| Quand les géologues auscultent les centrales nucléaires: une expertise genevoise à Berne |
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Directeur de l'Institut Forel, le
géologue Walter Wildi s'est vu confier par le Conseil
fédéral la présidence de la Commission
fédérale de la sécurité des
installations nucléaires (CSA)
pour une nouvelle période de 4 ans. Il avait déjà
assumé cette responsabilité ces deux dernières
années. Originaire du canton d'Argovie, diplômé
de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich,
Walter Wildi enseigne au Département de géologie
et paléontologie de l'Université de Genève
et mène des recherches sur les systèmes lacustres
au sein de l'Institut Forel. Rencontre.
De
quand date votre engagement dans le domaine de la sécurité
nucléaire?
En tant que géologue, je me suis occupé de
questions relatives au stockage des déchets radioactifs
dès les années 70. Depuis lors c'est resté
une de mes activités principales à côté
de mes recherches.
Comment considérait-on le nucléaire à
cette époque?
C'était une technologie qui faisait l'objet de très
peu de critiques. Beznau I, la première centrale
de Suisse a été mise en service en 1969,
au moment où je commençais mes études,
et je n'avais aucune opinion particulière à
ce sujet. Beaucoup de gens de ma génération
l'ont vécu de la même manière. Personne
n'imaginait que le nucléaire civil allait donner
lieu à un des débats politiques les plus
controversés de l'après-guerre.
Qu'en est-il actuellement?
Peu de recherches scientifiques et de développement
technologique sont effectués dans ce domaine; l'énergie
nucléaire n'est pas inscrite dans les priorités
scientifiques de demain. En Suisse, cinq réacteurs
sont actuellement en service dans quatre centrales, Beznau
ayant deux réacteurs. Initialement, ils ont été
prévus pour une durée de 40 ans. Les exploitants
envisagent maintenant de prolonger ce délai à
50 ou 60 ans. Certains pays, comme l'Allemagne, vont complètement
abandonner la filière nucléaire, sans d'ailleurs
avoir une idée très claire sur des solutions
alternatives. Il faut dire qu'entre-temps, il y a eu la
catastrophe de Tchernobyl
Comment avez-vous vécu cet événement?
Un choc terrible. Tchernobyl a laissé des traces
durables. Dans les sédiments du lac Léman,
on les utilise d'ailleurs encore maintenant pour faire
de la datation. En-dessous, il y a un autre repère,
encore plus marqué, lié aux essais nucléaires
effectués par l'Union soviétique et la France
dans les années 60. Tchernobyl a eu l'effet d'une
prise de conscience, y compris en Suisse. Les autorités
et les exploitants ont alors beaucoup investi pour renforcer
la sécurité des centrales.
Le problème des déchets radioactifs n'a
toujours pas trouvé de vraie solution
Nous avons beaucoup appris dans ce domaine au cours des
20 dernières années. Il est devenu techniquement
possible de stocker les déchets avec une sécurité
élevée à long terme. Le problème
reste essentiellement politique. Il y avait un programme
pour les déchets de faible et moyenne activité
prévu à Nidwald, mais il a été
refusé par le peuple en 2002. Pour les déchets
de haute activité, la recherche de sites se concentre
dans le Nord de la Suisse.
Qu'advient-il alors des déchets?
Les déchets de faible et moyenne activité
sont stockés près des centrales en surface.
Quant aux combustibles, ils partent à l'étranger
pour être traités, avant de revenir pour être
stockés dans un dépôt à Villigen,
en Argovie, ce qui pose des problèmes de sécurité.
Il faut savoir qu'il n'y aura pas de solution miracle.
Ces déchets vont rester actifs pendant des milliers
d'années et quelle que soit notre action, cela restera
toujours un emplâtre sur une jambe de bois.
Vous êtes sensible aux questions environnementales.
