"Dans la maison où je suis restée moi seule, il y a un homme qui est entré. Il m'a violée et je me suis retrouvée enceinte. Je suis un squelette, un squelette vivant, mais j'ai un enfant et cet enfant dépend de ce squelette Comment m'en occuper?" Le viol des femmes en temps de guerre est aussi universellement répandu qu'il est abominable. Il est souvent passé sous silence, peut-être parce qu'il brouille les seules grilles de lecture que nous pouvons appliquer aux conflits, lorsque nous tentons de distinguer le camp des bons de celui des méchants. Toutes les armées pratiquent le viol à des fins stratégiques, pour terroriser, intimider ou accélérer le nettoyage ethnique. Et toutes les populations, sans distinction, en sont les victimes. Lors de la préparation d'un projet pédagogique
sur la gestion des changements environnementaux, qui prend
appui sur une réalité d'Afrique centrale,
la Passerelle de l'Université a été
confrontée à cette douloureuse conséquence
des conflits. Elle a alors proposé à la Direction
du développement et de la coopération (DDC)
d'utiliser des extraits du matériel sonore qu'elle
avait récolté en République démocratique
du Congo pour faire réaliser un document à
Emile Ellberger, compositeur, chercheur et professeur d'électroacoustique
au Conservatoire de musique de Genève. Ce projet,
conçu comme une coproduction de la DDC, de la RSR
et de la Passerelle,
a alors été confié à Muriel
Mérat de la Radio Suisse Romande. Une tragédie répétée à
longueur de conflit A ces voix, la musique apporte tantôt un contre-point, un voile de pudeur et d'humanité, tantôt une résonance aux horreurs évoquées par le texte, lorsqu'elle se fait grave et presque assourdissante, comme le bruit des guerres. Elle soutient le propos, l'articule, sans jamais l'alourdir, ce qui représente sans doute le principal défi de ce genre d'exercice. La musique au service de l'humanitaire En prenant comme point de départ une série de témoignages recueillis en Afrique centrale par Muriel Mérat pour la Radio suisse romande, le document montre que le viol est un crime répandu sous toutes les latitudes et à toutes les époques de l'histoire. Agnès Callamard, docteur en sciences politiques, spécialiste des violences faites aux femmes en temps de guerre, est venue apporter son expertise sur ce dernier aspect. Ce recueil, dédié à toutes les femmes victimes de violences sexuelles en temps de guerre, a été conçu comme un outil de sensibilisation à destination des organismes travaillant dans des régions en conflit. On pourrait souhaiter qu'il figure en bonne place sur le bureau des états-majors des armées. Il a reçu le soutien de la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey.
(1) Projet climatic |
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Jacques Erard Université de Genève Presse Information Publications Février 2005 http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2005/20050216femmes.php Imprimer la page |