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Un article
de l'édition de septembre de la revue
scientifique internationale Nature
Medicine, décrit la découverte
par une équipe du CHUV et de la Faculté
de biologie et de médecine d'une molécule
qui combat les ravages de l'attaque cérébrale
En dépit d'efforts considérables
entrepris dans le monde entier, le traitement
de l'attaque cérébrale est encore
d'une efficacité limitée. Dans
le cas de l'attaque "ischémique",
de loin la forme la plus courante, l'occlusion
d'un vaisseau sanguin à l'intérieur
du crâne prive le cerveau de l'oxygène
et des nutriments nécessaires à
sa survie. Le résultat en est la mort
massive de neurones. Ce type de mort - appelé
"excitotoxicité" - implique
la libération excessive d'un acide aminé,
le glutamate, qui normalement sert à
la communication entre les neurones. Cet excès
de glutamate induit une stimulation importante
des neurones et une série de cascades
biochimiques qui aboutissent à la mort
des cellules.
Cette séquence d'événements
est étudiée depuis une bonne
vingtaine d'années, et les scientifiques
ont rapidement développé des
molécules capables de la bloquer. Ces
molécules ont fait naître l'espoir
d'un traitement clinique efficace, parce que,
administrées à des souris de
laboratoires en même temps que l'attaque
cérébrale, elles empêchaient
efficacement les dommages au cerveau. Appliqués
à des patients, ces traitements furent
malheureusement un échec, en partie
parce que les molécules ne protégeaient
plus le cerveau lorsque administrées
plus de 2 à 3 heures après l'attaque.
Or peu de patients atteignent les centres hospitaliers
dans des délais aussi brefs.
De nouveaux résultats, publiés
dans l'édition de septembre de la revue
Nature Medicine, offrent un nouvel espoir
en montrant qu'une nouvelle molécule
est à même de protéger
des souris adultes et de jeunes rats très
efficacement même lorsqu'elle est administrée
6 à 12 heures après l'attaque.
Bien qu'un tel traitement ait toujours été
une possibilité théorique -les
neurones ne mourant que 6 à 24 heures
après l'attaque - cette molécule
est la première à offrir un très
haut degré de protection lorsque administrée
aussi tardivement.
Prévenir la
mort des neurones
Cette molécule a été développée
par le Dr Christophe Bonny du CHUV
afin de contrer la mort cellulaire induite
par une enzyme appelée "c-Jun N-terminal
Kinase". La première expérience
indiquant que cette molécule pouvait
combattre les ravages de l'attaque cérébrale
a été effectuée par le
Dr Tiziana Borsello du groupe du Dr Peter Clarke,
de l'Institut de biologie cellulaire et de
morphologie de l'Université de Lausanne.
Le Dr Borsello a fait la découverte
majeure que cette molécule pouvait complètement
prévenir la mort de neurones en culture
soumis à des conditions excitotoxiques.
Les Dr Borsello, Clarke et Bonny sont entrés
en collaboration avec deux experts de l'attaque
cérébrale, les Prof Alessandro
Vercelli, de l'Université de Turin,
et le Dr Lorenz Hirt du CHUV. Ces groupes ont
démontré que la molécule,
administrée de 6 à 12 heures
après le début de l'attaque cérébrale,
réduisait encore de plus de 90% la taille
des lésions occasionnées chez
de jeunes rats et des souris adultes. Chez
la souris, le Dr Borsello a également
mis en évidence la capacité des
animaux traités à passer avec
succès toute une série de tests
neurologiques.
Bien que ces résultas
permettent d'envisager une future thérapie
pour l'attaque cérébrale, les
auteurs incitent à la prudence en l'absence
de données concernant les effets secondaires
du traitement.
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