Pour tricher aux examens, plagier
un mémoire, il existe une multitude de techniques,
de la bonne vieille "mascogne" à l'usage
plus sophistiqué de l'oreillette téléphonique.
Les nouvelles technologies de l'information ont rendu la
tricherie plus commode - et plus tentante. Internet fourmille
de sites mettant à disposition du contenu académique.
Il existe même des offres payantes de rédaction
de mémoires originaux en ligne
Désormais,
pour parachever ses études, il suffirait d'un porte-monnaie
bien garni: comptez l'équivalent de 1'000 CHF pour
un mémoire de 50 pages! Eviter de plagier son prof Des enseignants citent toutefois le cas d'étudiants asiatiques ou d'Europe de l'Est qui, pour des raisons culturelles, seraient nettement moins sensibles à la valeur attachée à l'originalité. Professeur à l'Unité de chinois, Nicolas Zufferey confirme : "Dans les traditions orientales, la notion de création originale est nettement moins valorisée qu'en Occident. On peut reprendre l'uvre d'un auteur, la modifier légèrement et y apposer sa signature, sans que personne ne s'en scandalise. Dans un pays longtemps communiste comme la Chine, il y avait aussi l'idée que tout appartient à tout le monde." Cela dit, poursuit le professeur, "il serait naïf de penser que les Asiatiques qui viennent étudier ici ne sont pas au courant qu'il ne faut pas plagier. D'ailleurs, il n'y a pas plus de plagiat dans mon unité qu'en anglais ou en français." Mis à part dans le cas où l'étudiant plagie son propre professeur (c'est arrivé!), les enseignants disposent de moyens limités pour détecter le plagiat. Il y a leur connaissance des textes et leur intuition, lorsqu'un mémoire est rédigé dans un style "suspect" sous la plume d'un étudiant. Il existe également des dispositifs informatiques permettant de parcourir un vaste corpus de textes sur un sujet donné. Mais cela reste insuffisant, surtout lorsque les étudiants manient plusieurs langues et sont capables d'utiliser des sources étrangères qu'ils traduisent ensuite. Inégalités de traitement La tricherie aux examens, quant à elle, pose la question de l'égalité de traitement sous un autre angle, celui des distinctions et des cas litigieux. Beaucoup d'étudiants ont d'ailleurs l'impression que l'attention et la sévérité varie selon les enseignants: certains répondent plus facilement que d'autres aux questions posées durant l'examen, ou tolèrent qu'un étudiant continue à écrire alors que le surveillant a signifié la fin de l'examen(1). D'où un sentiment d'injustice. Et ces étudiants de suggérer la mise au point d'un règlement qui détaille quelles sanctions s'appliquent à tel cas: "Personne n'ignore qu'il est interdit de tricher, mais de nombreux étudiants ne connaissent pas la gravité des sanctions. Cela pourrait en décourager quelques-uns, s'ils étaient au courant." Là encore, la prévention semble donc s'imposer. Michelle Bergadaà va dans le même sens et tire trois principaux enseignements de sa recherche sur le sujet. Ses conclusions, sous forme d' "impératifs pédagogiques", s'appliquent aussi bien à la tricherie aux examens qu'au plagiat. D'abord il faut, selon elle, rétablir la croyance en des normes, en ayant recours à la dissuasion: pour réussir, chacun est tenu d'observer un certain nombre de règles et qui ne les respecte pas est sanctionné sévèrement. Les étudiants étant des adultes, il faut leur montrer qu'on ne les punit pas pour une question de morale à quatre sous, mais de justice et d'égalité de traitement. "Les profs doivent aussi jouer le jeu, il faut qu'ils comprennent que le laxisme en la matière dessert les étudiants", précise Michelle Bergadaà. Il importe ensuite de renforcer chez les étudiants la notion d'intégrité, en leur posant la question: "Voulez-vous être des adultes intègres dans votre future vie professionnelle et privée?" Enfin, Michelle Bergadaà suggère de remettre au goût du jour la notion de mérite personnel: on ne réussit pas parce qu'on a de la chance ou parce qu'on a rusé, mais parce qu'on s'est investi dans son travail. Tout le monde ne partagera pas ces conclusions. Mais elles auront le mérite de suggérer un débat sur un problème qui réclame plus que des solutions improvisées. (1) A noter que lorsque les examinés sont très nombreux, il peut y avoir un décalage de plusieurs minutes entre les premiers et les derniers servis au début de l'examen. Une inégalité de traitement qui irrite les étudiants. |
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Jacques Erard Université de Genève Presse Information Publications Ocotbre 2004 http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2004/20041007triche.php Imprimer la page |