Quel bilan tirer de la campagne "Uni sans fumée", trois semaines après son entrée en vigueur? Premier constat: à quelques très rares exceptions près, l'interdiction est respectée. Inutile de dire que les non-fumeurs sont ravis. Quant aux fumeurs, ils semblent, dans leur grande majorité, avoir admis le principe, même s'ils apprécient à des degrés divers leur nouvelle situation, ainsi que la manière dont la mesure est appliquée. Les responsables de la campagne tirent donc un premier bilan très positif. Propos d'étudiants fumeurs:
"C'est bien, il faut reconnaître que l'allée
centrale d'Uni Mail était vraiment enfumée
et que les sols, jonchés de mégots, n'étaient
pas beaux à voir." "Je ne sais pas ce
que je dirai en plein hiver et en période de stress
d'examens, mais pour le moment cela ne me dérange
pas d'aller dehors." "J'ai de toutes manières
l'intention d'arrêter, l'interdiction de fumer va
m'aider." Même la Conférence universitaire
des associations d'étudiants (CUAE), pourtant peu
connue pour ses prises de position consensuelles, a choisi
de ne pas faire de cette question un combat politique:
"se battre pour l'autorisation de fumer serait un
peu trop faire le jeu des cigarettiers." "Ne me dites pas merci!" En revanche, les zones fumeurs qui se sont improvisées à l'extérieur immédiat des bâtiments permettent de tisser de nouveaux liens sociaux, stimulés par le sentiment d'appartenir à une minorité en voie d'extinction "Je me suis fait plein de nouveaux amis en une semaine", entend-on ici et là. Malgré tout, on appréhende l'arrivée des grands froids. Et certains de préconiser l'installation de chaufferettes à l'abord des zones fumeurs à l'extérieur. Pascal Garcin, chef de la Division sociale et administrative des étudiants et responsable du groupe de travail "Uni sans fumée", indique à ce sujet qu'une telle installation, qui impliquerait pourtant un investissement majeur, "fait partie des options possibles." Soulagement Dans les bâtiments des Sciences, particulièrement sensibles en terme de sécurité, des problèmes ont été constatés dans les voies d'évacuation d'urgence. "Il y a là une ambiguïté que nous devrons lever", constate Tziana Farinelli Ebengo. Ces voies d'évacuation, sous forme d'escaliers fixées aux parois extérieures, sont tentantes pour les fumeurs. "A priori, il n'y a pas d'inconvénients à ce que des gens y fument", relève la responsable de l'Antenne santé, "mais c'est problématique des lors qu'on y installe tables, chaises et cendriers qui obstruent les sorties." "Gardes-chiourme" contre relève académique? Sur la question du coût de l'opération "Uni sans fumée", le recteur indique que le total dépensé jusqu'à présent est inférieur à 400'000 francs, une somme qui doit être évaluée en tenant compte des 25'000 membres de la communauté universitaire. "C'est donc 16 francs qui sont dépensés par personnes et pour l'ensemble de l'opération", conclut André Hurst. Combien d'enseignants et de bourses auraient pu être engagés à la place des "gardes-chiourmes" évoqués par les auteurs de la lettre ouverte? "On peut certes en faire le calcul, mais c'est un calcul un peu vain: combien d'uvres charitables pourrions-nous soutenir de nos deniers si nous allions nus au lieu de gaspiller tout cet argent à nous vêtir?", répond le recteur, qui rappelle que la campagne est fondée sur le respect mutuel. Pascal Garcin indique d'ailleurs que "si la campagne continue à rencontrer l'extraordinaire succès que l'on constate depuis une quinzaine de jours, nous envisagerons une levée partielle du dispositif d'information et de contrôle."
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Jacques Erard Université de Genève Presse Information Publications Novembre 2004 http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2004/20041110fumee.php Imprimer la page |