Pour combattre le staphylocoque doré, deux antibiotiques valent mieux qu’un

Depuis la découverte de la pénicilline en 1928, les antibiotiques sont couramment utilisés pour prévenir ou traiter les infections causées par des bactéries pathogènes. Mais leur utilisation massive et déraisonnée en médecine humaine, comme en médecine animale et en agriculture, a eu pour effet de rendre de nombreuses bactéries résistantes, et les antibiotiques inefficaces. La progression inexorable des résistances antimicrobienne et l’absence de traitements alternatifs constituent aujourd’hui, selon l’OMS, l’une des plus graves menaces pesant sur la santé publique mondiale. Dans ce contexte, l’Université de Genève (UNIGE) mène plusieurs axes de recherche dans le but de mieux comprendre le fonctionnement des bactéries et d’identifier de nouvelles manières de les neutraliser. Ainsi, à la Faculté de médecine de l’UNIGE, des microbiologistes ont découvert de quelle manière la synergie qui existe entre deux antibiotiques utilisés pour soigner les infections dues au staphylocoque doré renforce de manière importante leur pouvoir antibactérien. Des travaux à découvrir dans Antimicrobial Agents and Chemotherapies, un journal publié par la Société américaine de microbiologie.   

Des maladies infectieuses, comme la tuberculose ou la pneumonie, sont actuellement extrêmement difficiles à traiter et les cas de bactéries multirésistantes se multiplient. Ainsi, le staphylocoque doré résistant à la méthiciline (MRSA) fait partie des bactéries pathogènes les plus difficiles à maîtriser à cause de sa résistance à presque tous les antibiotiques disponibles. A l’origine d’une grande variété d’infections et d’intoxications alimentaires, le staphylocoque doré peut être mortel. Il est particulièrement redouté en milieu hospitalier, où il peut se révéler particulièrement tenace. Il est donc essentiel de découvrir d’autres stratégies efficaces de contrôle de cette bactérie particulièrement dangereuse mais malheureusement courante. Les Drs William Kelley et Adriana Renzoni, microbiologistes à la Faculté de médecine de l’UNIGE et HUG, respectivement, ont peut-être découvert son talon d’Achille. En collaboration avec des équipes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ils ont en effet découvert un mécanisme expliquant pourquoi l’administration concomitante de deux antibiotiques, le daptomycine et le β-lactam, parvient à juguler l’infection à MRSA. En effet, quand la bactérie devient résistante à la daptomycine, elle redevient sensible au β-lactam. La combinaison de DAP/β-lactams est donc efficace dans le traitement des infections souches de MRSA. Jusqu’à présent, personne n'avait compris comment cette observation fonctionnait au niveau moléculaire. « Nos observations apportent pour la première fois une explication mécanique de l’effet synergique entre ces deux antibiotiques. En comprenant pourquoi cet effet de balancier fonctionne, notre étude ouvre d’intéressantes perspectives de recherche. Il s’agit maintenant d’étudier comment exploiter ces failles dans le système de résistance bactérien,» indique William Kelley.

Référence
Renzoni A, Kelley WL, Rosato RR, Martinez MP, Roch M, Fatouraei M, Haeusser DP, Margolin W, Fenn S, Turner RD, Foster SJ, Rosato AE. Molecular bases determining daptomycin resistance-mediated re-sensitization to β-lactams ("see-saw effect") in MRSA. Antimicrob Agents Chemother. 2016 Oct 24. pii: AAC.01634-16. [Epub ahead of print])

Contact : William.Kelley(at)unige.ch, Adriana.Renzoni(at)hcuge.ch +41 22 379 56 52

15 novembre 2016

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