Est-ce que cela ne vous pose pas un problème de
conscience de contribuer à trouver des solutions
pour une technologie dommageable à l'environnement?
En tant que scientifique, j'estime avoir le devoir d'informer
la population sur les risques et les avantages de cette
technologie, afin que le peuple prenne des décisions
en connaissance de cause. Depuis des années, je
m'efforce de faire de l'information sur le problème
des déchets. A partir du moment où le risque
est accepté par la population, il est important
d'avoir, auprès des autorités et des commissions
de surveillance, des gens critiques et vigilants. C'est
comme cela que je vois mon rôle.
C'est une énorme responsabilité. Si un
accident survenait, vous seriez immédiatement pointé
du doigt
Notre commission, la CSA, n'est pas la première
autorité de surveillance. Ce rôle revient
à la Division principale de la sécurité
des installations nucléaires, la DSN. Notre responsabilité
est plus stratégique. Nous devons suivre les tendances
dans l'évolution des techniques et examiner les
rapports de la DSN. Les premiers responsables sont en fait
l'Etat et les compagnies d'exploitation. Cela dit, il est
vrai que c'est une tâche lourde de conséquences,
que j'assume parce qu'il en va de ma responsabilité
en tant qu'universitaire. Lorsque les scientifiques mènent
des recherches fondamentales, ils ne doivent pas seulement
se soucier de la rentabilité des applications, mais
aussi du service après-vente: informer le plus objectivement
possible le public.
Les attentats du 11 septembre ont-ils modifié
la donne en matière de sécurité?
Bien sûr. Jusqu'alors, nous n'avions considéré
que la chute involontaire d'un avion militaire. Au lendemain
du 11 septembre, les autorités ont tout de suite
ordonné une étude sur les conséquences
d'un impact d'un avion de ligne. Les conclusions ont montré
que les dégâts sur un réacteur restent
limités, car l'impact est réparti sur une
surface assez large.
Le chef de l'Agence internationale de l'énergie
atomique, Mohamed El-Baradeï a tout récemment
lancé un cri d'alarme, estimant qu'avec la prolifération
des armes atomiques le monde court à l'apocalypse
nucléaire
Il n'a hélas pas tort. Le fait est que le nucléaire
est une technologie qui perd chaque jour de son caractère
exceptionnel. De plus en plus de pays et d'individus peuvent
avoir accès à du matériel fissible.
Et c'est malheureusement un processus irréversible.
Le seul espoir est que la communauté internationale
parvienne à un contrôle. Mais je ne suis pas
très optimiste.
Y a-t-il aujourd'hui des alternatives crédibles
au nucléaire en Suisse?
Dans le passé on a toujours opposé le nucléaire
à une autre source d'énergie, alors qu'à
mon avis il n'y a pas UNE solution de rechange, mais plusieurs
solutions non concurrentes pour augmenter la part d'énergies
renouvelables, à commencer par la géothermie
et le solaire. Le nucléaire ne représente
de toutes manière que 35% de la production d'électricité
en Suisse.
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La Commission fédérale
de la sécurité des installations nucléaires,
qui dépend de l'Office fédéral
de l'énergie, a un rôle consultatif.
Elle donne son avis sur les autorisations de construction,
de mise en service et d'exploitation des centrales
nucléaires. Elle examine également
les rapports d'expertise fournis par la Division
principale de la sécurité des installations
nucléaires (DSN) et suit l'état de
la recherche dans le domaine de la sécurité
nucléaire en général. Elle est
composée de personnes issues de l'industrie,
d'autres secteurs de l'administration fédérale,
comme celui de la santé, ainsi que de représentants
des hautes écoles.
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Pour en savoir plus:
Le site de la Commission
fédérale de la sécurité des
installations nucléaires
L'Ordonnance
concernant la CSA
Le site de la Division
principale de la sécurité des installations
nucléaires
Le site du Département
de géologie et paléontologie
Le site de l'Institut
Forel
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