| Le transfert de technologies universitaires doit-il être confié à des bureaux externes? |
Les hautes écoles reconnaissent
aujourd'hui le rôle central qu'elles ont à
jouer dans la valorisation de leur recherche. La Confédération
l'a bien compris, elle qui prévoit un soutien de
4 millions par année pour le secteur du transfert
de technologies. Toutefois, tout le monde ne partage pas
la même opinion sur la meilleure manière d'effectuer
cette activité. Par exemple, Avenir Suisse, un groupe
de réflexion financé par les multinationales
suisses qui tente de dégager les grandes tendances
qui façonnent le futur du pays, souhaite voir cette
tâche confiée à des offices extérieurs
aux structures universitaires. Eclairage de la situation
à l'UniGe avec Laurent Miéville, responsable
d'Unitec.
Xavier Comtesse, d'Avenir Suisse,
propose de créer des offices externes de valorisation
de la recherche en Suisse. Qu'en pensez-vous?
Laurent Miéville: C'est
une question qui mérite d'être posée.
Je ne partage cependant pas l'analyse de M. Comtesse estimant
que la structure juridique d'une telle entité n'a
qu'une importance secondaire. Premièrement, il faut
signaler que les meilleurs offices de transfert de technologies,
comme par exemple ceux de Stanford et du MIT, ne sont pas
externes aux institutions qui les emploient. Ainsi, l'externalisation
n'est certainement pas une garantie de qualité comme
le suggère Xavier Comtesse. Si des universités
ont choisi de créer des offices externes, c'est
généralement parce que le cadre légal,
la Loi sur l'Université, ne leur permettait pas
de créer de tels office en interne ou que leurs
activités en matière de transfert de technologies
ne légitimait pas la création de leur propre
office.
Deuxièmement, un bureau externe ne se justifierait
que s'il ne devait suivre qu'un seul objectif: faire du
profit, alors que la mission donnée aux offices
de transfert de technologies par les universités
est plus complexe et doit aussi intégrer les découvertes
qui ont un impact bénéfique pour la société.
L'encouragement donné à la création
de start-up serait également remis en cause. L'argument
économique n'est donc pas le seul à devoir
être pris en compte dans cette problématique.
Qu'en
est-il de la situation à Genève?
La question a été largement étudiée
au moment de la création d'Unitec, une fondation
qui devait symboliser le pont entre l'Université
et la Cité. Mais les instances politiques universitaires
de l'époque ont renoncé à externaliser
le bureau pour des questions d'ordre fiscal et de complexité
de gestion pour une structure plutôt réduite.
Toutefois, au moment de l'augmentation de l'équipe,
la question s'est reposée. La constitution d'une
structure externe à l'Université nous permettrait
peut-être d'attirer plus facilement des personnalités
du monde industriel qui ne souhaiteraient pas le quitter
pour revenir dans le milieu académique.
Quels avantages retirez-vous de votre structure actuelle?
En fait, notre position interne nous confère bien
d'autres avantages: une grande proximité avec nos
"clients", les chercheurs, le maintien d'une
relation de confiance et l'adhésion à des
principes académiques rigoureux, ce qui est plus
difficile à garantir à l'externe. De plus,
nous sommes actuellement en mesure d'attirer des personnes
très qualifiées issues de l'industrie comme
vérifié lors de notre dernière vague
de recrutement. Xavier Comtesse, quant à lui, a
une réflexion économique pure. Il aimerait
mettre les bureaux de transfert de technologies en concurrence
pour les pousser à être plus rentables.
Pourquoi est-il nécessaire
de valoriser la recherche?
Valoriser la recherche, cela signifie faciliter, améliorer
et augmenter la diffusion, dans la société,
des découvertes réalisées par les
chercheurs au sein des institutions. Savez-vous que les
plus grandes inventions proviennent de la recherche fondamentale?
L'hormone de croissance humaine, le vaccin de l'hépatite
B, les patchs de nicotine, le Gatorade, Google, tout cela
provient de recherches menées par les universités.
Déposer un brevet permet à l'Université
de jouer également un rôle éthique
quant à l'utilisation des résultats de ses
recherches pour la société, de mener une
véritable réflexion académique à
ce sujet. Par exemple, si un médicament contre la
malaria était découvert, on pourrait imaginer
que l'institution qui a déposé le brevet
décide de fixer des conditions particulières
aux entreprises pharmaceutiques souhaitant commercialiser
un traitement thérapeutique. Les unités de
transfert de technologies ont donc un véritable
rôle à jouer dans l'accès aux médicaments
et aux vaccins pour les pays en voie de développement.
Une vision purement mercantile s'avérerait trop
limitative sur ce point.
| Qu'est-ce qu'Unitec?
Créé par l'Université de Genève,
Unitec est chargé de valoriser les découvertes
issues des activités de recherche de l'institution.
Au service des scientifiques, cette équipe
de 5 personnes a pour but de faciliter le transfert
des résultats de la recherche entre le monde
académique et les milieux économiques,
d'encourager la création de "spin-off"
issus de l'Université et agit également
comme source de financement pour le dépôt
de brevet.
Ces trois dernières années, 100 déclarations
d'inventions ont été faites à
Unitec. De là, ce sont cinquante brevets qui
ont été déposés et la
création d'une dizaine de start-up qui devraient
permettre un développement économique
local. Même si la majorité des inventions
concernent essentiellement les sciences et la médecine,
plusieurs proviennent aussi d'autres facultés,
comme par exemple de SES avec le développement
d'un algorithme particulier ou de Lettres avec des
nouvelles techniques d'évaluation des connaissances
linguistiques.
"Nous nous efforçons de sensibiliser
les chercheurs à la meilleure manière
de générer un impact de leurs recherches
sur la société. Si un brevet doit être
déposé, il doit l'être avant
publication, mais tous les chercheurs n'ont pas encore
le réflexe de nous avertir de leurs découvertes
à temps. Ils recherchent avant tout une visibilité
académique par la publication et ne réalisent
pas toujours les possibilités qu'offrirait
une collaboration avec une entreprise prête
à développer des produits basés
sur leurs découvertes", rappelle Laurent
Miéville.
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Pour en savoir plus:
Site
d'Unitec
Conseils
aux chercheurs pour une valorisation réussie
Quelques
exemples de sociétés issues de l'Université
de Genève
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