| La bibliothèque de Sciences II prend l'eau |
On se souvient encore des terribles
inondations de Brig en 1993 et de la Tchéquie en
2002. En revanche, peu ont eu vent de la mésaventure
vécue l'été dernier par la bibliothèque
de Sciences II. A l'aube du 30 juin, un joint de la conduite
d'eau déminéralisée située
dans le faux plafond de la bibliothèque lâche
et ce sont alors plusieurs milliers de litres d'eau qui
se déversent sur les compactus et quelques-unes
des étagères de la bibliothèque. Malgré
l'énorme mouvement de solidarité des occupants
du bâtiment pour limiter les dégâts,
la facture est salée pour la Faculté. Récit
d'une inondation.
A l'aube du mercredi 30 juin, un important écoulement
d'eau est constaté dans le fond de la bibliothèque
de Sciences II. Une fois l'alerte donnée, l'eau
est coupée. Les pompiers interviennent rapidement
dans le bâtiment pour assécher les locaux.
Mais il est trop tard. Plus de 1000 volumes ont déjà
"pris le jus". Il s'agit alors d'entreprendre
les mesures adéquates afin de sauver le maximum
de documents.
Tout le monde met la main à la pâte - assistants,
professeurs, personnel administratif et collègues
des autres bibliothèques- dans un formidable élan
de solidarité. Dans un premier temps, les livres
sont regroupés par petits lots dans des sacs plastiques
et placés dans les chambres froides de Sciences
II. Les 30 palettes - soit plus de 4 tonnes de papier !
- sont alors transportées rapidement à la
Société de gares frigorifiques à Satigny
pour atteindre la température de -30°C permettant
d'éviter l'apparition de moisissures.
Par la suite, un tri des documents sauvés des eaux
est effectué pour définir l'ordre de priorité
du séchage. C'est dans un entrepôt à
une température peu syndicale que l'équipe
de la bibliothèque effectuera cette pénible
tâche, qui permettra l'élimination de 900
kg de livres, essentiellement des doublons. Dans l'urgence,
il faut encore penser à sauver le reste de la bibliothèque.
Le taux d'humidité relative étant devenu
très important dans les locaux, les micro-organismes
s'apprêtent à envahir les précieux
ouvrages restants. Des assècheurs sont alors installés
dans la bibliothèque afin de restituer une faible
hygrométrie.
Un procédé astucieux
Après avoir paré au plus pressé, les
livres seront transportés, d'ici la fin de l'année,
au siège de la société DocuSave, chargée
de procéder au séchage des ouvrages selon
la technique de lyophilisation sous vide. Ce procédé
astucieux permet d'éviter que le livre ne repasse
par un stade "mouillé", la glace se transformant
directement en vapeur d'eau (sublimation: passage de l'état
solide à l'état gazeux sans passage par l'état
liquide). Le procédé est exceptionnel puisqu'il
permet de sécher des objets détrempés
très épais.
"Nous ne savons pas comment les livres ressortiront
du séchage, mais nous sommes conscients qu'il ne
sera pas possible de tout récupérer. Les
documents en papier glacé où la colle a migré
au travers de toutes les pages ne pourront être sauvés.
De plus, selon le degré d'endommagement des ouvrages,
des travaux consécutifs de reliure ou de restauration
s'imposeront" explique Cédric Noir, responsable
de la bibliothèque de Sciences II.
Parmi les dommages consécutifs à l'action
de l'eau, on répertorie l'estompage des encres,
le gonflage des matériaux, la destruction des adhésifs,
l'envahissement par des micro-organismes - il existe environ
200 espèces de champignons pouvant attaquer le papier
- et la rouille des pièces métalliques (trombones,
agrafes ou autres).
Il faudra compter près d'une année pour
remettre l'ensemble des ouvrages en état. Des livres
ont déjà dû être rachetés
pour répondre aux besoins des étudiants.
"De nouveaux manques seront à déplorer
en janvier prochain avec le démarrage de nouvelles
sessions de travaux pratiques en chimie organique"
déplore Cédric Noir.
Une lourde facture pour la Faculté
Les frais de séchage, estimés à près
de CHF 130 000.- sans compter le transport des livres,
ni le stockage dans les chambres frigorifiques de la SGF,
sont à la charge de l'institution. En effet, l'Etat
de Genève ne s'assure pas contre les dégâts
d'eau dans ses bibliothèques, les primes d'assurance
étant bien trop élevées comparées
aux risques encourus. Le Département de l'aménagement,
de l'équipement et du logement (DAEL), propriétaire
des locaux, prendra en charge le dommage au bâtiment,
l'intervention des pompiers et le séchage des locaux.
"Le coût de l'opération est toutefois
à mettre en rapport avec la valeur des documents.
Par exemple, parmi les livres inondés se trouvent
11 volumes à CHF 2500.- l'exemplaire" souligne
encore Cédric Noir.
La bibliothèque
de Sciences II
Avec ses 938 m2 ouverts au public, la bibliothèque
de Sciences II - la plus grande de toute la Faculté
- regroupe les collections des Sections de biologie,
de chimie et des sciences pharmaceutiques depuis l'été
2004. Une équipe de 6 personnes (5,4 postes)
gère les quelque 80 000 volumes, périodiques
et livres que compte la bibliothèque. 110 places
sont offertes aux étudiants et six postes informatiques
sont à disposition pour la consultation en ligne
des périodiques et des bases de données.
Horaires d'ouverture :
Lundi au vendredi :
de 8h à 19h - pendant l'année universitaire
de 9h à 17h - période estivale
Liste
des livres momentanément inaccessibles suite
à l'inondation (pdf )
Site
de la Bibliothèque de sciences II
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