Sciences humaines en médecine
Les Sciences humaines en médecine (traduction libre de Medical humanities) se sont progressivement développées comme une tentative de réponse aux diverses frustrations – éprouvées de la part tant des soignants que des soignés – générées par l’émiettement de l’individu et l’hyper-spécialisation de la biomédecine.
Le cadre théorique, le statut institutionnel et les conditions d’enseignement des Sciences humaines en médecine peuvent varier du tout au tout d’une université à l’autre. A ce titre, elles constituent moins une discipline qu’un ensemble d’approches mues par la commune volonté d’offrir un regard complémentaire et un éclairage différent et stimulant sur la pratique et la science médicales. Depuis quelques années, des revues spécifiquement consacrées aux questions soulevées par les Sciences humaines en médecine organisent le débat au niveau international. Les apports des diverses sciences humaines, sciences sociales, l ittérature et arts visuels y sont discutés, les différents modes d’enseignements comparés, les ambitions théoriques et pratiques évaluées.
Depuis 2001, la Faculté de Médecine de Genève s’est engagée dans le développement d’un programme d’enseignement des Sciences humaines en médecine. A ce jour, trois disciplines figurent dans le cursus des étudiants en médecine : la philosophie, la littérature et l’histoire. Elles sont toutes données par des enseignants engagés par la Faculté de médecine, mais titulaires d’un doctorat en sciences humaines. Le programme genevois se déploie sur deux axes : les séminaires obligatoires et les cours à option.
Les premiers sont élaborés et donnés conjointement par deux formateurs, l’un médecin et l’autre « humaniste ». Cette option pédagogique, basée sur le team teaching, autorise une confrontation fructueuse des deux points de vue. Elle permet également d’ancrer les ambitions théoriques des sciences humaines dans la réalité concrète de l’exercice médical. Une telle collaboration permet d’ajuster le contenu d’un enseignement « humaniste » aux exigences des étudiants en médecine. Cette convergence sert de garantie pour une bonne intégration des sciences humaines dans le cursus médical. Elle peut s’avérer particulièrement importante dans des situations cliniques qui impliquent que valeurs et convictions s’entrechoquent : celles du médecin, celles du malade et celles de la société.
Les cours à option sont préparés par les enseignants « humanistes » et permettent aux étudiants d’approfondir une discipline que les intéresse plus particulièrement. Dans le cadre de ces cours, les étudiants peuvent également choisir des cours d’anthropologie et d’art.
Les Sciences humaines en médecine attirent donc d’une part l’attention sur la spécificité du regard : qu’il soit scientifique ou non, tout point de vue est lié au contexte culturel dans lequel il s’inscrit. D’autre part, elles ont pour ambition de créer une tension constructive entre des points de vue a priori opposés, mais en réalité complémentaires : elles proposent d’envisager les rapports entre subjectivité et objectivité, d’articuler la singularité de l’expérience avec les connaissances fondées sur les principes de l’evidence based medicine, et de prendre en compte la complexité de l’individu.

