Toutes les thromboses veineuses profondes distales ne devraient pas être traitées par anticoagulants

Parmi les différentes formes de maladie thromboembolique, la thrombose veineuse profonde est fréquente. Elle est due à la formation d’un caillot dans le réseau veineux profond des membres inférieurs. Les thromboses veineuse profondes proximales, c’est-à-dire celles située au niveau de la veine poplitée et au-dessus, bénéficient d’une anticoagulation thérapeutique d’au moins trois mois. Les patients présentant des thromboses veineuses profondes dites distales, c’est-à-dire touchant les veines en-dessous de la veine poplitée, reçoivent aussi le plus souvent un traitement anticoagulant à dose thérapeutique. Cependant, les preuves de l’efficacité et de la sécurité de l’anticoagulation en cas de thrombose distale sont inexistantes. Sous la direction de Marc Righini, professeur à la Faculté de médecine de l’UNIGE et chef du service d’angiologie et hémostase des HUG, une équipe de chercheurs suisses, français et canadiens ont voulu savoir si, réellement, le traitement par anticoagulation des patients souffrant d’une forme de thrombose veineuse profonde distale présentait plus d’avantages que d’inconvénients.

Leur étude, un essai randomisé en double aveugle contrôlé par placebo, menée dans 23 centres médicaux en Suisse, en France et au Canada, a concerné 259 patients ambulatoires à bas risque (sans cancer actif ou maladie thromboembolique préexistante) présentant pour la première fois une thrombose veineuse profonde distale. La moitié d’entre eux a reçu une dose journalière d’héparine de faible poids moléculaire pendant 6 semaines, alors que l’autre moitié – le groupe contrôle – a reçu un placébo. En parallèle, les deux groupes ont porté des bas de compression, et ont été suivis pendant 90 jours.

«Nos résultats sont clairs,» explique Marc Righini. «Chez nos patients, l’héparine ne s’est pas révélée plus efficace que le placebo pour réduire le risque d’événements thromboemboliques veineux. Par contre, elle est associée à un risque significativement plus élevé de saignement.» Cette étude remet donc en question la prescription systématique d’anticoagulants en cas de thrombose veineuse profonde distale. L’utilisation seule de bas de compression et une surveillance échographique paraissent constituer un traitement approprié, tant pour la santé des individus concernés qu’en termes de santé publique. La question de l’utilisation des anticoagulants chez les patients à haut risque (patients hospitalisés, personnes souffrant de cancer, et patients ayant déjà souffert d’antécédents thromboemboliques veineux) doit, quant à elle, être encore examinée. Des résultats à lire dans le Lancet Haematology.

Illustration: Istock

14 novembre 2016

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