| Après une année de rodage, le nouveau Conseil de l'Université est prêt à aborder les questions de fond |
Le 29 octobre 2003, le Conseil de
l'Université de Genève entamait une nouvelle
page de son histoire, suite à la modification de
la Loi sur l'Université. En même temps qu'il
élargissait ses compétences et modifiait
sa composition, il se dotait d'un nouveau président,
en la personne de Roger Mayou, par ailleurs directeur du
Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Une année après, quel regard porte cet historien
de l'art sur les débats qui animent l'institution?
Quelle vision avez-vous du rôle du Conseil de
l'Université? Est-ce plutôt un lieu de contre-pouvoir
ou de concertation?
Roger Mayou: Tout au long de cette première
année, le Conseil s'est attelé à définir
son mode de fonctionnement interne. Nous avons mis en place
les différentes Commissions et, plus généralement,
rempli les tâches que nous assigne la Loi sur l'Université.
Nous avons été essentiellement réactifs.
Notre souhait, désormais, est de pouvoir aborder
des questions plus stratégiques, apporter de la
réflexion et des propositions. A cet égard,
je ne considère pas le Conseil comme un lieu de
contre-pouvoir. Nous sommes plutôt là pour
accompagner le travail du Rectorat, avec la possibilité
d'orienter le gouvernail. Cela ne signifie pas que nous
craignions le débat. Je peux vous assurer que nous
avons eu des discussions parfois vives ces douze derniers
mois. Mais je ne mesurerais pas la santé du Conseil
au nombre de bagarres que nous réussirions à
déclencher.
Parmi les compétences que vous donne la Loi,
vous êtes habilités à vous prononcer
sur la création et la suppression de filières.
Tout un débat a lieu pour savoir ce qu'on entend
par "filière". Etes-vous tombé
d'accord sur ce point?
Nous avons effectivement beaucoup avancé sur la
question. Nous devrions approuver, le 17 novembre, une
définition commune au Rectorat et au Conseil. Dans
notre réflexion, nous avons notamment souhaité
avoir un concept pour le long terme, en tenant compte de
la réforme de Bologne, afin d'éviter de relancer
à chaque fois le débat sur ce que sont les
filières.
L'existence des filières avec peu d'étudiants
est remise en cause. Quel est votre point de vue à
ce sujet?
Nous n'en avons pas discuté dans le cadre du Conseil.
A titre personnel, j'estime que le nombre d'étudiants
ne doit pas être un critère déterminant.
Cela dit, nous ne pourrons pas faire l'impasse d'un débat
sur cette question. Le fait d'avoir clarifié la
notion de filière, nous permettra au moins de partir
sur des bases solides.
Le Conseil nouvelle formule inclut des membres extérieurs
à l'Université. Comment jugez-vous leur apport?
Je constate qu'il n'y a pas de clivage entre les prises
de position des membres externes et celles des internes.
Ces personnalités de la Cité siègent
également au sein des commissions. Elles apportent
un éclairage intéressant et fournissent un
travail important. Elles se sont vite adaptées
ce qui est une gageure lorsque l'on connaît la complexité
de l'institution. Celle-ci m'apparaît un peu comme
une confédération d'Etats.
On sait en effet que les facultés sont très
jalouses de leur autonomie
Je tiens surtout à souligner la qualité de
l'accueil que j'ai reçu dans les facultés.
Nous avons eu des discussions franches, bien au-delà
des formalités d'usage. Je n'ai senti aucun antagonisme
et je crois que tout le monde est d'accord pour admettre
que le bon fonctionnement de la maison nécessite
un lieu de discussion supra-facultaire.
Vous avez également eu des discussions sur le
fait de rendre publique ou non les séances du Conseil.
Etes-vous arrivés à une conclusion?
Il m'a d'emblée paru qu'il s'agissait d'appliquer
la juridiction. Nous avons depuis janvier dernier une Loi
sur l'information du public et l'accès aux documents
(LIPAD) et nous sommes par conséquent tenus de respecter
la transparence. Les séances sont donc publiques,
sauf dans certains cas, par exemple lorsque nous examinons
le dossier d'une personne.
Le caractère public de l'Université a
fait l'objet de discussions récemment lorsque des
groupes de nature religieuse ou philosophique ont affirmé
leur présence dans les bâtiments, suscitant
des réactions indignées de la part de certains
collaborateurs. D'après vous, l'Université
doit-elle s'en tenir à une conception stricte de
sa laïcité?
Le retour du religieux dans la vie quotidienne est un phénomène
de société que l'on ne peut pas nier. Et
il est légitime que l'Université s'interroge
sur la nature et les implications de ce phénomène.
Cependant, je ne crois pas que ce soit le rôle du
Conseil de prendre position sur une question de ce genre.
Il appartient plutôt au Rectorat de trancher. Ce
qu'il a d'ailleurs fait, dans le cas auquel vous faites
allusion. Bien entendu, le Conseil peut débattre
de tout. Mais mon réflexe est toujours de demander:
qu'allons nous faire des discussions? Il faut une certaine
économie du débat, sans quoi l'on tombe dans
la discussion de café du commerce. J'aime bien parler
de tout et de rien, là n'est pas la question, mais
ce n'est pas notre vocation en tant que Conseil.
On sait que l'Université va être confrontée
ces prochaines années à des difficultés
budgétaires importantes. Comment voyez-vous l'institution
gérer cette crise?
Il y a là matière à grande réflexion,
car c'est tout notre environnement fiscal qui est en train
d'être bouleversé. L'Etat parviendra certainement
à rétablir l'équilibre des comptes
à un moment donné, mais il ne faut plus s'attendre
à vivre sous un régime excédentaire
avant longtemps. Pendant une période, nous pourrons
opérer des réaménagements, des réalocations
internes. Mais nous devons dès maintenant entamer
une réflexion sur le long terme. Nous avons déjà
quelques pistes.
Vous pensez à des changements
structurels?
Absolument. Mais c'est une démarche que nous devons
entreprendre au niveau du pays entier. Nous avons, avec
Charles Kleiber, une personnalité forte comme secrétaire
d'Etat à la science et à la recherche. C'est
lui qui donne le ton. En face, l'attitude est plus réactive.
Un peu trop, à mon goût. Je pense que les
hautes écoles devraient davantage prendre l'initiative
sur la meilleure manière de réformer le système
universitaire.
Pour en savoir plus:
> Site
du Conseil de l'Univrsité
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