent la présence de cellules tumorales dans la bile ?

Jean-Louis Frossard, gastro-entérologue au Département de médecine interne des spécialités de la Faculté de médecine, explique sa démarche : « Pour répondre à cette question, nous avons étudié le nombre, la morphologie et la taille des vésicules extracellulaires dans la bile de patients atteints de cancer du foie et du pancréas, puis nous avons comparé ces données aux marqueurs habituellement utilisés pour diagnostiquer ces formes particulières de cancer. » En effet, jusqu’à présent, leur diagnostic était effectué en recoupant des données cliniques, des études d’imagerie et des échantillons de tissus, pour des résultats peu performants.

Des résultats limpides
Les chercheurs genevois ont étudié les concentrations de VE dans la bile de 50 patients : 25 souffrant de cancer (20 atteints d’un cancer du pancréas et 5 souffrant de cholangiocarcinome, un cancer des voies biliaires), et 25 autres souffrant de pathologies non malignes (15 cas de pancréatite chronique et 10 cas de calculs biliaires). Annarita Farina, co-auteure de cette étude, livre les résultats : « Les différences entre les contrôles et les cas de cancers étaient si tranchées que nous en avons été nous-mêmes surpris. Avec près de 100% de correspondance entre le taux élevé de VE et les cas de cancer, nous ne nous attendions pas à des résultats si clairs ! ». Les concentrations de VE dans la bile étaient en effet significativement plus élevées dans les échantillons tumoraux. Par contre, si les VE ont tendance à contenir plus de protéines dans les affections malignes, ces différences sont statistiquement moins significative« Mesurer les VE lors d’une endoscopie ne prend que quelques minutes et pourrait devenir un acte de routine lors de la suspicion d’un cancer hépato-biliaire ou pancréatique, pour autant que notre méthode diagnostique soit préalablement confirmée sur un plus grand nombre de patients », souligne Jean-Louis Frossard. Cette technique semble néanmoins très prometteuse face à une forme de cancer en constante augmentation et au pronostic encore trop souvent défavorable.

Illustration Jean-Louis Frossard - UNIGE. Vésicules extra-cellulaires découvertes lors de cancer du pancréas (microscopie électronique).

13 juin 2017

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