Comment notre cerveau décode-t-il les événements émotionnels et plus particulièrement ceux associés à la colère? En explorant les relations entre l'émotion et l'attention via des techniques d'imagerie cérébrale fonctionnelle, des chercheurs de l'Université de Genève ont montré qu'il existe, dans le cerveau, des régions spécialisées dans la perception de la voix humaine qui peuvent détecter la colère d'un individu, indépendamment de l'attention prêtée initialement à sa voix. Publiés ce mois dans la revue Nature Neuroscience, ces résultats contribuent à mieux comprendre comment notre cerveau réagit aux signaux affectifs qui lui parviennent. Ce type de recherche constitue les prémisses de l'ambitieux projet interdisciplinaire en sciences affectives, mené par le prof. Klaus Scherer de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, auquel un Pôle de recherche national (PRN) pourrait être prochainement attribué. A la frontière des sciences affectives et des neurosciences, l'étude des relations entre l'attention et l'émotion, par le biais de l'imagerie cérébrale, est un domaine actuellement en pleine expansion. Des signaux émotionnels peuvent-ils capturer notre attention de manière involontaire? En d'autres termes, notre cerveau est-il capable de remarquer et d'orienter l'attention sur des événements à connotation émotionnelle alors que cette attention est initialement occupée à une autre tâche? Quels seraient alors les circuits neuronaux responsables de tels "réflexes émotionnels"? Ces relations entre émotion et attention sont au cur de la recherche des scientifiques genevois. Collaboration interfacultaire Pour arriver à un tel résultat, ils ont enregistré les activations cérébrales en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) lorsque des individus entendent simultanément une voix neutre et une voix colérique, chacune présentée dans une oreille différente. La tâche des participants consistait à porter leur attention sur l'une des deux oreilles seulement (pour décider si la voix présentée de ce côté était celle d'une femme ou celle d'un homme), les rendant momentanément inattentifs à la voix présentée dans l'autre oreille (voir illustration ci-dessous). Cette procédure astucieuse a permis aux chercheurs d'analyser les variations d'activité cérébrale en fonction de l'émotion de la voix, quand l'attention était portée à l'une ou l'autre oreille. L'expérience a ainsi pu mettre en évidence une augmentation de l'activation cérébrale au niveau du sillon temporal supérieur, région du cerveau qui semble spécialisée dans le traitement de la voix humaine, lorsque la colère était exprimée. Ainsi, même lorsque les sujets ne devaient écouter que leur oreille droite, une voix colérique présentée dans leur oreille gauche provoquait une forte activation du sillon temporal supérieur.
De l'il à l'oreille
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Charles-Antoine Courcoux Université de Genève Presse Information Publications Février 2005 http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2005/20050209colere_une.php Imprimer la page |